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L’art de la paresse

La fainéantise est un acte de résistance. La preuve par Bartleby, Oblomov et Donald.

Dans une société qui valorise l’hyperacti­vité et glorifie la performance à tout prix, la paresse mérite-t-elle qu’on l’accuse d’être la « mère de tous les vices » ? Professeur de sémiotique à l’Université de Palerme, Gianfranco Marrone publie un petit ouvrage où il propose de voir dans ce défaut, consi­déré comme un des sept péchés capitaux, une fille légitime de la liberté, voire un droit de l’homme fondamental.

« À travers une reconstruction détaillée du concept de paresse, de ses constantes et de ses variations culturelles, à partir d’extraits littéraires et philosophiques, d’histoires, de mythes, de proverbes et de traditions, Marrone nous offre un très savoureux essai qui montre la difficulté d’être une cigale dans un monde qui change et exige de nous un activisme hypocritement euphorique », écrit Rossana Sisti dans le quotidien Avvenire.

Car la paresse n’est pas analysée, ici, en tant que simple trait de caractère individuel mais comme une forme de résistance collective à un système de valeurs qui rejette l’inactivité. Le paresseux, explique Marrone, « fait tout pour ne rien faire, et surtout ne pas faire ce que les autres attendent de lui, reniant son être social : voilà pourquoi il est stigmatisé ».

Longtemps considérée comme une vertu – dans l’Antiquité, s’opposant au négoce, l’otium permettait de se cultiver et d’élever son âme –, l’oisiveté change de statut au cours du XVIIIsiècle, au moment où la bourgeoisie de la révolution industrielle naissante se met à critiquer l’inactivité des ­aristocrates.

L’éthique calviniste ayant érigé le travail en devoir puis en droit, la paresse devient un ressort narratif fécond, que Marrone analyse à travers le pamphlet de Paul Lafargue sur le « droit à la paresse », les écrits de Barthes, les personnages d’Oblomov et de Bartleby. Il convoque même Donald, le canard malchanceux de Disney, en qui il voit un « pares­seux rebelle et révolutionnaire qui déteste les valeurs de l’American way of life et dont les aventures ne sont qu’une parenthèse désastreuse et fatigante entre deux siestes », souligne l’auteur dans un entre­tien accordé au quotidien ­Gazzetta del Mezzogiorno. Pour résumer, s’amuse ­Matteo Sacchi dans Il Giornale, « la plus grande qualité de la ­paresse est d’être une forme de pensée divergente et créative. Et chaque canapé est une tranchée que chacun de nous doit défendre. Jusqu’au bout. »

LE LIVRE
LE LIVRE

La fatica di essere pigri (« La paresse, c’est du travail ») de Gianfranco Marrone, Raffaello Cortina, 2020

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