Avoir un enfant est-il un droit ?
par Mark Rowlands

Avoir un enfant est-il un droit ?

Doit-on assister médicalement les femmes stériles ou les couples homosexuels, au nom d’un droit imprescriptible à l’enfant ? Contre les libéraux extrémistes et les intégristes religieux, une philosophe défend l’idée d’une tolérance tranquille.

Publié dans le magazine Books, juillet-août 2011. Par Mark Rowlands
Face à la procréation assistée – insémination artificielle par le mari ou un donneur, fécondation in vitro, mère porteuse et clonage – l’opinion se divise grosso modo en deux camps. Pour les uns, questions financières mises à part, ceux qui réclament une aide à la conception y ont droit, du simple fait que tout le monde a le droit d’avoir des enfants. Dans Making Babies. Is There a Right to Have Children?, la baronne Warnock soutient que ce droit n’existe pas. De manière selon moi convaincante. Certaines personnes sont incapables d’avoir des enfants, voilà tout. Et si l’on adapte à cette problématique nouvelle la vieille maxime kantienne voulant que « devoir suppose pouvoir », ces individus n’ont pas plus le droit de concevoir que Warnock n’a le droit d’escalader l’Everest, comme elle le dit plaisamment. Peut-être le droit en question est-il, alors, celui d’essayer (sérieusement) d’avoir des enfants ? Warnock répond par la négative. Un droit de ce genre à la procréation assistée n’a que deux fondements possibles. Le fait qu’un texte juridique l’accorde à l’ensemble des citoyens. Mais, comme le souligne Warnock, il n’existe « aucune loi en Grande-Bretagne […] ni nulle part ailleurs, qui donne aux individus le droit de concevoir, ou d’y être aidés ». La plupart des sociétés civilisées ont adopté des lois qui interdisent expressément d’empêcher certaines personnes d’avoir des bébés. Mais la question, en l’occurrence, ne concerne pas ceux à qui l’on défend de se reproduire, mais ceux qui ne le peuvent pas. Un droit à la procréation assistée pourrait aussi – et c’est l’autre fondement possible – reposer sur l’idée qu’il s’agit d’un besoin fondamental de l’être humain, à protéger au même titre que le droit à la vie, à la liberté, à la nourriture, à un toit, etc. Warnock s’y oppose en rappelant que, si besoin fondamental il y a, il est invariablement ressenti par tous les individus. Le fait que nombre de gens sains de corps et d’esprit ne désirent absolument pas d’enfant compromet cette hypothèse. La soutenir revient à abolir la distinction entre…
Pour lire la suite de cet article, JE M'ABONNE, et j'accède à l'intégralité des archives de Books.
Déjà abonné(e) ? Je me connecte.
Imprimer cet article
0
Commentaire

écrire un commentaire