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Trop bon pour être vrai

Le goût de banane que l’on retrouve dans les bonbons et les yaourts a tout du faux tant il n’a rien de commun avec la saveur d’une Cavendish, la variété qui domine le marché mondial. Et pourtant cet arôme a bien un vrai goût de banane, celui de la Gros-Michel, variété populaire au début du XXe siècle et aujourd’hui disparue. Cet arôme artificiel est un exemple de ce que l’historienne américaine Lydia Pyne appelle les « contrefaçons authentiques ». Dans Genuine Fakes, elle présente une série d’objets entre deux qui sont à la fois vrais et faux, et qui soulèvent « la question du rapport entre authenticité et valeur d’une manière qui réveille la réflexion sur le sujet », souligne Scott McLemee dans la revue universitaire en ligne Inside Higher Ed.

Un arôme pas si artificiel

Pyne prend l’exemple du « faussaire espagnol », un artiste du début du XXe siècle dont l’identité reste toujours un mystère. Ses nombreuses miniatures prétendument médiévales ont pris place dans les collections privées et les musées, avant et après que la supercherie soit connue. « L’ironie ici est que ces faux étaient bien plus séduisants qu’une miniature authentique aurait pu l’être. Au lieu de saints austères au corps rigide et au visage figé, les images du « faussaire espagnol » débordaient de dames aux formes généreuses servant de la bière à des hommes plaisants en collants chatoyants », souligne la critique Kathryn Hugues dans The Times Literary Supplement. Aujourd’hui, des spécialistes authentifient les œuvres du faussaire. Ce qui séduit les acheteurs, assure l’historienne américaine, ce n’est pas simplement cette version idyllique du monde médiéval, mais aussi l’étrange provenance de ces peintures.

Les miniatures authentiques du faussaire espagnol

« Avant de réclamer que quelque chose soit authentique ou de le rejeter comme une contrefaçon, nous devrions prendre en compte sa raison d’être, l’intention de son créateur ou le contexte et ce que nous accepterions comme étant la « vraie chose » », écrit Pyne. C’est ce qui, selon elle, donne la valeur aux œuvres du « faussaire espagnol » mais aussi à des réalisations comme Chauvet-2, réplique d’un site préhistorique trop fragile pour être ouvert au public.

À lire aussi dans Books : L’homme qui faisait des Vermeer, janvier-février 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

Genuine Fakes: How Phony Things Teach Us About Real Stuff de Lydia Pyne, Bloomsbury, 2019

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