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Albert Camus n’aimait pas le Brésil

Le pays où "les termites vont dévorer les gratte-ciel, tôt ou tard".

Lorsque Albert Camus prend la plume pour décrire le Brésil à son ami René Char, avec lequel il entretint une longue correspondance, il ne cache pas son malaise. C’est un pays « trop chaud, écrit-il en août 1949, où la nature mangera un jour les fragiles décors surélevés dont l’homme essaie de s’entourer. Les termites vont dévorer les gratte-ciel, tôt ou tard, les lianes vierges bloqueront les autres et la vérité du Brésil éclatera enfin. » C’est sur des lignes similaires qu’est tombé Arthur Dapieve, un des principaux critiques du quotidien brésilien O Globo, lorsque les commémorations du cinquantenaire de la mort de l’écrivain l’ont poussé à se replonger dans les Journaux de voyage.

Camus raconte ses aventures et mésaventures, sa fatigue. Un rien l’agace ou l’attriste, il en est presque comique. Il déteste les Brésiliens dès son arrivée sur le quai : encarté au Parti communiste, il est le dernier à réussir à sortir des services d’immigration, et décide que ce peuple ne mérite guère sa curiosité. Bien sûr, il admire certains écrivains, s’intéresse au « Manifeste anthropophage » du poète Oswald de Andrade, et reconnaît aux Brésiliens une « politesse raffinée bien qu’un peu cérémonieuse », plus agréable que la « grossièreté européenne ». La nature, toujours, l’effraye : les saisons se confondent et les espaces, immenses, « collent à l’âme de façon insistante ». Le désamour manifesté dans le récit contraste avec le texte laissé par un autre grand écrivain, l’Autrichien Stefan Zweig (Brésil, terre d’avenir), qui confortait les Brésiliens sur le caractère exceptionnel de leur pays. Pour Arthur Dapieve, ce manque d’intérêt a une explication limpide : né en Algérie, Albert Camus ne pouvait se laisser enchanter facilement par la culture du tiers-monde.

LE LIVRE
LE LIVRE

Journaux de voyage de Albert Camus n’aimait pas le Brésil, Gallimard

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