Après la saignée de la Première Guerre mondiale, la population immigrée
a triplé en vingt ans. La dépression des années 1930 et la montée du
nazisme ont ajouté aux tensions, conduisant les autorités à multiplier
les mesures restrictives. Le point culminant fut atteint avec les
décrets Daladier de 1938. Plus aucun étranger n’était désormais protégé
contre le risque d’expulsion, une personne naturalisée pouvait être
dénaturalisée si elle était jugée « indigne » d’être française. En
1939, des camps d’internement furent ouverts pour les étrangers en
instance d’expulsion, qu’ils soient espagnols, allemands, russes,
hongrois, tchèques, polonais ou sénégalais… Professeur de sciences
sociales à Harvard, Mary Dewhurst-Lewis montre que l’égalitarisme prôné
par la République avait bon dos. D’autant que, pour ceux qui n’étaient
pas menacés, les règles d’accès aux droits sociaux, santé et chômage,
variaient beaucoup selon le pays d’origine. Parallèlement, elle montre
aussi que le système de décision n’était pas homogène, Lyon ayant par
exemple une politique beaucoup plus restrictive que Marseille, les
fonctionnaires parisiens jugeant les...