Vive le postcapitalisme !
par Owen Hatherley

Vive le postcapitalisme !

La mondialisation, et plus encore l’avènement de l’économie immatérielle, rebattent les cartes de la pensée marxiste traditionnelle. Les conditions de la fin du capitalisme seraient enfin réunies. Nourrie par un bel optimisme technologique, la critique des vaches sacrées de la gauche et de la « politique folklorique » ouvre la voie à un nouvel avenir radieux, fondé sur le Revenu universel garanti.

Publié dans le magazine Books, janvier / février 2017. Par Owen Hatherley

©Nick Adams/Zuma/REA

Marche silencieuse d'Occupy Seattle en 2012. Faut-il voir dans les nouvelles mobilisations les prolégomènes d’un changement révolutionnaire ou une forme de politique folklorique ?

Deux livres récents défendent des idées qui semblaient avoir disparu de la pensée de gauche depuis la fin des années 1960 : l’optimisme technologique, le futurisme, la conception de programmes et la formulation de revendications. Toutes choses qui rompent avec la simple posture de témoignage consistant à manifester. Leurs auteurs utilisent l’expression curieusement neutre de « postcapitalisme » pour désigner l’alternative qu’ils dessinent, de préférence à « socialisme », « social-démocratie », « communisme » ou « anarchisme », mots à leurs yeux entachés, d’une manière ou d’une autre. Dans « Inventer l’avenir » (1), Nick Srni­cek et Alex Williams rejettent quasiment tout ce que la gauche euro-américaine a pensé et fait depuis 1968, sauf la recon­naissance quelque peu convenue de l’importance de l’ « intersectionnalité » sexuelle et raciale (2). Ils n’en ont pas après la politique de défense des identités, habituelle bête noire des militants de gauche pour qui « tout a mal tourné dans les années 1960 ». Ils s’indignent de l’abandon de la croyance en la possibilité, et la nécessité, d’une société proposant un au-delà du capitalisme. « Depuis les prédictions sur l’avènement d’un nouveau monde de loisirs jusqu’aux rêves post-genre du féminisme radical en passant par le communisme cosmique de l’ère soviétique et les célébrations afro-futuristes concernant la nature synthétique et diasporique de la culture noire, écrivent-ils, l’imaginaire populaire de la gauche a envisagé des sociétés très supérieures à tout ce dont nous rêvons aujourd’hui. » Ce renoncement est d’autant plus frustrant que, « à un certain niveau, ces rêves apparaissent plus que jamais à portée de main ». Et cela grâce à l’essor du numérique, à la production et…

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