L’Amérique sur Seine

L’Amérique sur Seine

En 1926, quelque 40 000 Américains étaient installés dans la capitale française. Une population bien plus bigarrée et pittoresque qu’on n’imagine.

Publié dans le magazine Books, octobre 2014.
Il ne faut pas s’y tromper : la cohorte bien connue des écrivains (Ernest Hemingway, Henry James, Henry Miller, Edith Wharton), des peintres (Mary Cassatt), des artistes (Joséphine Baker), et des « salonnières-mécènes » (Gertrude Stein, Nathalie Barney, Peggy Guggenheim, Helena Rubinstein) n’est que la partie émergée de l’iceberg américain qui flottait sur Paris entre les deux guerres. L’« American colony » – 40 000 citoyens en 1926, la plus importante des communautés américaines expatriées d’alors – était en effet composée d’une population bien plus bigarrée et pittoresque qu’on n’imagine. Suffisamment, du moins, pour justifier une véritable étude sociologique. Historienne à l’EHESS, Nancy Green montre que la séduction qu’exerçait Paris sur les Américains reposait sur son « passé prestigieux », son image friponne, et aussi (durant la prohibition) sur la possibilité d’y étancher facilement sa soif. En plus, la vie à Paris était très bon marché. On reprochait d’ailleurs aux Américains leur « vulgarité », et des cars de touristes brandissant des dollars furent en 1926 attaqués, sur les Grands Boulevards, par une foule de Français pauvres et frustrés. Cette communauté expatriée, notamment la partie « qui a échappé à la mythologisation », écrit Lauren Elkin dans le Wall Street Journal, était tout sauf une communauté. On y trouvait à la fois une « émigration d’élite » (sans doute 10 % du total), des représentants de la pègre, et toutes les strates intermédiaires entre ces deux extrêmes. Ce patchwork de groupes, qui justifiait la parution de quelque soixante-deux journaux (dont l’International Herald Tribune), se rassemblait autour d’institutions comme le Harry’s Bar, la…
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