Zweig, ce Pepsi de la littérature

À quoi est due l’immense popularité dont continue de jouir Stefan Zweig ? À une sorte de talent hollywoodien fait pour plaire à la bourgeoisie inculte. Les Mann, Musil et autres Canetti ne s’y trompaient pas, qui le couvraient de leur mépris. Un poète anglais d’origine allemande enfonce le clou dans cet article d’une rare méchanceté, qui fracasse aussi la statue morale de l’humaniste.


Stefan Zweig, 1931 © Trude Fleischmann
Romain Rolland, l’un des nombreux amis illustres de Stefan Zweig (il semble n’en avoir jamais eu d’une autre sorte), s’est étonné un jour que ce dernier puisse être un auteur et ne pas aimer les chats : « Un poète qui n’aime pas les chats (1) ! » Ce n’est qu’une des multiples choses – comme si l’homme n’avait pas d’ombre – qui « clochent » chez ce vulgarisateur populaire qui, à l’instar du Kitschmeister Gustav Klimt, scintille une nouvelle fois au firmament de la mode. Phénomène ridicule, aucun des deux n’étant meilleur qu’à l’origine. Le polygraphe Zweig (« branche »), surnommé l’« Erwerbszweig » (quelque chose comme « branche productive de l’économie ») dans la vacharde et envieuse Vienne du début du XXe siècle, était cet écrivain à succès angoissé et raté tellement modeste ; l’auteur de langue allemande le plus vendu et le plus traduit de l’entre-deux-guerres, redevenu « livre du mois » par-ci, « redécouverte du siècle » par-là, bénéficiant de critiques complaisantes plus ou moins partout ; ce rejeton extraordinairement lugubre et guindé des magnétiques années 1880 ; cet Autrichien non autrichien et ce Juif non juif (Joseph Roth – qui m’a ...
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Romans, nouvelles et récits de Zweig, ce Pepsi de la littérature, Gallimard

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