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Introduction : Regards décalés

Pour réaliser ce dossier spécial « sexe », nous avons suivi un principe unique : rechercher les articles les plus intéressants parus ces dernières années à propos d’ouvrages sur la sexualité. Beaucoup ont un caractère historique : le phénomène n’a pas été vécu de la même façon à différentes époques, ce qui motive les chercheurs. Une chose est d’en avoir conscience, une autre d’en prendre la mesure. Ainsi la masturbation ne fait-elle guère problème qu’en Occident ; encore ledit problème n’est-il vraiment apparu qu’au XVIIIe siècle. Autre exemple éloquent : les pratiques homosexuelles (le mot lui-même date de la fin du XIXe siècle européen). Pour un citoyen grec, s’attirer l’amour et les faveurs d’un adolescent était une pratique courante et respectable. Passer d’un adolescent à un autre ne suscitait pas d’opprobre. Les dignes citoyens consommaient habituellement l’acte entre les cuisses de l’aimé (mais une très belle coupe en argent du Ier siècle représente une pénétration anale). Ce que nous appelons aujourd’hui les « abus » sexuels commis par des religieux sur des adolescents « entrerait aisément dans le cadre de la pédérastie grecque ». En Grèce toujours, la prostitution homosexuelle était réprouvée, mais l’amour entre adultes mâles admis dans certains cas et parfois valorisé, comme l’illustre le « Bataillon sacré », corps d’élite de l’armée de Thèbes, composé uniquement de couples masculins. Quant au lesbianisme chanté par Sapho, il n’a pratiquement laissé aucune trace. Ce n’est pas un hasard, car, on l’oublie souvent, dans la société grecque (celle des citoyens), la femme était tenue à l’écart.

Autres temps, autres lieux, autres mœurs. Aujourd’hui l’homosexualité est punie de mort en Iran. Or la tradition pédérastique avait été une constante de la société persane, comme en témoigne une littérature multiséculaire. Jusqu’au XVIIe siècle, les maisons de prostitution masculine étaient des établissements reconnus et imposables. C’est l’occidentalisation de l’élite iranienne, au début du XXe siècle, qui a changé la donne. L’homosexualité fut bientôt considérée comme un « signe de retard culturel ». Et les féministes ont abondé dans ce sens. Mais les vieilles pratiques ont perduré, notamment dans l’entourage du shah, et les mollahs se sont emparés de ce « scandale » pour asseoir leur popularité.

Ailleurs encore, aux États-Unis, on voit un homosexuel très médiatique expliquer aux couples hétéros, dans une chronique publiée par une cinquantaine de journaux, qu’ils ont intérêt à parler sincèrement de leurs fantasmes et de leurs envies : la fidélité n’est pas forcément le principal critère de réussite d’une union et détruit plus de familles qu’elle n’en sauve. Apparemment, les Japonais n’ont pas besoin de ces conseils. Dans ce pays, le sexe conjugal est peu pratiqué, même chez les trentenaires. L’homme ne compte pas sur le mariage pour satisfaire ses besoins sexuels, estime une Américaine, et ni l’opinion publique ni la loi ne considèrent le recours à une prostituée comme une forme d’adultère.

Dans l’effervescence du monde arabe, on voit fleurir une littérature érotique féminine, notamment dans les pays les plus rétifs au changement, comme l’Arabie saoudite. Ces romans souvent très lestes ont aussi pour fonction de dénoncer le sort réservé aux femmes dans une société régie par l’hypocrisie masculine. Cela rappelle le rôle joué par la littérature pornographique au siècle des Lumières pour la propagation des idées nouvelles, y compris sur la condition de la femme.

Chaque article de ce numéro offre des pistes pour une réflexion décalée sur les complexités de la sexualité humaine.

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