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Dans mon bunker

Bien avant les armes nucléaires et les missiles, environ mille deux cents ans avant notre ère, les Hittites, confrontés à l’effondrement de leur empire, construisaient déjà des abris souterrains fortifiées. Ces bunkers sont devenus au XXIe siècle un véritable marché. Dans Bunker, le géographe américain Bradley Garrett part à la rencontre de ceux qui les construisent et de ceux qui les achètent. « Il s’intéresse essentiellement aux États-Unis, où le « prepping », le fait de se préparer aux catastrophes et à la fin du monde donne lieu à une véritable sous-culture, mais il se rend aussi en Australie, où la précarité écologique alimente le marché du bunker, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande et en Thaïlande, destinations « de repli » préférées de l’élite », précise Will Wiles dans la Literary Review.

Dans le Dakota du Sud, le géographe visite le plus grand ensemble de bunkers du monde. Construits pendant la Seconde Guerre mondiale pour mettre des stocks de munitions à l’abri d’éventuels bombardements, ces 575 igloos de béton semi-enterrés ont été transformés en 2016 par un entrepreneur, Robert Vicino, qui les vend 35 000 dollars l’unité. Il a baptisé l’endroit « the xPoint », suggérant qu’il serait le point d’où l’humanité ramperait hors des décombres pour tout recommencer. Selon Garrett, ce que les « marchands d’angoisse » comme Vicino vendent, ce ne sont pas des murs, aussi solides soient-ils. C’est du temps. Plusieurs mois, voire plusieurs années, loin de la catastrophe de la surface. Reste aux acheteurs à prévoir des stocks d’eau, de nourriture, de carburant et de divertissements.

Ces « preppers » sont à distinguer des survivalistes des années 1990, assure l’auteur. Ils ne cherchent pas à fonder des communautés autonomes par défiance envers l’État. « Ce sont les gens les plus cools, les plus calmes et les plus rationnels que j’ai rencontrés. Pour la plupart, c’est juste une police d’assurance qu’ils espèrent ne jamais utiliser », explique Garrett dans The Sunday Times. Il reconnaît cependant que les théories du complot et autres prophéties loufoques ont du succès dans ce milieu, comme le remarque Wiles, pour qui les « preppers » sont surtout désabusés. « Certains d’entre eux semblent impatients de pouvoir avoir un retour sur leur investissement souterrain », et il est extrêmement dérangeant d’apprendre que beaucoup des plus grosses fortunes de la planète ont fait du « prepping » une activité secondaire, ajoute-t-il.

À lire aussi dans Books :« L’humanité poursuit sa marche au progrès », octobre 2010.

LE LIVRE
LE LIVRE

Bunker: Building for the End Times de Bradley Garrett, Scribner, 2020

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