La conversion de Henry Edward Manning

Au milieu du xixe siècle, un petit vicaire anglican parvint à se hisser en deux temps trois mouvements au sommet de l’Église catholique d’Angleterre. Un tour de force que Lytton Strachey relate avec verve.

La vie édifiante d’un dignitaire de l’Église catholique dans l’Angleterre de l’ère victorienne, sur fond d’affrontements doctrinaux et de manœuvres politiciennes : a priori pas de quoi s’enthousiasmer, encore moins s’esclaffer. Sauf si le texte sort de cette plume que ­Lytton Strachey trempe non pas dans l’eau bénite mais dans un acide des plus corrosifs. Impossible de lire (entre) ces lignes austères, pleines d’érudition théologique sournoisement ironique, de feinte admiration et d’hypocrite émotion, sans être secoué d’hilarité. Le philosophe Bertrand Russell en fit l'expérience : brièvement incarcéré pour pacifisme à la fin de la Première Guerre mondiale, il lisait cet ouvrage en riant à pleine gorge lorsqu’un gardien vint lui rappeler qu’il se trouvait dans un lieu de punition.

Lytton Strachey évoque l’effervescence qui s’empare de la scène religieuse britannique à la moitié du xixe siècle, alors que certaines très hautes figures du clergé anglican subissent l’attraction doctrinale et spirituelle du catholicisme. Rome peut alors faire quelques prises de choix, comme le thé...

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Victoriens éminents de Lytton Strachey, La République des Lettres, 2019

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