Les « bonnes » raisons du suicide
par Les « bonnes » raisons du suicide
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Les « bonnes » raisons du suicide

Écrit par publié le le 7 février 2019

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide », écrivait Camus dans Le Mythe de Sisyphe. L’Américain Jesse Bering, psychologue spécialiste des sciences cognitives, semble être du même avis, puisqu’il vient de consacrer un volumineux ouvrage à cette question délicate. Comme il le montre dans Suicidal, la compréhension de ce phénomène s’est sensiblement étoffée depuis l’analyse pionnière de Durkheim qui logeait les causes du suicide dans le social plutôt que dans l’individu.

« Neurones en fuseau »

Bering « propose au lecteur un passionnant ensemble de connaissances transdisciplinaires et de matériaux provenant de sources diverses. Il fait appel à des études de psychologie de l’évolution et d’éthologie, ainsi qu’à des interviews, des documents historiques et des récits littéraires » commente Eileen McGinnis dans The Washington Independent Review of Books.

On estime que 1 million de personnes se suicident chaque année, nous apprend l’auteur. Et, selon certains chercheurs, les responsables pourraient bien en être nos « neurones en fuseau », un type de neurones impliqués dans la régulation de l’humeur, de l’empathie et de la conscience de soi. En effet, on retrouve dans le cerveau des suicidés un taux de neurones en fuseau bien plus élevé que la moyenne. Bering passe également en revue la thèse d’un biologiste de l’évolution, qui voit dans le suicide un comportement adaptatif induit par la sélection naturelle. Lorsqu’un individu a de faibles perspectives en matière de reproduction et représente un fardeau pour l’espèce, le suicide serait une option « raisonnable », explique le scientifique. Par ce geste, le suicidé assurerait la pérennité de son patrimoine génétique, puisque sa lignée, n’ayant plus à allouer des ressources à un membre improductif, pourrait davantage se consacrer à sa survie.

Lettres

Mais l’ouvrage de Bering n’est pas uniquement constitué de telles considérations glaçantes. L’auteur convoque également les lettres ou les journaux intimes de personnes s’étant donné la mort, pour tenter de saisir la manière dont la détresse se manifestait chez elles. Parmi ces témoignages poignants figure la note laissée par un homme qui a sauté du pont du Golden Gate, à San Francisco : « Si une personne me sourit sur le chemin, je ne sauterai pas ». Cruel rappel des effets dévastateurs de notre culture contemporaine de l’indifférence.

 

À lire aussi dans Books : Le bonze et les candidats au suicide, avril 2014.

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