Churchill contre les barbares
par Jean-Louis de Montesquiou

Churchill contre les barbares

En 1898, le jeune lieutenant britannique se battait au Soudan contre « des sauvages à l’esprit limité ». Et vantait « le triomphe le plus remarquable jamais obtenu par les armes de la science ».

Publié dans le magazine Books, janvier/février 2018. Par Jean-Louis de Montesquiou
Le 2 septembre 1898, au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, le corps expéditionnaire anglo-égyptien mené par sir Herbert Kitchener affronte les troupes soudanaises du « sauveur » des musulmans, le Mahdi, retranché dans la ville sainte d’Omdurman, en face de Khartoum. La bataille ne dure que quelques heures. « À 11 h 30, sir Herbert Kitchener replie sa longue-vue et déclare que l’ennemi a reçu “une bonne branlée”. » C’est le moins qu’on puisse dire. Bien que deux fois supérieurs en nombre, les derviches ont été complètement pulvérisés : 28 000 morts, blessés ou prisonniers côté soudanais ; 47 morts et 382 blessés côté britannique. Une victoire « asymétrique » s’il en fut jamais. Malgré leur courage suicidaire, les derviches déferlant en désordre avec leurs lances et leurs vieux fusils n’avaient pas la moindre chance contre des bataillons bien organisés, armés de fusils à répétition et de balles dum-dum, que soutenaient 56 mitrailleuses Maxim et 12 canonnières blindées. Le jeune lieutenant Winston Churchill, qui s’ennuie dans l’armée des Indes, fait jouer ses relations familiales (comprendre : les amants de sa mère) pour se faire envoyer au Soudan, où de vrais et beaux combats se profilent. Omdurman ne le déçoit pas : avec son régiment de lanciers, il participe à l’une des dernières grandes charges de cavalerie de l’histoire – une charge pas franchement utile, et qui manque tourner à la catastrophe quand le 21e, lancé au triple ­galop vers un groupe de cavaliers mahdistes, doit inopinément se tailler un chemin au sabre à travers une troupe de derviches cachés dans un repli de terrain. Du grand sport : « L’affaire d’Omdurman n’était peut-être qu’un massacre ; mais du moins nous, nous avons combattu avec fair-play, au sabre et à la lance. » La bataille laisse en effet à Churchill un goût amer. Il la décrit comme un affreux massacre, aggravé par tous les blessés que Kitchener a très inélégamment fait tuer. Au moins, ­est-ce un massacre justifié ? À lire Churchill entre les lignes, on peut en douter. « Quiconque a jamais vécu au Soudan ne peut que se demander à quoi peut bien servir la possession de ce territoire », annonce-t-il candidement en ouverture de son fascinant récit. Et à la fin de celui-ci, il hasarde cette réponse : « Voici, en toute honnêteté, les véritables raisons de la bataille du Nil : unifier des territoires (l’Égypte et le Soudan)…
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