En finir avec les légendes

Malgré les quelque 200 000 livres écrits sur Napoléon, les historiens ont encore de quoi faire. Ils ont bâti des légendes qu’il s’agit aujourd’hui de déconstruire grâce à des études pointues, consacrées par exemple aux officiers de la Grande Armée ou à la réforme du statut des juifs. Ce qu’il en ressort ? Un général prévisible et un Français à bien des égards très ordinaire.


Enfant, Bonaparte reconstituait avec ses camarades les batailles de l’Antiquité. Cette illustration du dessinateur Job est extraite de Quand le grand Napoléon était petit, d’Émile Hinzelin (1932).

Il semble difficile d’écrire un livre sur Napoléon sans s’en excuser. Alistair Horne évoque les 300 000 livres qui lui ont déjà été consacrés, chiffre qu’Edward Whitcomb nuance de façon substantielle (et bienvenue) en parlant seulement de quelque 200 000 volumes. David Chandler explique que depuis qu’il a écrit son excellent essai sur les campagnes de Napoléon, il y a dix ans, il est inondé de demandes d’informations complémentaires émanant des personnes les plus diverses – toutes, selon ses termes, « saisies par la gamme impressionnante des qualités et des ­talents de Napoléon ». À l’inverse, ­Simon Schwarzfuchs, dans son étude plus spécialisée sur Napoléon et les juifs, fait état d’un changement dans la réputation de Napoléon, laquelle se serait dégradée parmi les historiens1.
Cette modestie affichée par ceux qui écrivent sur l’empereur français n’est peut-être pas anodine. On ne s’attend pas à ce qu’un auteur s’excuse lorsqu’il entreprend de raconter une épopée roman­tique dont le héros connaît une ascension fulgurante, puis la dé...

LE LIVRE
LE LIVRE

Napoléon. Maître de l’Europe, 1805 1807  de Alistair Horne, Weidenfeld, 1979

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