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La violence, les femmes et le foot


Match de football féminin en France, 1923

La Coupe du monde féminine de football qui a débuté en France le vendredi 7 juin bénéficie pour la première fois d’une couverture médiatique se rapprochant de celle d’un Mondial masculin, avec la diffusion de matchs en direct à la télévision. Tout cela aurait pu peut-être se produire beaucoup plus tôt si l’engouement des femmes pour le football n’avait été brisé dès le début du XXe siècle.

Alors qu’au début des années 1920, des clubs féminins naissent dans toute l’Europe et organisent des compétitions, des voix (masculines) usent du discours conservateur, antiféministe et nataliste de l’époque pour décourager leur ardeur. Les fédérations anglaise et belge interdisent à leurs associations affiliées de soutenir le football féminin. En France, les journalistes conservateurs multiplient les articles réprobateurs.

Dans La Presse, un certain Serge Veber ne se lasse pas de rappeler que le football est trop violent pour ces dames. Ou que, sans craindre la contradiction, ces dames sont trop violentes (pensez aux crêpages de chignon !) pour ce sport. Paris-Soirle 10 mai 1926, reproduit la plaidoirie d’une supporter du football féminin qui semble lui répondre point par point.

 

 

La F.F. F. fait fi

La Commission de football de la Fédération Féminine de Football a décidé de maintenir le football au programme des sports féminins.

Faisant fi des conseils avisés et autorisés que bien des dirigeants sportifs, ont pu lui donner, cette commission maintient donc la pratique d’un sport trop violent pour les femmes. Que dis-je, elle la maintient ? Elle l’encourage, elle le développe, puisque le communiqué de cette assemblée de peu sages femmes annonce la création de championnats régionaux et d’une « Coupe française » dont le règlement sera similaire à celui qui est adopté pour la Coupe de France par la Fédération masculine.

Si nous sommes opposés très nettement à la pratique du football par les femmes, c’est qu’il entre dans ce sport trop de compétition, et que les femmes sont, en général (je dis : en général !) trop nerveuses, trop impulsives, pour pouvoir se rencontrer dans des matches sans que du grabuge soit à craindre. Il n’est pas bon que des femmes se haïssent, ou tout au moins se jalousent. Si on leur donne une coupe, il est évident que, malgré toute leur sportivité, ces dames de chaque équipe vont se détester mutuellement. Qui dit compétition dit rivalité, et qui dit rivalité dit antagonisme et de là à l’animosité, il n’y a qu’un pas. Si l’on donne à nos joueuses l’occasion de le sauter, elles n’hésiteront pas longtemps.

Laisserons-nous le public assister à des batailles de dames probables ? Pourquoi encouraqer les crises de nerfs et les crêpages de chignons ? Il est temps de s’élever violemment contre le football féminin, si l’on ne veut pas tuer le sport féminin.

Serge Veber

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La Presse, 17 septembre 1922.

 

 

Elles ne seront jamais plus

Au lieu de s’obstiner a organiser ces matches de  football féminin qui dégénèrent la plupart du temps en pugilats, au lieu de mettre sur pied des coupes, des compétitions, des tournois de football qui n’intéressent que deux ou trois centaines de femmes en tout, en France, les grands chefs des sports féminins, les Milliat, les Houdré ou les Pillet feraient mieux d’user de leur influence pour, convertir toutes les Françaises à la culture physique, au sport raisonné.

Admettons pour un moment que le football ne soit pas un jeu violent, et qu’il ne soit pas néfaste à l’organisme de la femme. Admettons que les joueuses de football ne soient plus nerveuses, qu’il n’y ait plus jamais ni accidents ni incidents, est-ce que, vraiment, les  partisans du football s’imaginent qu’un jour viendra où toutes les femmes françaises s’adonneront au ballon rond ? Mais non ! Il n’y aura tout de même jamais plus de 500 enragées dans notre pays, et la majorité des femmes préféreront toujours le tennis, le basket-ball ou  la course à pied à la barrette ou au football.

Croyez-moi, ardents promoteurs du sport féminin, employez votre influence, votre fougue et tous vos arguments à décider le plus de femmes possible à faire de la culture physique. Travaillez pour la race. Et ne vous fatiguez pas pour une poignée de folles.

Serge Veber

La Presse,12 mars 1923.

 

Un exemple

Une joueuse de football qui disputait samedi dernier un match, chargée par une adversaire, tomba à terre et ne s’est pas relevée. Elle mourut à l’hôpital sans avoir repris connaissance.

Àla suite de ce déplorable accident, il n’y aura pas dans le pays où est survenue cette histoire, d’association de football féminin. Et l’on pense que les autorités interdiront désormais aux femmes de pratiquer le football.

Ce pays n’est malheureusement pas la

France. C’est le pays de Galles. Il lui aura fallu une cruelle expérience pour décider d’annuler dorénavant le football féminin.

Qu’attend-on chez nous pour en faire autant .Qu’une joueuse française meure ? Est-ce vraiment la peine ?

Est-il réellement nécessaire qu’il y ait une victime pour qu’on se décide à devenir raisonnable ? Pour que l’on comprenne que la pratique du ballon rond ou du ballon oval est pour la femme dangereuse, néfaste et disgracieuse.

De grâce, n’attendons pas un deuil.

Serge Veber

La Presse, 16 novembre 1926.

 

 

Le football et les femmes

La rédaction d’un journal belge a reçu d’une de ses lectrices une longue plaidoirie pour le football féminin. Nous ne résistons pas au désir d’en détacher les trois arguments principaux :

1° Les hommes, comme les femmes, ne sont faits qu’en chair et en os. Pas plus que les femmes, ils n’ont du fer dans la constitution. Donc, si les hommes peuvent jouer au football, les femmes ont des droits égaux à la pratique de ce sport ;

2° On se plaint du jeu dur. Si les hommes ne sont pas capables de désapprendre la vilaine habitude de jouer brutalement, l’exemple des femmes leur serait une excellente leçon ;

3° Et surtout, la douceur est la vertu fondamentale de la femme : on ne verrait donc, en football féminin, que des parties très propres.

Nous n’oserions, évidemment, commenter cette judicieuse argumentation.

Paris-Soir, 10 mai 1926.

LE LIVRE
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La Presse de Emile de Girardin, 1836-1935

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