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Éloge du singe qui joue

L’enfance humaine est un prodige de l’évolution. En dotant Homo sapiens d’une longue période intermédiaire entre le sevrage et la puberté, alors que nos cousins chimpanzés passent directement de l’un à l’autre, la sélection naturelle nous a offert une capacité d’apprentissage unique. Forts du savoir accumulé et de l’audace adolescente, les jeunes humains sont souvent ceux qui ouvrent de nouvelles perspectives à l’espèce.

Bill Gates est célèbre pour avoir quitté Harvard parce que les ordinateurs étaient décidément plus amusants que les cours. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a fait quasiment la même chose : son Facemash d’origine était une blague d’étudiant un peu à l’écart. Napster, qui permettait de télécharger de la musique, a été fondé par deux copains de 20 ans durant un été d’oisiveté. Et la Silicon Valley est devenue la Mecque de ces jeunes tout juste pubères qui ont allègrement révolutionné la façon dont leurs pairs interagissent, partagent, se lient d’amitié, se font leur propre publicité et manient le langage. Voilà qui renverse le schéma classique de l’apprentissage : les adultes sont désormais obligés de suivre. Et pourtant, cette histoire est à certains égards aussi vieille que l’espèce. Les adultes détiennent le pouvoir, les jeunes obéissent aux règles un certain temps, puis cessent de le faire. Aux yeux de Melvin Konner, il est parfaitement naturel que ceux-ci soient pionniers, a fortiori en période de mutation. À la toute fin de son livre sur l’évolution de l’enfance, il campe avec malice une scène primitive plus poétique : on y voit non pas des enfants devant des ordinateurs, mais leurs lointains semblables qui ramassent des coquillages et des crabes riches en oméga-3 en jouant sur les plages d’îles innombrables. « Leurs vagabondages au petit bonheur », songe-t-il, ont sans doute « ouvert la voie », incitant notre espèce à se déplacer d’île en île, depuis les rivages d’Afrique jusqu’en Asie. C’est là pure imagination, bien sûr, mais le fait est que les jeux des enfants, en particulier dans leurs versions adolescentes plus chargées en testostérone, pourraient avoir ouvert la marche, hier comme aujourd’hui, nous emmenant vers de nouvelles niches écologiques, y compris dans l’univers virtuel, et faisant de nous ce que nous sommes. Puisque jouer est risqué et consommateur d’énergie, il faut croire que cette activité conférait à l’origine à ses adeptes des avantages en termes de survie et de reproduction. Tous les mammifères jouent, mais aucun ne le fait de manière aussi complexe que l’homme. En outre, les autres animaux n’y investissent pas tant d’affects, et ne jouissent pas d’une enfance aussi longue permettant de perfectionner à loisir leur art en la matière. Enfin, aucune autre espèce ne continue de jouer à l’âge adulte comme l’homme. Professeur de neurobiologie et d’anthropologie, Konner a passé sa vie à étudier l’évolution biologique des comportements et ses innombrables expressions culturelles. Ce livre, fruit de près de trente ans de travail, examine l’enfance humaine avec plusieurs optiques : dans une perspective évolutionniste et interespèces ; sous l’angle des gènes, des hormones et du développement du cerveau ; et en termes d’analyse sociale et culturelle. L’objectif de Konner est de comprendre comment tout cela interfère durant la période de maturation qui va de la naissance à l’âge adulte. Ce livre est un tour de force. Konner est peut-être le seul scientifique aussi à l’aise pour décrire les changements culturels, ou aborder l’évolution dans son sens quasi philosophique le plus large, que pour appréhender les corrélats biochimiques complexes du comportement. Le charme de son écriture tient aussi au fait qu’il s’émerveille de ce qu’il décrit. Il transcende en outre les frontières entre les disciplines, sautant de l’une à l’autre, soulignant leur intrication, qu’il s’agisse d’éthologie, de neurosciences cognitives, de psychologie évolutionnaire ou développementale, d’endocrinologie ou d’anthropologie culturelle. Il emprunte à tous ces champs pour raconter l’histoire de notre enfance anormalement longue, « d’une forme bizarre » par rapport à celle des autres espèces, et découvrir comment elle a évolué pour nous façonner. Si l’on commence au commencement ou presque de la première étape, avec la naissance, l’une des caractéristiques les plus frappantes du bébé humain est son immaturité. S’il se conformait au développement normal des grands singes, il naîtrait à onze mois, voire un peu plus tard. Mais cela fracturerait presque certainement le bassin de la mère. Les neuf mois de gestation représentent donc un compromis évolutif entre le gros cerveau de notre espèce et l’étroitesse de hanches nécessaire à la bipédie. Tout cela fait que la croissance fœtale se poursuit pendant la première année et que les premières semaines sont anormalement précaires. Le bébé est d’ailleurs asocial pendant un mois, selon certains chercheurs, pour permettre à la mère de ne pas s’y attacher trop tôt ; ce qu’elle est particulièrement encline à éviter si elle n’est pas suffisamment entourée, si les bébés de tel ou tel sexe sont négligés dans son milieu ou si le nourrisson est maladif. Contrairement aux autres femelles de la famille des grands singes, une jeune mère peut, comme le dit une comptine anglaise, laisser délibérément « tomber le berceau », et repousser à plus tard la reproduction.   Le pouvoir du regard Mais la situation change radicalement passé trois mois. Produit merveilleusement sophistiqué du processus évolutif, l’apparente impuissance du bébé est un leurre. À la manière d’un piège sensoriel, ou un peu comme ces plantes carnivores qui piègent habilement les insectes en les prenant dans leur glu, le nourrisson est capable de manipuler avec art le comportement de sa mère et des autres personnes susceptibles de s’occuper de lui, à l’aide d’une sorte de glu hormonale. Tenir un bébé dans ses bras produit un effet voisin de celui des opiacés. Le nourrisson est même assez puissant pour abaisser le taux de testostérone de certains hommes. [Lire « La stratégie des bébés », Books, n° 8, septembre 2009.] Ce stade marque le début de la dynamique du jeu, d’une forme de réciprocité, de synchronie ludique entre l’adulte et l’enfant. Konner accorde beaucoup d’importance au pouvoir du regard, que l’on doit apparemment au triplement de la dimension du blanc des yeux par rapport à nos ancêtres grands singes. On peut en déduire que les bébés qui, par un mélange de regards, de sourires et de babillement, sont capables de séduire le maximum de personnes susceptibles de s’occuper d’eux, ont plus de chances d’être bien pourvus et de transmett
re leurs gènes à la génération suivante. Alors que, les six premiers mois, le nourrisson sème son affection à tout vent, cela change brusquement au cours des six mois suivants, quand il consolide ses attachements, enrichit son répertoire de jeu et, à la faveur d’un développement de cette partie du cerveau qu’on appelle le système limbique, éprouve la « peur de l’étranger » – c’est-à-dire qu’il fait la différence entre son entourage et le monde plus effrayant de « là-bas ». Lors de cette période de croissance rapide, des comportements inédits apparaissent à mesure que se mettent en place de nouveaux circuits neuronaux – si, et seulement si, le bébé n’est pas élevé dans l’isolement. Il a besoin d’être en relation avec d’autres pour se développer normalement : un enfant privé de contact social à ce stade critique sera probablement incapable, plus tard, de nouer des liens affectifs forts. Et, parce que le traitement des émotions et la cognition sont étroitement liés, il pourra être affecté de déficits cognitifs irréversibles. À l’étape suivante, la maturation est marquée par trois événements majeurs : le sevrage, beaucoup plus précoce que chez les autres grands singes (1) ; une maîtrise croissante du langage ; et, bien sûr, des formes de jeu plus sophistiquées. Konner pense qu’il existe un rapport entre les trois. À l’époque préhistorique, les petits Homo sapiens tout juste sevrés, d’ordinaire entre deux ans et demi et trois ans, étaient capables de parler pour obtenir la satisfaction de leurs besoins de base. Le langage n’est peut-être pas aussi fort, sur le plan affectif, que le contact charnel, ni aussi aguichant que le regard et le sourire, mais le babillage aidait à charmer un cercle plus large. Parler a également dû être essentiel à l’extension du répertoire de jeu, permettant notamment de s’amuser à « faire semblant ».   Les hormones en veilleuse Mais c’est à l’étape suivante, entre 6 et 11 ans, que la maturation de l’enfant s’écarte de la manière la plus spectaculaire qui soit de celle des autres grands singes. Alors que le chimpanzé, notre plus proche parent vivant, saute directement du sevrage à la puberté vers l’âge de 5 ou 6 ans, Homo sapiens passe par une longue période de quiétude hormonale avant l’adolescence. Cette étape dite « intermédiaire » sert fondamentalement à mettre les hormones en veilleuse pour favoriser l’apprentissage. C’est une extraordinaire éclipse, dont la durée résulte nécessairement d’une forte « sélection naturelle ». En d’autres termes, au moins à l’origine, les petits dont l’enfance « intermédiaire » durait plus longtemps ont dû avoir un avantage par rapport aux autres. À partir des restes fossiles, Konner explique le phénomène par le développement rapide de l’outillage. Son principal objectif est donc de permettre l’acculturation. Pendant cette période, le système immunitaire est pleinement complice : il est plus robuste qu’à n’importe quel autre âge de la vie, et le taux de mortalité est faible. Les enfants acquièrent aussi la capacité de résister à la fatigue. Konner décrit les petits de cet âge comme des « réceptacles » fabuleusement flexibles, capables non seulement d’apprendre à utiliser des outils, mais aussi d’absorber et d’intégrer sans effort les codes, les valeurs et les normes de leur société, qu’il s’agisse d’une tribu de chasseurs-cueilleurs pacifiques, d’une civilisation de guerriers polygames, d’une communauté de fermiers Amish, ou d’une métropole du XXIe siècle, voire du cyberespace. Du point de vue des parents, cette étape est probablement la plus gratifiante : non seulement on peut confier des tâches à l’enfant, mais il s’en acquitte avec enthousiasme – « en moyenne ». On peut identifier le début de cette phase de plusieurs manières, dont l’une est précise et visible : l’apparition de la première molaire. En termes cognitifs, on parle alors de l’« âge de raison », qui est aussi dans les sociétés industrialisées le moment (entre 5 et 7 ans) où l’enfant est assez grand pour aller à l’école. Contrairement à ce qui se passe entre la naissance et l’âge de 5 ans, il ne se forme pas de nouveaux circuits cérébraux ; mais une consolidation neuronale se produit, sous l’influence de l’adrénarche (hypersécrétion des androgènes des glandes surrénales). Celle-ci permet la méta-cognition (la faculté d’analyser ce qu’on pense), de se parler à soi-même, de changer rapidement de perspective et de varier ses activités ludiques. Les enfants inventent des jeux (courses d’obstacles, combats, etc.) qui miment des aspects de la lutte pour la survie et augmentent donc indirectement la faculté d’adaptation. Les adultes doivent comprendre qu’un enfant qui joue peaufine le fonctionnement de son cerveau. Le jeu sert à contrôler ses émotions ; à tester ses limites et à se mesurer aux autres ; à acquérir des compétences spatiales et bien sûr des compétences valorisées par la culture ambiante et qui serviront ensuite à attirer un partenaire sexuel. Malheur à l’enfant qui ne joue pas ! Cela permet aussi, à cet âge, de consolider l’identité de groupe, le « nous » par rapport à « eux ». Comme le dit Konner sur un ton de neutralité bienveillante, « il devient gratifiant non seulement de faire, de penser et de ressentir comme certains, mais d’éviter de faire, de penser et de ressentir comme d’autres ». Le phénomène connaît des variantes subtiles, dont la formation, dans la cour de récréation ou sur le terrain de jeux, de groupes auxquels on appartient ou dont on est exclu – source inévitable de tensions. Toujours optimiste, Konner rappelle à son lecteur que les dispositions forgées par l’évolution ne sont pas déterministes. Elles peuvent être contrecarrées par l’apprentissage, le brassage social, le droit, etc. Qui plus est, les aspects universels de la morale émergent des jeux collectifs à cet âge aussi sûrement que la xénophobie à différents degrés. À l’orée de l’adolescence, l’enfant est donc un être acculturé, bien équipé moralement. C’est alors que les hormones sexuelles transforment le cerveau et le corps, fragilisant cet acquis. Konner explique en détail, sur le plan moléculaire, comment la testostérone (chez les filles l’œstradiol également) change la proportion de matière grise et de matière blanche (2), étend certaines aires du cerveau et en rétrécit d’autres, pour engendrer le comportement sexuel, l’agressivité et la prise de risque. C’est seulement après des années de poussées hormonales que la maturation du cerveau permet en théorie d’accéder aux niveaux d’inhibition et de raisonnement de l’adulte. Konner fait un rappel nuancé de la façon dont le taux de testostérone, chez le garçon mais aussi chez la fille, interagit avec les gènes et l’environnement pour déterminer l’âge de l’activité sexuelle. La sensibilité à l’influence des pairs varie beaucoup d’un enfant à l’autre, mais culmine habituellement vers l’âge de 14 ans, quand la plupart des jeunes se comportent volontiers comme des moutons. L’agressivité possède une forte composante génétique, mais peut être modulée par l’environnement. Faire régulièrement du baby-sitting ou s’occuper d’un bébé peut réduire le niveau d’agressivité du garçon.   Rites d’initiation Celle-ci peut également être canalisée. Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, les rites d’initiation contribuent à contrôler cette période sensible du développement cérébral et à contenir la propension à l’agression, permettant à la fois d’éviter la rébellion et de garantir la complicité culturelle des initiés. Chez les !Kung, ceux-ci doivent supporter six semaines de danse ininterrompue ; chez les Baka du Cameroun, ils doivent subir stoïquement un ciselage des dents atrocement douloureux. Chez les Aborigènes d’Australie, les garçons sont étendus sur un rocher et circoncis en public ; des années plus tard, ils subissent une seconde opération, plus mutilante, et sont instruits des rites de leur culture pendant les jours de douleur qui suivent. Ces expériences initiatiques hâtent aussi la formation de l’identité sexuée, de l’identité d’adulte et du sentiment d’appartenance culturelle. Dans d’autres contextes, comme le nôtre, la transition vers l’âge adulte est plus chaotique (3). De fait, les moments de mutation culturelle rendent le processus plus anarchique. La variabilité génétique, sociologique et hormonale se traduit par le fait que certains enfants traversent les turbulences bien mieux que d’autres. Les précoces sont manifestement différents des tardifs ; tout comme les casse-cou et les amateurs de sensations fortes le sont des plus prudents ; ou les hypersensibles des durs à cuire. Chacun occupe une niche (reproductive) différente, même si elles communiquent. À l’évidence, cette variabilité même confère une grande plasticité à l’humanité : elle favorise la capacité d’adaptation de l’espèce à des environnements différents. Cela dit, la grande majorité des enfants sort relativement indemne de ce troisième stade selon Konner – même si une étude estime qu’environ 11 % des adolescents connaissent des difficultés chroniques. Dans tous les pays, la plupart des délits sont commis par de jeunes mâles [lire « Cerveau féminin, cerveau masculin », Books, novembre 2012]. Il est désormais bien établi qu’un environnement instable, le manque de sécurité affective dans la famille, peut favoriser chez l’enfant une vie sexuelle prématurée ou un comportement délinquant. En termes évolutifs, une sexualité précoce devait maximiser le succès reproductif chez nos lointains ancêtres ; c’est sans doute encore le cas dans une logique darwinienne du « vivre intensément et mourir jeune ». Chez les filles, une enfance stressante peut abaisser l’âge des premières règles. L’idéalisme est aussi une caractéristique courante de la puberté. Les conversions religieuses sont plus fréquentes à cet âge qu’à aucun autre. Le jeune peut choisir de s’imposer des règles rigides de conduite et de croyance : c’est un rempart contre le désordre et l’anxiété. Si le comportement moyen suit un schéma relativement standard entre la naissance et l’âge de 5 ans puis entre 6 et 11 ans, ce n’est plus vrai à l’adolescence. Le contexte culturel joue un rôle essentiel, tout comme la biologie de l’individu. Le fait est que ces mêmes poussées hormonales qui augmentent les conduites à risque donnent aussi accès à des niveaux supérieurs de cognition. Le jeu lui-même prend une nouvelle tournure, qui peut certes aller dans le sens de la rébellion mais aussi créer, comme dans le cas des bidouilleurs informatiques, de nouveaux mondes pour l’ensemble d’entre nous. Dans ses formes les plus innovantes, le jeu adolescent peut même déclencher des mutations comportementales, comme cela s’est certainement produit au cours du XXe siècle et se produit de manière accélérée aujourd’hui. Les nouvelles musiques ont remodelé à plusieurs reprises la sensibilité collective. Et l’on peut avancer qu’Internet, en particulier, pave la voie à des pressions de sélection inédites, surtout si les compétences high-tech et entrepreneuriales commencent à jouer le rôle d’appât sexuel des plumes du paon. La palette des conduites adolescentes, des plus novatrices aux plus destructrices, répète Konner à l’envi tout au long de son livre, résulte d’adaptations ancestrales sans lesquelles nous ne serions pas là. L’auteur préfère décidément comprendre que juger, et ne cesse de souligner que nos comportements s’expliquent par un véritable écheveau de facteurs : l’évolution, la biologie et la psychologie du développement, la culture et l’environnement. Cela vaut aussi bien pour la délinquance et l’agressivité ou les diverses formes de xénophobie que pour les innovations capables de modifier l’espèce elle-même. Sa tête de Turc, s’il en a une, c’est la figure du déterministe borné, dont font peut-être partie certains de ses collègues plus spécialisés, gardiens jaloux des frontières de leur discipline. Bien entendu, abattre les barrières disciplinaires peut être une entreprise à haut risque. En ce sens, Konner fait un peu penser à l’adolescent Icare, et risque de se brûler les ailes. Mais, grâce à son travail, les disciplines devront probablement fraterniser. Les praticiens de la psychologie du développement seront obligés de tenir compte de l’héritage évolutif. Quant à nous tous, nous pourrions bien regarder avec un émerveillement (et un respect) renouvelé le jeu des enfants.   Cet article est paru dans le Times Literary Supplement le 1er octobre 2010. Il a été traduit par Olivier Postel-Vinay.
LE LIVRE
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The Evolution of Childhood. Relationships, Emotion, Mind de Melvin Konner, Harvard University Press, 2011

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