Galilée aux Enfers

Galilée aux Enfers

C’est un épisode peu connu de la vie de Galilée. Quand il avait 24 ans, le jeune physicien donna à Florence, devant un parterre d’universitaires, deux doctes leçons sur l’architecture et la taille de l’enfer tel qu’il est décrit par Dante dans La Divine Comédie.

Publié dans le magazine Books, mai 2011.

C’est un épisode peu connu de la vie de Galilée. Quand il avait 24 ans, le jeune physicien donna à Florence, devant un parterre d’universitaires, deux doctes leçons sur l’architecture et la taille de l’enfer tel qu’il est décrit par Dante dans La Divine Comédie. « Tombées dans les limbes de l’histoire pendant plus de trois siècles, ces Leçons sur l’Enfer furent redécouvertes par un certain Ottavio Gigli en 1850 », rapporte l’historien des sciences Matias Alinovi dans Clarín à l’occasion de la première publication espagnole de ces textes en Argentine. « On y voit le père du raisonnement scientifique faire l’analyse mathématique de l’enfer, utiliser – avec le plus grand sérieux du monde – la règle de trois pour calculer la taille de Lucifer, démontrer que Dante et Virgile sont descendus au centre de l’enfer en marchant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre » et affirmer, passim, que la Terre est bien au centre de l’Univers. « Pourtant, des indices semés çà et là dans le poème, on ne peut déduire une architecture infernale univoque », s’amuse le physicien italien Riccardo Pratesi dans un entretien au quotidien argentin. « Galilée le sait, et le tait. »

C’est que, « pendant tout le XIVe siècle et une grande partie du XVe, l’affaire était entendue : l’incroyable vraisemblance des descriptions alliée aux mentions du type “j’ai vu avec certitude” étaient des preuves évidentes de la vérité de la narration dantesque ». En ne mettant jamais en doute la pertinence scientifique du poème, en faisant « comme si l’œuvre de fiction était la réalité même, Galilée décide de jouer le jeu devant les autorités – lui qui les défiera quelques années plus tard en contestant l’exactitude scientifique d’un autre texte canonique, la Bible », conclut Pratesi.

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