La nouvelle mort de l’auteur
par Jean-Louis de Montesquiou

La nouvelle mort de l’auteur

Publié dans le magazine Books, juin 2012. Par Jean-Louis de Montesquiou
Roland Barthes l’avait proclamé : il ne faut pas considérer le texte littéraire comme « une ligne de mots, dégageant un sens unique, en quelque sorte théologique, [mais comme] un espace à dimensions multiples, où se marient et se contestent des écritures variées, dont aucune n’est originelle (1) ». Donc exit l’auteur. Et Internet n’y est pour rien, avec un alibi impeccable : quand Barthes, Foucault ou McLuhan­ faisaient ce constat, le Web n’existait pas encore. À peine née, toutefois, la Toile s’est emparée de la littérature comme du reste, et l’a quelque peu bousculée. En numérisant les œuvres de fiction, on les rend « déconstructibles » à merci. N’étant plus enfermé dans un livre compact, hermétique, intangible, chaque texte digital se retrouve relié par des liens « hypertextes » à tous les autres, accessible à tout un chacun, potentiellement modifiable. Il peut être débité en « snippets », comme on dit, en petites bribes décomposables et recomposables à l’envi. La perspective consternait John Updike : « Scénario affreux… ça nous ramène à la préhistoire… Les auteurs ne seront plus que des mères porteuses, des entrailles dont le fruit sera jeté braillant sur la place publique… L’œuvre explosera en une étincelle de “snippets” (2). » Allons ! En passant du papier au numérique, du texte à l’hypertexte, du linéaire au non-linéaire, l’écrivain ne perd rien au change. Avec Internet, combien de millions d’heures économisées en recherche ? Ou en promotion, l’auteur n’étant plus qu’à quelques clics de son public. L’œuvre se démultiplie en une infinité de lectures, voire de créations nouvelles, car chaque lecteur peut la recomposer…

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