Le fondamentalisme : une foi déracinée

À quoi est due la percée des fondamentalismes ? Assiste-t-on à un progrès ou un recul de la religion dans le monde ? Les réponses apportées à ces questions essentielles sont des plus diverses. Il n’est donc pas surprenant que la parution en anglais de l’avant-dernier livre d’Olivier Roy fasse l’objet d’analyses contrastées. L’une des plus élogieuses reste celle de l’universitaire américain Alan Wolfe, auteur d’un livre sur « la transformation de la religion » aux États-Unis et, plus récemment, d’un autre sur « l’avenir du libéralisme ». Roy propose l’explication « la plus originale et la plus convaincante » de la montée du fondamentalisme, écrit-il dans le New York Times.

À quoi est due la percée des fondamentalismes ? Assiste-t-on à un progrès ou un recul de la religion dans le monde ? Les réponses apportées à ces questions essentielles sont des plus diverses. Il n’est donc pas surprenant que la parution en anglais de l’avant-dernier livre d’Olivier Roy fasse l’objet d’analyses contrastées. L’une des plus élogieuses reste celle de l’universitaire américain Alan Wolfe, auteur d’un livre sur « la transformation de la religion » aux États-Unis et, plus récemment, d’un autre sur « l’avenir du libéralisme ». Roy propose l’explication « la plus originale et la plus convaincante » de la montée du fondamentalisme, écrit-il dans le New York Times. Ce n’est ni une réaction contre la sécularisation de la société, ni une manifestation de la montée du religieux. C’est un symptôme de la sécularisation. Celle-ci lui paraît globalement incontestable – conformément aux prédictions de Marx, Durkheim et Max Weber, pour qui la modernité devait nécessairement entraîner un recul du religieux.

L’argumentation de Roy est complexe. Son constat de base est que le religieux s’est peu à peu dissocié du terreau culturel dans lequel il était enraciné. Réciproquement, les pratiques culturelles d’origine religieuse, comme la fête de Noël, par exemple, n’ont plus grand-chose à voir avec la religion. L’islam n’échappe pas à ce double mouvement. Alors qu’il a longtemps été dominé par les valeurs de la culture arabe, le plus grand pays musulman est aujourd’hui l’Indonésie, où le lien entre islam et arabité est perdu. La thèse du découplage entre culture et religion se nourrit de multiples exemples. Des pèlerins japonais vont chercher à San Francisco une culture bouddhiste plus « vibrante » que chez eux, note Alan Wolfe. Les mormons trouvent des adhérents à Manille. En France, nombre d’orthodoxes refusent l’autorité du patriarche russe. L’une des religions qui progressent le plus vite, le pentecôtisme, fait même l’économie de la langue, véhicule traditionnel de la culture : les fidèles sont encouragés à pratiquer la glossolalie, suite de syllabes sans signification. La télévision et Internet permettent aux imams de prêcher en globish, anglais dégénéré passe-partout.

Un double déracinement

Vu sous cet angle, le fondamentalisme apparaît donc comme l’expression d’un désarroi fondé sur un double déracinement, culturel mais aussi religieux, puisque ses hérauts n’ont qu’une faible connaissance de la foi dont ils se réclament. C’est la « sainte ignorance » qui fait le titre du livre. Au recul du religieux répond le recul de la culture. Finalement, Roy avait raison avant tout le monde quand il annonçait, dans un livre paru en 1992, contre un consensus quasi général, « la fin de l’islam politique ».

La thèse d’Olivier Roy ne convainc pas le jeune universitaire anglais Eric Kaufmann, auteur d’un livre qui vient de paraître, intitulé : « Les religions vont-elles s’emparer de la Terre ? » Dans la Literary Review, il juge que Roy en fait un peu trop, tirant des conclusions générales d’exemples qui illustrent souvent des exceptions. Il faut dire que l’analyse d’Olivier Roy vient heurter de plein fouet sa propre thèse. Pour Roy, l’idée que l’on assisterait à un progrès du religieux relève de l’« illusion d’optique ». Pour Kaufmann au contraire, la religion progresse mécaniquement, pour des raisons démographiques : le taux de natalité est d’autant plus élevé que la famille est plus religieuse ; chez les familles sécularisées, il a tendance à s’installer en dessous du seuil de remplacement des générations.

LE LIVRE
LE LIVRE

La Sainte Ignorance de Le fondamentalisme : une foi déracinée, Seuil

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