Une voix lyrique très politique
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Une voix lyrique très politique

Écrit par La rédaction de Books publié le 13 avril 2018

Jacopo Peri, par Bernardo Buontalenti

En marge de la visite officielle du prince héritier Mohammed ben Salmane à Paris, un accord a été signé entre l’Opéra national de Paris et le royaume saoudien pour aider ce dernier à se doter d’un orchestre symphonique et lyrique. Si les rois sont légion sur la scène de l’opéra, ce n’est pas la seule raison pour laquelle cette discipline est liée au politique. La monodie, élément crucial des premiers opéras, apparaît dans le sillage de la naissance d’Etats forts, rappelle le professeur de sciences politiques Mitchell Cohen dans The Politics of Opera.

Le passage de la polyphonie à une voix unique accompagnée d’une seule mélodie n’est pas motivé par des raisons politiques. Mais Cohen souligne une certaine concordance des temps : lorsque la monodie apparaît à la fin du XVIe siècle à Florence, une seule voix commandait : celle du duc.

Dafné de Jacopo Peri et Jacopo Corsi, présenté en 1597, est réputé être le premier opéra. Ses déclamations chantées inédites sont le fruit des efforts des artistes florentins pour rénover la façon de marier les mots, la musique et les contes. Depuis des décennies, les cercles artistiques et intellectuels de la cité débattent de la forme que doit prendre la musique. Cette renaissance culturelle correspond à la transformation politique du duché et plus largement de l’Europe.

Eurydice, le « deuxième » opéra, également composé par Peri et Corsi, est présenté à Florence en 1600 lors du mariage d’Henri IV et de Marie de Médicis. Et si l’audience reste désagréablement surprise par cette nouvelle monodie, elle se console avec la fin heureuse apportée au mythe pour l’occasion. Le futur promis à Eurydice et Orphée a dû paraître séduisant aux spectateurs français, assure Cohen. Le mariage de leur roi leur promettait une période de paix.

 

A lire dans Books : Le dangereux pouvoir de la musique, juillet-août 2010.

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