Vers un « État criminel de substitution »
par Marco Appel

Vers un « État criminel de substitution »

Les cartels contrôlent 30 % du territoire mexicain, lèvent des impôts et remplissent de nombreuses fonctions à la place des pouvoirs publics. Allons-nous assister à l’implosion de l’État ?

Publié dans le magazine Books, septembre 2012. Par Marco Appel
La puissance des cartels mexicains est aujourd’hui telle qu’on les considère engagés dans une véritable « insurrection criminelle », pour le contrôle de l’économie illicite et la domination politique du pays. Les organisations se sont emparées de fonctions traditionnelles de l’État et ont réussi à établir une « souveraineté parallèle » dans des « enclaves criminelles » de plusieurs régions du Mexique. Dans le jargon universitaire, on les appelle « zones sans loi », « espaces sans gouvernement » ou « zones d’impunité ». Là, les bandes criminelles ont imposé des « pratiques politiques de type néoféodal », telles que la collecte d’impôts ou la mise en place d’aides sociales. Elles ont en outre adopté une dynamique de puissance comparable à celle des guérillas, pariant sur une expansion géographique qui pose un important problème de sécurité nationale à l’ensemble des pays d’Amérique centrale. Tel est le diagnostic que formule l’expert John P. Sullivan. Il n’est pas le seul. Le 15 avril dernier, lors du sixième Sommet des Amériques, en Colombie, Felipe Calderón admettait en privé auprès de son homologue péruvien, Ollanta Humala, que les narcos avaient supplanté l’État dans certaines parties du territoire. Lors d’une conférence de presse, Humala déclarait : « Le commerce illégal de la drogue et autres activités économiques illicites se développent et des chefs d’État ont signalé que le trafic, dans certains endroits, est déjà en train de s’emparer des fonctions de l’État, par exemple en matière de fiscalité, ainsi que l’a dit le président du Mexique. » Le chef de l’État péruvien a expliqué que les narcos « prélèvent un impôt de…

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