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Carrière et instinct maternel

Toutes les femmes n’ont pas envie d’enfant. Toutes ne sont donc pas habitées par l’instinct maternel. Du moins si l’on entend par là le fait de rechercher la maternité, un comportement propre à toutes les jeunes femelles en bonne santé dans le monde animal. Dotée par la nature d’un gros cerveau, Femina sapiens s’est en partie détachée de la nature. Qu’une femme venant d’accoucher abandonne son bébé, voire le tue, ne plaide pas non plus pour l’universalité de l’instinct. Du moins si l’on entend par ce mot le fait de s’investir pleinement dans les soins apportés à l’enfant. Cependant, l’affaire est plus complexe, car un tel comportement « contre nature » existe aussi dans le monde animal, y compris chez les primates.

Une lecture « naturaliste », évolutionniste, de l’abandon et de l’infanticide est possible. De même, si la majorité des Parisiennes ont, pendant un temps, au XVIIIe siècle, abandonné leur enfant à une nourrice lointaine, au risque de sa vie, ce n’était pas forcément un signe d’absence d’instinct maternel. D’autant qu’elles laissaient leur bébé dans les 72 heures après sa naissance, comme cela se voit chez les primates qui abandonnent leur petit ; avant, donc, le déclenchement des mécanismes hormonaux d’attachement créés par l’allaitement.

Une manière plus simple d’aborder ce débat est de voir que, partout dans le monde, la plupart des femmes souhaitent avoir au moins un enfant, s’y attacher et tout faire pour maximiser ses chances de réussite. La forte voix de la nature continue de se faire entendre, même si la natalité a beaucoup baissé dans certains pays, au point d’annoncer çà et là un déclin démographique. Mais nous ne pouvons plus écrire, comme Rousseau : « Y a-t-il au monde un spectacle aussi touchant, aussi respectable, que celui d’une mère de famille entourée de ses enfants, réglant les travaux de ses domestiques, procurant à son mari une vie heureuse et gouvernant sagement la maison ? » La mère moderne a le droit de vote, rarement un domestique, et a fait des études lui permettant d’exercer une profession, au même titre que l’homme. Or, de manière plus ou moins insidieuse, comme l’illustre ce numéro spécial, la plupart des sociétés actuelles ne favorisent pas la poursuite simultanée du métier de mère et d’une carrière professionnelle.

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