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La redécouverte du golfe du Bengale

Sur les rives de la plus grande baie du monde, les échanges commerciaux, les migrations et les empires ont créé une véritable civilisation cosmopolite dont les traces sont encore bien présentes.


©Bridgeman

Un quart de la population mondiale vit dans les pays qui bordent le golfe du Bengale, qui s’étend entre l’Inde et l’Asie du Sud-Est.

Le golfe du Bengale est l’une de ces zones d’ombre de l’historiographie que l’on ne s’explique pas très bien, tant cette région a été le lieu d’échanges migratoires, sociaux, culturels et politiques majeurs. L’un des cœurs battants du commerce mondial et de l’histoire des empires. L’historien Sunil Amrith, professeur au département Asie du Sud d’Harvard, a entrepris de combler cette lacune en offrant une véritable biographie de cette partie négligée de l’océan Indien, les historiens ayant préféré se consacrer au quart nord-ouest (entre la péninsule Arabique et l’Inde), un choix « surprenant, écrit-il, car les communautés riveraines du golfe du Bengale ont noué davantage de liens que n’importe quelle autre partie de l’océan Indien ».

Géographiquement, le golfe du Bengale part du Sri Lanka, remonte le long de la côte orientale de l’Inde, s’incurve sous le Bangladesh et la Birmanie, puis redescend vers le sud le long de la Thaïlande et de la Malaisie jusqu’à atteindre quasiment la côte nord de Sumatra, en Indonésie. C’est la plus grande baie du monde. Un quart de la population mondiale vit dans les pays qui la bordent et plus de 500 millions de personnes en sont directement riveraines. Rien d’étonnant, donc, si le golfe est devenu au fil des siècles une sorte de boulevard parcouru en tous sens par les peuples de ses côtes et un lieu de migrations intenses : l’historien estime qu’entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, ère d’apogée des migrations, la baie était traversée par autant de personnes que l’Atlantique. « Sunil Amrith raconte chaque vague successive de guerriers, d’explorateurs et de travailleurs (notamment tamouls) qui ont sillonné le golfe, écrit le journaliste indien Akash Kapur dans le New York Times. Il nous fait rencontrer les commerçants arabes et les marchands chinois ; les colons portugais, français, hollandais et britanniques ; et, bien sûr, les masses de travailleurs partis d’Inde du Sud et du Sri Lanka, plus ou moins volontairement, pour édifier les plantations de caoutchouc, de café et d’épices d’Asie du Sud-Est. »

Toutes ces interactions ont fait du golfe du Bengale un monde cosmopolite, « étrangement familier à l’observateur de ce début de XXIe siècle, soutient Sunil Amrith. Un monde de marchands polyglottes, de mariages interculturels, un monde dans lequel le voyage au loin fait partie de la vie ». Aujourd’hui encore, les traditions historiques s’y juxtaposent en un millefeuille culturel étonnant dont témoigne Akash Kapur. « À quelques kilomètres de chez moi, sur une plage de sable du Tamil Nadu, se trouve un vieux fort à moitié en ruine qui domine le golfe du Bengale. Bâti au XVIIe siècle, il a été contrôlé successivement par les Moghols du nord de l’Inde, les Français et les Britanniques. Un peu plus au sud, après un chapelet de villages de pêcheurs, se trouve l’ancienne colonie française de Pondichéry, ses grands boulevards et ses villas élégantes qui surplombent les eaux miroitantes de la baie. Quelques kilomètres encore et l’on tombe sur un ancien comptoir romain. Et, à deux heures et demie de trajet, le port de Tranquebar est fier de son ancien fort danois aux murs jaunes qui se confondent avec le sable, ses canons rouillés pointés vers l’océan ».

 

LE LIVRE
LE LIVRE

Crossing the Bay of Bengal: The Furies of Nature and the Fortunes of Migrants de Sunil Amrith, Harvard University Press, 2013

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