L’Allemagne nazie, virtuose des «faits alternatifs»
par Pauline Toulet
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L’Allemagne nazie, virtuose des «faits alternatifs»

Écrit par Pauline Toulet publié le le 6 mars 2019

Le 7 novembre 1938, Herschel Grynszpan, un juif allemand de 17 ans, pénètre dans l’ambassade d’Allemagne à Paris. Il prétend détenir des documents importants et on l’introduit dans le bureau du secrétaire d’ambassade Ernst vom Rath. Après avoir traité ce dernier de « sale boche », il sort un revolver acheté quelques heures plus tôt et fait feu à cinq reprises. Le diplomate allemand meurt de ses blessures deux jours plus tard.

C’est sur cet incident et, surtout, sur ses désastreuses conséquences, que l’historien et romancier américain Stephen Koch entend faire la lumière. Dans Hitler’s Scapegoat, il « décrit d’une manière saisissante l’Europe sordide et malade des années qui ont suivi la signature des accords de Munich, en 1938 », analyse Colin Greenwood dans The Spectator.

Hitler et ses acolytes voient immédiatement le profit qu’ils peuvent tirer de cet attentat, relate l’historien. Après avoir organisé des obsèques en grande pompe à Ernst vom Rath, érigé en martyr du IIIe Reich, le ministre de la propagande Joseph Goebbels s’empresse de déclarer qu’il s’agit d’ un crime fomenté par la « juiverie internationale ».

Procès spectacle

Le geste de Grynszpan sert de casus belli et, quelques heures après la mort du diplomate, débute la terrible Nuit de cristal. Les nazis présentent cette effusion de violence comme une réaction populaire, bien qu’ils l’aient minutieusement orchestrée. Les autorités françaises hésitent à le juger et en juillet 1940, le régime de Vichy le livre aux Allemands.

Il est transféré dans le camp de Sachsenhausen, près de Berlin, où il bénéficie d’un régime préférentiel sur ordre de Goebbels. Celui-ci entend orchestrer un procès à grand spectacle, destiné à prouver que la guerre a été déclenchée par les Juifs. Bien décidé à ne pas se laisser instrumentaliser, Grynszpan adopte une ligne de défense surprenante : il affirme qu’il entretenait une relation homosexuelle avec le diplomate allemand et que son assassinat était en réalité un crime passionnel.

Petit traité sur le bon usage des « fake news »

Cet habile mensonge contrecarre les plans du Führer, qui ne souhaitait évidemment pas voir l’hétérosexualité de vom Rath mise en doute. En 1942, Hitler est contraint d’ordonner la suspension définitive du procès.

L’ouvrage de Stephen Koch, qui se lit comme un petit traité sur le bon usage des « fake news », montre que nous sommes entrés depuis longtemps dans l’ère de la post-vérité.

À lire aussi dans Books : Autoportrait du nazisme en boa constrictor, juillet-août 2013.

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