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La fin du rêve brésilien

« Le personnage dont parle cette histoire » – un personnage auquel l’auteur n’accorde pas même un nom – est le patriarche d’une famille type de ce qu’on appelle au Brésil la « classe C », celle des ouvriers, qui a connu une ascension sans égale depuis l’arrivée au pouvoir du Parti des travailleurs (PT) et de Lula en 2003. Le père est métallurgiste. La mère, au foyer, gobe jour après jour ses antidépresseurs. Le fils, taciturne, s’efforce de supporter le harcèlement de ses camarades au lycée. Toute la famille vit dans la banlieue de São Paulo, dans l’un de ces « quartiers neufs » sortis de terre grâce au programme gouvernemental mis en place par le président Lula afin de faciliter l’accès à la propriété des plus modestes. Mais tout bascule le jour où le père décide de s’endetter encore pour faire construire une piscine dans le minuscule jardin de sa demeure, symbole ultime de prospérité et de réussite.

Issu d’une famille de métallurgistes, Bonassi est lui-même un parfait exemple de « transfuge de classe ». Dans ce roman féroce, il exprime « la désillusion profonde de certains Brésiliens à l’égard des grandes promesses et du projet de développement du pays mis en œuvre par le PT », résume Maurício Meireles dans les colonnes de la Folha de São Paulo. « Tous les dysfonctionnements du Brésil actuel y sont : le système de santé dispendieux et inefficace, les églises bondées dirigées par des gourous, les minables pizzerias de quartier comme summum de divertissement familial, les employées de maison rudoyées par leurs maîtresses, la presse sensationnaliste, le trafic automobile saturé, la police corrompue, les écoles dont les cours sont régulièrement annulés faute d’enseignants, le harcèlement contre les plus faibles dans les lycées. »

Pour Bonassi, l’expérience de la gauche au pouvoir a été une déception. Celle-ci « a réduit sa promesse de partage des richesses au seul partage de la consommation. La participation des plus pauvres à la consommation ne peut être qu’une étape de leur intégration économique et sociale, en aucun cas une finalité en soi », assure l’auteur à la Folha. Tout ce que le PT aurait permis en un peu plus d’une décennie, selon Bonassi, c’est l’émergence de cette « classe C » peu alphabétisée et peu qualifiée, qui a acheté réfrigérateurs, télévisions, voitures flambant neuves et maisons à grand renfort de crédits. Les dirigeants ont abreuvé le pays de leur « récit triomphaliste », commente le mensuel littéraire Rascunho, et l’ont plongé « dans un grand délire collectif, économique et social ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Luxure de Fernando Bonassi, Record, 2016

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