L’esprit critique ne prend pas de vacances ! Abonnez-vous à Books !

De l’utilité sociale des filous brésiliens

Mi-voyou, mi-gentleman, drôle et élégant, le malandro est une figure centrale de la culture brésilienne.

De la samba, de la bière et des amis. Tel est le triptyque qui façonne le quotidien et la nature du malandro brésilien. Un terme difficile à traduire, tant il est indissociable de la culture locale : mi-voyou, mi-gentleman, drôle et élégant, le malandro parvient toujours à se tirer des situations les plus inextricables grâce au jeitinho – cette débrouillardise souvent en délicatesse avec la loi. Giovanna Dealtry s’est penchée sur cette figure centrale de la culture brésilienne, et notamment carioca. Ce faisant, la chercheuse en communication sociale prolonge un débat récurrent dans le pays
 : la persistance du caractère malandro nuit-elle ou non à la société brésilienne ? Ce personnage, que l’on reconnaît dans les bars de Rio à son sourire, son pas de danse virtuose et ses discours enjôleurs, n’incarne-t-il pas un archaïsme, préjudiciable au développement ? Leonardo Lichote, qui commente le livre dans le quotidien O Globo, résume l’enjeu : « La trajectoire pour devenir un “pays développé” passe par des critères techniques conçus par la Banque mondiale – techniques qui ne laissent nulle place à l’informalité, terrain de prédilection du malandro. » De là à se « débarrasser de ce trait de caractère pour accéder au développement », il y a un pas, selon le journaliste, qui pense ici à l’unisson du livre. Car si le malandro apparaît à certains comme la figure du « retard » brésilien, il est aussi l’homme de dialogue, le personnage dont les multiples facettes permettent à la société de fonctionner sans explosion sociale, malgré l’ampleur des inégalités. Il suffit de voir le président Lula revêtir un chapeau de musicien de samba de travers pour comprendre à quel point l’art de la composition du malandro est au cœur de l’identité brésilienne moderne.
LE LIVRE
LE LIVRE

Sur le fil du rasoir. Voyous et littérature dans la samba de Tout le savoir de la forêt, Casa sa Palavra /Faperj

SUR LE MÊME THÈME

Périscopes Donner corps à la faim
Périscopes Les esclaves oubliés d’Indonésie
Périscopes Tout le savoir de la forêt

Dans le magazine
BOOKS n°100

DOSSIER

Du bon usage de l'esprit critique

Chemin de traverse

16 faits & idées à glaner dans ce numéro

Edito

Esprit critique, es-tu là ?

par Olivier Postel-Vinay

Philosophie

L’esprit critique comme obscurantisme

par Marcel Gauchet

Voir le sommaire

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.