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Écran noir
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La bataille du cimetière militaire

Dans Au revoir là-haut, l’adaptation du Goncourt de Pierre Lemaître cette semaine sur les écrans, d’anciens poilus font des affaires grâce aux monuments aux morts. Dès le début de la guerre, la question des dépouilles des soldats tombés au front était un gros enjeu. Pour la Grande-Bretagne, l’engagement de Fabien Ware, commandant d’une section ambulancière de la Croix Rouge, a révolutionné le traitement réservé aux morts au combat, rappelle le biographe David Crane dans Empire of the Dead.

Choqué par l’indifférence avec laquelle l’armée traite ses morts, Ware met sur pied une équipe chargée de recenser leurs tombes. Il impulse également la signature d’un accord avec la France, dès 1915, pour l’établissement de cimetières militaires britanniques dans l’Hexagone. Il milite pour que chaque soldat soit enterré au plus près du lieu où il est tombé et ce quel que soit son rang ou son origine sociale. Il est convaincu que si l’Empire demande à des hommes de toutes conditions de donner leur vie, ceux-ci doivent partager la même sépulture.

La bonne société britannique, qui faisait rapatrier à ses frais les corps de ses fils, est scandalisée. La comtesse de Selborne dénonce alors « le socialisme des cimetières de guerre », « une conscription des corps » « digne de Lénine ». Mais Ware, fin diplomate et habile communicant, expose les différences de traitement entre les soldats. Il souligne notamment le fait que le Premier ministre et le roi sont intervenus pour faire rapatrier le corps du petit-fils d’un ancien chef de gouvernement. La conception de Ware finira par prévaloir. La seule dépouille à bénéficier d’un traitement spécial est celle du soldat inconnu, et ce jusqu’en 1982. Lors de la guerre des Falklands, les familles ont de nouveau eu la possibilité de récupérer les corps de leurs morts.

 

A lire dans Books : Ils voulaient en découdre, juin 2014.

LE LIVRE
LE LIVRE

Empires of the Dead: How One Man’s Vision Led to the Creation of WW1’s War Graves de David Crane, William Collins, 2013

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