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Chez les fous furieux du Web

Sur certains réseaux d’extrême-droite en ligne, les nouveaux candidats doivent littéralement montrer patte blanche en prenant une photo de leur poignet (blanc) ou en produisant le résultat d’un test ADN prouvant la « pureté » de leur lignée. L’Autrichienne Julia Ebner s’est soumise à tout cela (en trichant un peu). Chercheuse à l’Institute for Strategic dialogue, un think tank londonien spécialisé dans la lutte contre l’extrémisme, elle publie Going Dark, fruit de deux années d’infiltration dans cinq milieux extrémistes sur Internet : les suprémacistes blancs, les complotistes, les misogynes radicaux, les fondamentalistes chrétiens et les djihadistes.

Le recrutement ciblé des extrémistes

« Les « Trad Wife » (épouse tradi ), qu’Ebner explore via un groupe de discussion, est l’une des sous-cultures d’extrême-droite les plus bizarres qu’elle rencontre », souligne Mark O’Connell dans The New Statesman. Ces femmes estiment que leur atout le plus important dans la vie est leur « valeur sur le marché du sexe » calculée en fonction de leur âge, de leur forme physique, de leur féminité et de leur chasteté. Elles recrutent de nouvelles adeptes en se donnant l’apparence d’un groupe de soutien réconfortant les jeunes femmes qui vivent une rupture amoureuse. Cette manière de cibler les individus fragiles est une constante, selon Ebner. Les extrémistes islamistes visent ainsi les musulmans isolés et qui se sentent discriminés, les suprémacistes blancs cherchent des hommes obsédés par leur sécurité, leur place dans la société et doutant d’eux-mêmes.

Sur Internet, les leaders de ces factions extrémistes « créent des bulles qui encouragent les comportements antisociaux », souligne Ebner. Ils détournent la pop culture et utilisent l’humour pour instiller un sentiment d’appartenance, repoussant toujours plus les limites de l’acceptable jusqu’à ce que leur vision du monde devienne la normalité. Parmi les différentes stratégies d’endoctrinement utilisées par ces groupes, Ebner décrit ainsi « le red-pilling », inspiré du film Matrix : les recruteurs persuadent les sympathisants potentiels qu’ils vivent dans une réalité parallèle dans laquelle ils sont particulièrement opprimés et menacés.

L’influence démultipliée des marginaux

« C’est là la vraie valeur ajoutée du fascinant travail d’Ebner. Elle montre comment Internet a rassemblé des communautés marginales, alimenté les extrêmes et attisé leur influence partout dans le monde », assure Ian Birrell dans The Spectator. « Ce qu’elle ne définit jamais vraiment », regrette Rosamund Urwin dans The Sunday Times, « est l’importance de ces mouvements : sont-ils des niches ou ont-ils infecté chaque quartier ? ».

À lire aussi dans Books : Qui sont les « incels »?, mars 2020.

LE LIVRE
LE LIVRE

Going Dark: The Secret Social Lives of Extremists de Julia Ebner, Bloomsbury, 2020

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