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« Ces idiots, mes contemporains »

Dans un roman diffusé sous le manteau en 1979, l’écrivain polonais Tadeusz Konwicki renvoie dos à dos le régime communiste et ses opposants.

Le héros de La Petite Apocalypse, un écrivain qui n’écrit plus, ne voit pas ce qui aurait pu l’empêcher d’accepter la « proposition » de l’opposition polonaise : s’immoler par le feu, le soir même, en signe de protestation contre le pouvoir communiste. Il n’a plus rien à perdre. Sa vie ? « Un amalgame de lectures, de désirs insatisfaits, de vieux films, de vagues légendes, de rêves interrompus. Du hachis à base d’albumine et de poussière cosmique.» Mais il ne comprend pas non plus pourquoi il a accepté l’« offre » : « Faut-il y voir une condamnation de notre régime de marionnettes empêtrées dans leur servilité ou une accusation de l’éternelle Russie qui se cache derrière un paravent moisi portant le nom d’URSS ? Quelle est cette liberté qui exige que je me précipite pour elle dans le feu sacré de la mort ? ».

Et pourquoi devrait-il mourir maintenant, alors qu’il vient de rencontrer Nadiejda et qu’il pourrait être sauvé par l’amour et la sexe, comme tant d’autres personnages de l’écrivain et cinéaste polonais Tadeusz Konwicki (1926-2015) ? Pour tenter de trouver des réponses avant le feu d’artifice final, le héros va traîner sa gueule de bois et son jerrican d’essence toute la journée dans une Varsovie aussi tourmentée et déboussolée que lui. Dans ce monde en proie à l’absurde, on ne sait plus quel jour ni quelle année on est. Ici, « la population, sous surveillance constante, perd lentement ses contours et s’effondre en une masse informe », résume le site Culture.pl. « Il n’y a aucune autocensure dans La Petite Apocalypse », paru en 1979 et destiné dès le début à circuler sous le manteau, avance Newsweek Polska. L’humour noir de Konwicki, alter ego de son personnage, dont « il partage les peurs, les complexes et le passé », n’épargne personne : ni le pouvoir, ni la population (« ces idiots, mes contemporains »), encore moins la dissidence.

Car, en plus d’être un portrait de la désintégration économique, politique et morale de la République populaire de Pologne, annonciateur de Solidarność et de la chute de l’URSS, ce livre est « un règlement de comptes sans précédent», poursuit Culture.pl.«Tel régime, telle opposition. Ils sont faits d’une même chair », assène ainsi l’auteur dans le roman. « Konwicki aurait pu craindre la réaction de ses amis, note le quotidien Gazeta Wyborcza. Et pour cause : l’accueil critique fut mitigé en 1979, allant, selon Culture. pl, d’« attaques très violentes » à « une admiration profonde pour le porte-parole des rêves, des espoirs et des frustrations de plusieurs générations de Polonais».

Le succès populaire, quant à lui, fut indéniable, note Newsweek Polska : « Entre 1979 et 1989, quinze éditions clandestines ont circulé. À la parution officielle du roman, 10 000 exemplaires se sont écoulés en l’espace d’une journée dans une seule librairie.» En 1993, il sera adapté au cinéma par Costa Gavras.

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