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En Argentine, le football n’est pas tout

Supporteurs dans l’âme, les Argentins se préoccupent aussi de la situation politique et économique de leur pays.

D’abord le foot. Rien ne saurait ébranler la passion que lui vouent les Argentins. Dans « La finale de nos vies», le journaliste sportif Andrés Burgo y raconte la finale 2018 de la Copa Libertadores, la Ligue des champions d’Amérique du Sud, qui a tenu la population en haleine : elle opposait River Plate et Boca Juniors, deux clubs de Buenos Aires à la rivalité légendaire. Le livre doit son titre à l’une de ces envolées lyriques dont les commentateurs sportifs ont le secret : «Te quiero hasta el final de nuestras vidas, te amo futbolísticamente» (« Je t’aime jusqu’à la fin de nos vies, je t’aime footballistiquement »).

La liste suggère toutefois des préoccupations plus graves. Sérotonine, de Michel Houellebecq touche les Argentins par son évocation crépusculaire de l’agriculture européenne. Leur pays y apparaît comme un concurrent redoutable, dont les exportations provoquent la ruine, la révolte et le suicide des paysans du Vieux Continent. L’image menaçante que leur renvoie l’écrivain français semble intriguer les lecteurs.

La situation économique et politique les préoccupe, ce dont témoigne le succès de deux essais. Dans « La racine de tous les maux », le journaliste Hugo Alconada Mon se penche sur les structures qui favorisent la corruption et l’impunité dans le pays. Membre du Consortium international des journalistes d’investigation (à l’origine de révélations telles que les Panama Papers), l’auteur s’interroge sur l’indépendance de la justice. Auparavant, Alconada avait enquêté sur l’affaire Odebrecht, du nom de ce géant brésilien du BTP qui pratiquait la corruption à grande échelle dans une douzaine de pays et aurait versé entre 35 et 60 millions de dollars de pots-de-vin en Argentine. Pour José Luis Espert, économiste médiatique, candidat libertarien à la présidentielle d’octobre 2019 et auteur de « La société complice », la solution passe plutôt par un libéralisme économique accru et par la laïcisation d’un État actuellement sous régime concordataire avec l’Église catholique.

Guettés par le ras-le-bol politique, de nombreux lecteurs se tournent également vers les ouvrages de développement personnel de Magalí Tajes, psychologue et star du stand-up. Les Argentins se montrent sensibles aux promesses de bonheur individuel, faute peut-être de parvenir à trouver collectivement les solutions à un malaise social qui dure.

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