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Écran noir
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Woolf-Hall: gloire et déboires de la littérature lesbienne


Radclyffe Hall, par Charles Buchel, 1918.

Orlando de Virginia Woolf, autobiographie imaginaire d’un jeune noble androgyne, est souvent présenté comme une déclaration d’amour à la poétesse Vita Sackeville-West. Le fils de cette dernière l’a même décrit comme « la plus longue lettre d’amour de l’histoire ». Dans Vita et Virginia, la réalisatrice britannique Chanya Button met en scène la naissance de cette relation et la genèse de ce roman paru à l’automne 1928.

À cette époque, l’homosexualité était considérée comme un crime en Grande-Bretagne et les écrivains qui s’aventuraient sur ce terrain pouvaient être poursuivis en justice pour « obscénité » et autre outrage aux bonnes mœurs. Cela a été le cas pour l’auteure d’un autre roman paru en cette même année 1928, Radclyffe Hall. Puits de solitude (The Well of Loneliness) joue avec le genre et l’identité sexuelle de son personnage principal de manière beaucoup plus crue qu’Orlando et sans bénéficier des mêmes qualités littéraires. Son auteure, la romancière Radclyffe Hall, l’a conçu comme un manifeste pour l’égalité et contre la bigoterie. Ouvertement lesbienne, cette femme de la bonne société se qualifiait d’«invertie » et estimait devoir éduquer le monde à ce sujet. L’héroïne du Puits de solitude est un garçon manqué qui découvre son amour pour les femmes.

Un mois après la publication du roman, James Douglas, le critique du Sunday Express, appelle à interdire cette « propagande immorale ». Il précise qu’il préfèrerait « donner à un garçon ou une fille en bonne santé une fiole de cyanure que ce roman ». Ses assauts répétés attirent l’attention du très conservateur ministre de l’Intérieur Sir William Joynson-Hicks. Et malgré le soutien d’une partie des écrivains et intellectuels les plus en vue de l’époque, un tribunal est appelé à statuer sur la moralité de l’ouvrage. Vita Sackeville-West témoigne lors du procès et Virginia Woolf était prête à le faire pour défendre la liberté d’expression, tout en redoutant d’avoir à plaider en faveur d’un roman qu’elle considérait de piètre qualité. Le juge refuse cependant d’écouter les artistes au titre d’expert. Il retiendra les accusations d’obscénité et d’immoralité et ordonnera l’interdiction et la destruction du livre. Radclyffe Hall fait appel et perd. L’interdiction ne sera levée que dans les années 1960. Entre temps, les droits de The Well of Loneliness ont été vendus à l’étranger et le roman, traduit dans 14 langues, est considéré comme un incontournable de la littérature lesbienne. Orlando, paru juste avant le premier procès, a immédiatement été reconnu comme une œuvre exceptionnelle. Et son auteure ni Vita Sackeville-West n’ont jamais été inquiétées.

 

À lire aussi dans Books: Virginia Woolf, une femme en colère, mai 2012.

LE LIVRE
LE LIVRE

Le puits de solitude de Radclyffe Hall, Gallimard, 2005

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