Ilija Trojanow : « La fiction contre la fausse histoire »
par Alexandre Levy

Ilija Trojanow : « La fiction contre la fausse histoire »

En Bulgarie, comme dans d’autres pays de l’Est, les services secrets ont assuré la transition après la chute du communisme, voilà bientôt trente ans. Et fait obstacle à la compréhension du passé. Pour y parvenir, le romancier est peut-être mieux outillé que l’historien.

Publié dans le magazine Books, novembre 2018. Par Alexandre Levy

© Thomas Dorn / S. Fischer Verlags

Ilija Trojanow : « Les documents des services secrets de la période communiste doivent être lus comme le produit d’une machine destinée à instrumentaliser la réalité .»

Votre dernier roman, Macht und Widerstand, est entièrement consacré à la Bulgarie, que vous avez quittée en 1971, à 6 ans. Pourquoi avoir choisi ce sujet ? Macht und Widerstand est un livre sur la Bulgarie, mais aussi une réflexion plus générale sur le pouvoir et la résistance à celui-ci. Ce sont des notions universelles. Mon roman a d’abord été traduit en turc, et les lecteurs y ont tout de suite vu des similitudes avec les événements qui se déroulent dans leur pays : le coup d’État, sa répression, la dictature qui ­arrive à grands pas et les moyens de la contrer. Les ombres du passé, l’héroïsme individuel, la lâcheté sont des sujets ­littéraires majeurs – et qui m’intéressent. Mais je ne dirais pas que je suis « juste un écrivain » – je pense d’ailleurs que c’est impossible. Je suis aussi à la ­recherche d’une forme de vérité, et je trouve que l’écriture est le meilleur moyen de s’immerger dans un ­sujet et de le comprendre. Quant à mes senti­ments à l’égard de la Bulgarie, mon pays ­d’origine, je suis passé par plusieurs phases : l’indifférence, la nos­talgie, ­l’espoir, la désillusion, la ­colère, la découverte, la compréhension et, ­enfin, l’écriture. Je dirais que ce qui ­m’intéresse, c’est moins un pays en particulier que les personnes et les ­événements historiques. À propos de la chute du régime en Bulgarie en 1989 et des années de « transition démocratique » qui ont suivi, vous parlez de « révolution fictive », ou « volée ». Que voulez-vous dire ? L’histoire de la Bulgarie est,…

Découvrez la Booksletter !

Inscrivez-vous à la Booksletter et bénéficiez d'un mois d'abonnement Web gratuit !
Déjà abonné ? connectez-vous !
Imprimer cet article
0
Commentaire

écrire un commentaire