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Combat de coqs chez les intellectuels suédois

Entre les intellectuels Sven Stolpe et Olof Lagercrantz, la bagarre idéologique masquait une rivalité amoureuse.

Estampillé roman, ce livre n’en est pas moins, selon son auteur, le récit réel de la vie de ses grands-parents, Karin et Sven Stolpe, un couple d’intellectuels suédois en vue. Il traite plus particulièrement d’un épisode resté méconnu : la passion amoureuse que partagea Karin, peu après son mariage dans les années 1930, avec un étudiant de quatre ans son cadet. Olof Lagercrantz, c’est son nom, devint par la suite une autre figure du monde intellectuel stockholmois, un poète et publiciste redouté (à la tête des pages culture du quotidien Dagens Nyheter) qui vira maoïste sur le tard. Avec une constante : le besoin d’en découdre publiquement avec Sven Stolpe. Les joutes entre les deux hommes marquèrent le débat idéologique suédois de la seconde moitié du xxe siècle, un peu comme celles qui opposèrent Jean-Paul Sartre à Raymond Aron, l’amitié des débuts en moins. Écrivain converti au catholicisme en
1947, une rareté dans ce bastion du luthéranisme, Sven Stolpe était un ardent promoteur de la littérature française et l’auteur d’ouvrages de référence sur deux de ses confrères et compatriotes, August Strindberg et le plus confidentiel mais tout aussi sombre Stig Dagerman, qui se suicida en 1954. À la lecture de Bränn alla mina brev (« Brûle toutes mes lettres »), qui se fonde sur la correspondance et les journaux tenus par les protagonistes (tous décédés), on comprend que la rivalité entre Lagercrantz et Stolpe avait des racines ô combien plus intimes : leur amour pour Karin, fille d’un lauréat du prix Nobel de chimie et traductrice de Simone Weil, de François Mauriac et d’Aldous Huxley, entre autres. « Ce bref drame passionnel déboucha sur soixante-dix ans de haine entre deux géants littéraires », constate le quotidien Expressen. Pour Stolpe, la trahison de son épouse ne fut ni plus ni moins qu’un « attentat sexuel », selon sa propre expression. Pour tenter de la reconquérir, ou par désespoir, il provoqua un accident de voiture alors que tous deux se trouvaient à bord. Le geste impressionna tant Karin qu’elle finit par rester auprès de lui jusqu’à la fin. Le devoir conjugal fit le reste. Dagens Nyheter croit comprendre les raisons de son infidélité précoce. « Sven Stolpe était un vrai sadique. Dès leur mariage, il se mit à contrôler sa femme, et, pendant des décennies, il se servit de la liaison qu’elle eut avec Lagercrantz comme d’une arme contre elle, avec une cruauté croissante. » Le quotidien est moins convaincu par les parties du récit dans lesquelles l’auteur se met en scène. Cela n’empêche pas le livre – le troisième que ce journaliste de 43 ans consacre à des membres de sa famille – de figurer parmi les meilleures ventes de romans depuis sa parution, au cours de l’automne 2018.
LE LIVRE
LE LIVRE

Bränn alla mina brev de Alex Schulman, Bookmark Förlag, 2018

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