À quoi bon enseigner les lettres ?

Partout, les études de lettres sont sur le déclin. Jugées superflues. Le phénomène est particulièrement saillant aux États-Unis, où les filières à vocation professionnelle dominent de plus en plus l’enseignement supérieur. C’est une catastrophe, tant l’éducation classique dispense les compétences essentielles à la citoyenneté et à l’innovation.

Je connais bien la situation de l’enseignement des humanités aux États-Unis, du moins dans les établissements publics, pour y être moi-même professeur. Et ce n’est pas brillant. Les universités sont dans un triste état, dépérissant à mesure que leurs moyens sont revus à la baisse, en l’absence de soutien de l’opinion. Les effectifs des classes augmentent, tandis que de nombreux enseignants sont remerciés. Les budgets dédiés à la recherche et autres activités intellectuelles fondent à toute allure, et bien des chargés de cours ne touchent même plus la totalité de leur salaire. Dans ce contexte, nombre d’universités ont réduit considérablement l’enseignement des lettres, souvent considéré comme un luxe coûteux et superflu dans un monde qui vit les yeux rivés sur le compte d’exploitation. Quand elles ne l’ont pas supprimé. Résultat, de moins en moins d’étudiants connaissent, pendant leurs années d’université, l’expérience unique et irremplaçable de débattre d’idées complexes – souvent au fondement même de notre civilisation – avec un professeur exigeant qui a le temps et l’énergie pour prendre...
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Sans but lucratif. Pourquoi la démocratie ne peut se passer des humanités de Martha Nussbaum, Princeton University Press, 2010

ARTICLE ISSU DU N°20

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