L’autre écrivain de Guernesey
Temps de lecture 1 min

L’autre écrivain de Guernesey

Écrit par La rédaction de Books publié le 15 juin 2018

Auguste Renoir, Falaises de Guernesey , 1883.

Dans Le cercle littéraire de Guernesey, adaptation cinématographique du roman de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows sur les écrans cette semaine, l’île anglo-normande se veut une terre littéraire. Mais le lieu d’exil de Victor Hugo a un autre lien avec les livres : G. B. Edwards et son roman Sarnia, publié à titre posthume en 1981. Les critiques de l’époque étaient dithyrambiques. L’écrivain William Golding déclara que lire cet ouvrage « ne ressemblait pas à de la lecture, mais à la vie ».

Edward Chaney, l’ami chargé par Edwards de faire publier Sarnia, avait pourtant mis sept ans à trouver un éditeur pour publier les souvenirs d’Ebenezer Le Page. Le héros du roman, vieux garçon étrange et colérique raconte la vie de Guernesey de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960. Chaney explique dans Genius Friend, son livre consacré à Edwards, que les péripéties de Sarnia sont largement inspirées de l’histoire familiale de l’auteur. Mais contrairement à son héros, Edwards, né en 1899, a passé toute sa vie d’adulte loin de Guernesey.

Installé en Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale, il se lie avec le tout-Londres littéraire. Ses amis écrivains le considèrent alors comme un génie, promis à une brillante carrière. Entre 1926 et 1932, il ne produira pourtant que neuf articles pour le magazine The Adelphi, des travaux incomplets sur le sexe et Jésus, et quatre pièces de théâtre aujourd’hui perdues. Au total, le tapuscrit et la version imprimée de Sarnia mis à part, la bibliographie de ses travaux ne comporte que quatorze entrées. Edwards a détruit ses écrits de jeunesse ainsi que sa correspondance privée, laissant de nombreux pans de sa vie dans le flou. Chaney, qui s’est lié d’amitié avec l’auteur à la fin de sa vie, émet une hypothèse quant à la carrière littéraire infructueuse de ce « génie » : il était affligée d’une joyeuse tendance à la procrastination.

 

A lire dans Books : 630 000 mots pour un chef-d’œuvre, mars-avril 2018.

0
Commentaire

écrire un commentaire