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Arturo Pomar, un pion sur l’échiquier de Franco

Le journaliste espagnol Paco Cerdà vient de consacrer un livre à Arturo Pomar, un prodige des échecs dont l’Espagne franquiste s’enorgueillissait dans les années 1940-1950. Dans El peón, il revient sur la partie historique qui opposa Pomar à l’Américain Bobby Fischer lors d’un tournoi organisé à Stockholm en 1962. Cette confrontation, fil conducteur du livre, permet à l’auteur de tisser une réflexion plus large sur la façon dont les deux joueurs ont été instrumentalisés par leurs gouvernements respectifs.

De l’échiquier à la politique franquiste

Lorsqu’en 1944, à 12 ans, Arturo Pomar parvient à arracher un match nul à Alexandre Alekhine, alors champion du monde, il devient la coqueluche de la presse espagnole. En 1946, il est reçu par le caudillo en personne, dans son palais du Pardo. Une photo immortalise leur entretien : Franco, tout sourire, tient paternellement le jeune garçon par la nuque. Arturo Pomar « a servi d’instrument de propagande à un moment où l’Espagne était en autarcie, plongée dans la misère. Arturito représentait juste le contraire de la réalité : c’était un prodige des échecs, une activité intellectuelle et cérébrale, dans un pays miné par l’analphabétisme et l’inculture. Vis-à-vis de l’étranger, le “boy Pomar” était un formidable ambassadeur » explique Paco Cerdà dans une interview accordée au quotidien en ligne El Confidencial.

D’idole des échecs à facteur

Quant à Bobby Fischer, il a été le pion de la Maison-Blanche qui, pendant les années de guerre froide, entendait mettre fin à la suprématie soviétique sur ce jeu. « Bobby Fischer et Arturo Pomar, deux génies encensés par leurs gouvernements et abandonnés ensuite, lorsqu’ils avaient besoin d’être soutenus, incarnent bien la splendeur et la misère, respectivement, des États-Unis et de l’Espagne », pointe le journaliste et spécialiste des échecs Leontxo García dans le quotidien El País. Effectivement, l’Espagne s’est montrée bien ingrate envers l’enfant prodige dont elle chantait les louanges, rappelle l’auteur. Une fois adulte, Pomar n’intéressait plus la presse, et comme il ne pouvait gagner sa vie en tant que joueur professionnel, il dût travailler comme employé d’un bureau de poste. Ce qui lui valut, en 1962, cet élégant commentaire de Bobby Fischer, amer d’avoir dû lui concéder un match nul après une partie longue de sept heures : « Pauvre facteur espagnol. C’est dommage, tu joues si bien et tu vas devoir retourner tamponner des enveloppes ».

À lire aussi dans Books : Garry Kasparov, optimiste face aux machines, février 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

El peón de Paco Cerdà, Pepitas de calabaza, 2020

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