Vie et mort du télégramme
par Vie et mort du télégramme
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Vie et mort du télégramme

Écrit par publié le le 4 mai 2018

Orange, ex France-Télécom, opérateur historique du télégraphe dans l’Hexagone depuis 1879 a mis cette semaine fin à ce service. Relégué au musée par le téléphone, le fax et Internet, le télégramme (qui avait bien changé ces dernières années) a pourtant beaucoup de points communs avec eux. « L’histoire du télégramme nous enseigne quelque chose de fondamental, assure le journaliste britannique Tom Standage auteur de The Victorian Internet : peu importe le moyen de communication, l’usage qu’en font les gens est incroyablement prévisible. Il y aura toujours les criminels, les amoureux et les entrepreneurs. » Sans oublier les joueurs.

Perfectionné durant la première moitié du XIXe siècle, le télégraphe laisse d’abord le public et les gouvernements perplexes. L’un des premiers usages qu’on lui trouve alors est de jouer aux échecs à distance. Il a servi aussi aux plus indélicats pour connaître les cours et les résultats des courses avant leurs courtiers, leur permettant de parier sur les bons chevaux. Des mariages eurent lieu à distance, et notamment entre opérateurs du télégraphe. Un roman paru en 1879 Wired Love racontant une histoire d’amour de ce type fut un best-seller aux Etats-Unis. Les employés du télégraphe discutaient entre eux aux heures creuses. Leurs blagues et leurs ragots ne sont pas sans rappeler le contenu des forums d’aujourd’hui. Les businessmen étaient, eux, déjà accros aux communications rapides, réduisant certaines expressions courantes à des sigles pour éviter de payer des caractères supplémentaires. Et un Américain en 1868 se plaignait déjà : « Le négociant rentre chez lui après une longue journée ; il essaye d’oublier son travail en profitant de sa famille quand son dîner est interrompu par un télégramme de Londres ordonnant l’achat de 20 000 sacs de farine à San Francisco, et il doit expédier son repas… ».

Il reste une différence entre Internet et le télégraphe : malgré son développement fulgurant, « l’autoroute de la pensée », (le télégraphe concurrença les services postaux dès la fin du XIXe siècle) était essentiellement utilisée dans un cadre professionnel. La plupart des gens n’envoyaient ou ne recevaient des télégrammes que pour les mariages ou les décès.

 

A lire aussi dans Books : Le syndrome du télégraphe, octobre 2011.

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