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La Chine à la reconquête du monde

L’empire du Milieu entend bien reprendre la place qui était la sienne et réaffirmer sa domination tant que sa santé économique le lui permet.


Statut de Zhang He, Nanjing/ Vmenkov
Deux avions de chasse chinois interceptent un patrouilleur américain, des F-15 japonais poursuivent un drone chinois, la présence d’un navire militaire des États-Unis provoque un vif échange entre Pékin et Washington. Tous ces incidents ont eu lieu en mer de Chine et en l’espace de quinze jours en mai dernier. Pékin considère cette vaste zone maritime comme ses eaux territoriales. Et il investit pour la défendre. Taïwan, le Vietnam, la Malaisie, Brunei et l’Indonésie font de même. Celui qui contrôlera la mer de Chine méri­dionale deviendra le maître de quelques cailloux inhabités, d’une importante route commerciale et pourra exploiter ses quelques gisements d’hydrocarbures. Mais, pour Pékin, l’enjeu est autrement plus important. La Chine ne se considère pas comme un pays parmi d’autres. C’est un empire. Cette conception est profondément ancrée dans la psyché chinoise, explique le journaliste Howard French dans Everything Under the Heavens. En associant recherche historique et investigation, cet ancien correspondant du New York Times, longtemps en poste en Asie, met en évidence « l’ampleur des ambitions de la Chine du XXIe siècle et sa détermination à ne pas se laisser simplement absorber dans l’ordre l
ibéral occidental », note Jonathan Chatwin dans l’Asian Review of Books. Car ces deux derniers siècles en retrait de la scène inter­nationale sont une anomalie dans la destinée de la Chine. Depuis le règne des Tang (618-907), rappelle French, elle était un empire. Elle était au centre du monde. L’empire du Milieu séparait le reste de l’humanité en deux. D’un côté les civilisés, qui reconnaissaient son hégémonie ; de l’autre les barbares. La politique chinoise était alors guidée par la croyance en sa domi­nation naturelle sur « tout ce qui est sous le ciel ». L’étude de ce concept – tianxia en chinois – et de ses manifestations à travers l’histoire forment « la partie la plus intéressante du livre de Howard French, estime Ian Johnson dans The New York ­Review of Books. French n’est pas un déterministe historique, mais il voit dans l’avancée chinoise vers l’Asie du Sud-Est une “marche vers les tropiques” qui a commencé il y a des millénaires, au moment où la civilisation chinoise a quitté son berceau du nord de la Chine centrale pour s’étendre vers le fleuve Yangzi Jiang, puis vers le sud, en direction de l’actuel Hongkong et du Yunnan ». La dernière fois que la Chine était partie vers le sud, c’était sous la dynastie Ming, au XVe siècle, avec les expéditions maritimes de l’amiral Zheng He. Celui-ci avait soumis les populations de Java, de Malaisie, du Vietnam et du Sri Lanka. Cet expansionnisme a pris fin quand des querelles internes ont mis en danger le pouvoir impérial ; mais l’idée que la Chine est vouée à être un empire maritime a ­survécu. Zheng He était tombé dans ­l’oubli en Chine jusqu’à ce que les Occidentaux découvrent ses exploits et voient en lui un Christophe Colomb ou un ­Magellan. Les nationalistes chinois du XXe siècle se sont emparés de cette image d’explorateur pacifique. Cette vision de l’histoire est toujours en vigueur à Pékin, et elle rend légitime sa volonté d’expansion vers le sud. Et si le président Xi Jinping se montre aujourd’hui si pressé, c’est qu’il sait la démographie et l’économie de la Chine sur le déclin. Selon French, il profite de cette dernière occasion pour rétablir le centre de gravité de la puissance chinoise. L’État ne doit pas devenir un fournisseur de services et de droits aux ­citoyens. Il doit être le garant des valeurs nationales et de la place de la Chine dans le monde, de son règne sur « tout ce qui est sous le ciel ».
LE LIVRE
LE LIVRE

Everything Under the Heavens: How the Past Helps Shape China’s Push for Global Power de Howard French, Knopf, 2017

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