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Mein Kampf, le livre le plus dangereux du monde

Après soixante-dix ans d’interdiction, Mein Kampf est à nouveau en vente en Allemagne. Cette édition savante, lestée de 3 500 notes et commentaires, est un document de premier ordre pour comprendre l’histoire du désastre nazi. Les sources du livre sont explorées, les mensonges débusqués. Surtout, le contenu réel de cet ouvrage monstrueux est mis en évidence. Au-delà du délire antijuif, c’est une bonne partie du programme du IIIe Reich qui est annoncée.


Hitler tourné en dérision par le magazine satirique Simplissimus en 1925. Dans les milieux bourgeois et ceux de la gauche, personne ne prit d'emblée le livre au sérieux.
Ce maudit bouquin ! Ludwig Spaenle, ministre bavarois de l’Éducation, des Cultes, des Sciences et des Arts, saisit la bouteille de Tabasco, s’en verse une bonne dose dans le verre de jus de légumes posé devant lui et en boit une longue gorgée. Dès le départ, il a soutenu le projet d’une édition savante. Le Parlement régional a même accordé 500 000 euros à l’Institut d’histoire contemporaine de Munich. Mais ensuite il s’est rendu en Israël, en 2012, avec le ministre-président de Bavière. Après quoi les autorités de Bavière ont changé d’avis. Ludwig Spaenle se reverse à boire. Longue gorgée. Ce qui s’est passé à Jérusalem ? Eh bien, des rencontres avec les associations de victimes, avec les ministres israéliens, de nombreuses discussions. Et là, ils s’en sont rendu compte : ça n’allait pas du tout. Une nouvelle édition de Mein Kampf avec sur la couverture les armoiries de l’État de Bavière ? Dans l’État hébreu, personne ne l’aurait compris. Spaenle reste un instant silencieux dans son gigantesque bureau. Le ministre trône sur son canapé en bras de chemise, encadré par les tableaux sombres accrochés au mur. Il raconte comment il a résolu le problème sans perdre les faveurs de son chef, le ministre-président Horst Seehofer. Le 11 décembre 2013, le lendemain du jour où ce dernier annonçait que l’État de Bavière se retirait du projet, Spaenle rédigea un communiqué de presse assez roublard : « Par respect » pour les victimes de l’Holocauste, lui aussi refusait « qu’une édition savante de ce texte ignoble soit imprimée à l’instigation de l’État de Bavière ». Mais il ajoutait : « La liberté qu’ont les chercheurs de s’attaquer aux sujets importants à leurs yeux n’est pas remise en cause. » L’Institut d’histoire contemporaine (IfZ) de Munich pouvait donc continuer son travail. On n’exigea pas le remboursement de l’aide financière. On affirma simplement qu’elle n’avait pas été accordée dans un but précis.   Deux bonnes années plus tard, l’édition de l’IfZ est bel et bien parue. Les deux volumes, 1 948 pages en tout, ont été livrés aux librairies qui les avaient commandés (1). Il comprend le texte original intégral de Mein Kampf, auquel viennent s’ajouter plus de 3 500 notes. Ne manquent que les armoiries bavaroises sur la reliure grise. Et, pour parer à tout soupçon d’opération commerciale, le livre est publié directement par l’IfZ lui-même. Jusqu’au bout, le projet a suscité des réserves. Le spécialiste de l’antisémitisme Wolfgang Benz ne parvenait pas à imaginer quelles connaissances nouvelles il pourrait bien apporter. Le germaniste Jeremy Adler, qui enseigne au King’s College de Londres, appelait à interrompre la publication. Comment ? « Un infâme torchon allait être élevé à la dignité que nous accordons à Homère et à Platon, à la Bible et au Talmud » ? Adler admettait néanmoins « n’avoir pas eu accès » à l’édition de l’IfZ. Les responsables de l’Institut n’avaient jamais été confrontés à de telles manifestations d’intérêt. Les mois précédant la parution, journalistes, diplomates et hommes politiques ont pris d’assaut l’édifice en béton de la Leonrodstrasse, à Munich. Douglas Davidson, l’envoyé spécial du département d’État américain pour les questions liées à l’Holocauste, s’est rendu sur place ; tout comme Dan Shaham, le consul général israélien à Munich. Il a été question du projet partout : sur une radio coréenne, à la BBC, sur CNN, sur Al Jazeera… Le New York Times comme l’Asahi Shimbun en ont parlé. Trois chaînes de télévision allemandes ont produit des documentaires. Fallait-il s’attendre à autre chose ? Depuis quatre-vingt-dix ans, Mein Kampf est considéré comme le livre le plus dangereux du monde : c’est en l’écrivant qu’Hitler acquit la conviction qu’il était l’élu du destin ; le livre devait annoncer la bonne nouvelle à ses partisans. Mein Kampf, estime l’historien britannique Ian Kershaw, a posé « la première pierre du mythe du Führer ».   Hitler y élabore l’idéologie meurtrière qui restera la sienne jusqu’à sa mort dans son bunker berlinois. Avec ce livre, écrit son biographe Peter Longerich, Hitler commençait « à lier de façon cohérente la question de l’espace vital à la question des races » – le démantèlement de l’Union soviétique à l’antisémitisme, donc. Il dévoilait « ses projets avec une franchise aussi frappante que naïve », jugent les historiens de l’IfZ. En mars 1933, lors des dernières élections législatives à peu près libres, presque 52 % des Allemands votèrent pour lui ; ils auraient pu savoir ce qu’il manigançait. Le premier volume est paru à l’été 1925, le second en décembre 1926. Le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, déclara que l’ouvrage était « l’Évangile des temps nouveaux ». Pour d’autres, c’était « la Bible du national-socialisme ». Aujourd’hui, ses critiques versent tout autant dans le pathos quand ils parlent d’un « Graal du mal » ou d’une « boîte de Pandore », qu’il vaudrait mieux garder cadenassée pour toujours. Si elle devait être ouverte, avertissait en février 2015 dans le Washington Post Charlotte Knobloch, la présidente du consistoire israélite de Munich, on ne pourrait plus la refermer. Le ministre bavarois des Cultes n’est pas le seul à être nerveux. Les ministres régionaux de la Justice et de l’Intérieur sont sur le qui-vive. Car l’IfZ n’est pas seul à avoir désormais le droit de mettre Mein Kampf à la disposition du public. Depuis le 1er janvier, n’importe qui – en théorie, du moins – peut éditer et vendre ce livre. Soixante-dix ans après la mort de son auteur, les droits que l’État de Bavière détenait depuis 1948 et qu’il n’avait cessé de défendre sont arrivés à expiration. Mais quel danger présente réellement Mein Kampf aujourd’hui ? Les manifestants du mouvement Pegida vont-ils y trouver une matière nouvelle pour leurs campagnes haineuses ? Un xénophobe comme le membre d’Alternative pour l’Allemagne (AfD) Björn Höcke va-t-il en tirer argument pour justifier son racisme biologique ? Les antisémites latents d’Allemagne – à peu près 20 % de la population si l’on en croit les sondages – vont-ils brusquement s’y référer ? Directeur de l’IfZ, Andreas Wirsching s’explique. La crainte « d’agir à l’encontre de la morale ou de commettre une faute politique en entrant en contact avec l’héritage d’Hitler » et la tentation de refuser d’aborder Mein Kampf ne feraient, selon lui, que renforcer son caractère tabou. Ce livre est « une source de premier ordre pour comprendre le désastre nazi ». Aucun ouvrage n’en dit davantage sur la vision du monde délirante d’Hitler. Dont les idées n’avaient rien d’unique ni même d’original. Car c’est là l’une des principales conclusions auxquelles sont parvenus les historiens munichois. Après avoir passé en revue des centaines de pamphlets et de livres issus des courants nationalistes et conservateurs du début du XXe siècle, ils constatent que les jugements à l’emporte-pièce et la terminologie biologisante d’Hitler s’intègrent parfaitement au courant de pensée dominant chez les réactionnaires de l’époque. Le futur Führer ne se contentait pas de mépriser les Slaves, de haïr les juifs et de pérorer sur la « sélection naturelle » ou le « droit du plus fort ». Il a puisé « dans le réservoir de connaissances populaires et pseudo-scientifiques de son époque », notamment le néodarwinisme, estime Wirsching. La manière dont il assemble ces éléments disparates est toutefois unique : Hitler « a intégré des notions essentielles de la culture politique allemande et les a radicalisés pour servir ses objectifs ». Mein Kampf, ce « monstre » (selon l’IfZ) n’avait encore jamais été commenté – et réfuté – de façon aussi précise. Les chercheurs ont comparé 38 des 1 122 éditions du livre. Chaque correction est indiquée ; on apprend par exemple qu’en 1937 la « chère (teure) mère allemande » est devenue la « fidèle (treue) mère allemande », en 1939 de nouveau la « chère » et finalement, en 1944, la « fidèle mère ». Mais, surtout, chaque demi-vérité, chaque mensonge est révélé : quand Hitler écrit que les critiques de théâtre juifs épargnent les pièces d’auteurs juifs, l’équipe de l’IfZ cite les articles incendiaires d’un Karl Kraus sur les œuvres de dramaturges juifs. Lorsque Hitler prétend que « les neuf dixièmes des immondices publiés » viendraient des juifs, elle démasque dans ces « prétendus neuf dixièmes » une vieille astuce des antisémites : les contre-exemples, quel que soit leur nombre, étaient automatiquement rangés dans le dixième restant.   L’homme de Braunau a déformé sciemment bien des choses. Dans d’autres cas, il a simplement bâclé le travail. Les erreurs objectives se comptent par centaines. Hitler écrit que l’héritier du trône des Habsbourg s’entretenait en tchèque avec son épouse. C’est faux. Lui-même aurait été le membre n° 7 du parti nazi. Faux, là encore : sa carte de membre porte le numéro 555. Après la Première Guerre mondiale, « personne », selon lui, ne se serait intéressé à la question de la responsabilité de la guerre. C’est complètement mensonger : peu de sujets ont donné lieu à autant de débats en Allemagne après 1918. Pour de nombreux lecteurs, ces commentaires rendent certains passages du livre compréhensibles pour la première fois. L’équipe de l’IfZ, autour des historiens Christian Hartmann et Thomas Vordermayer, a décortiqué le texte original et ses presque 800 pages selon toutes les règles de l’historiographie. Chaque double page de la nouvelle édition comprend une page de Mein Kampf et jusqu’à quinze commentaires éclairants. La lecture est pénible par moments, mais enrichissante : de quoi être durablement immunisé contre le venin idéologique du livre. Comme le dit Christian Hartmann : « Nous fournissons des armes, nous désamorçons le détonateur. » Le style d’Hitler est daté. Les perles y abondent : « J’y rencontrai des personnes qui y étaient présentes, issues pour l’essentiel des basses couches de l’existence. » Ainsi que les métaphores bizarres : « Les œufs de Colomb traînent par centaines de milliers, seuls les Christophe Colomb sont plus difficiles à trouver. » Hitler adorait les mots étrangers, les répétitions, les superlatifs. Chez lui, les parlements ne sont pas seulement « menteurs », mais « menteurs jusqu’à la moelle » ; son parti n’est pas engagé dans un combat, mais dans un « combat titanesque ». Sans oublier les perpétuelles insultes adressées à ses ennemis, traités de « trafiquants », d’« empoisonneurs du peuple », de « tueurs sournois », de « maîtres snobs » et de « racaille ». Ce qui frappe aussi, c’est l’emploi récurrent de concepts négatifs, comme « impitoyable » et « brutal », dans un sens positif. « De chétif citoyen du monde, je m’étais transformé en antisémite fanatique », raconte ainsi Hitler avec une évidente fierté. D’ordinaire peu enclin à l’autocritique, il considérait curieusement que son livre, du point de vue de la langue, n’était pas particulièrement réussi. « Je ne suis pas un homme de plume et ne sais pas bien écrire », note-t-il en 1924. Une évaluation que même le dévoué Goebbels partageait : « C’est un livre sincère et courageux. Il est vrai que son style est parfois insupportable. »   À l’évidence, ces bizarreries linguistiques ne dérangèrent pas la plupart des lecteurs. Les critiques de la presse de droite firent l’éloge de l’ouvrage. Un pasteur remercia Dieu « pour les heures passées à étudier Mein Kampf d’Adolf Hitler ». Le diplomate Ernst von Weizsäcker, le père du futur président de la RFA, fut si impressionné que, dans une lettre, il loua la « charité [d’Hitler] envers la misère sociale ». Le vocabulaire de l’auteur, insiste l’équipe de l’IfZ, était absolument de son temps. Bien des concepts qui aujourd’hui nous semblent typiques de la langue nazie étaient alors employés même par les démocrates ; ainsi « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) ou « dégénérescence » (Entartung). L’Allemagne du début des années 1920 était un nid d’idées folles et de desperados politiques. L’empire wilhelmien avait envoyé plus de 13 millions de soldats se battre, plus de 2 millions étaient tombés. La légende du « coup de poignard dans le dos », l’allégation donc selon laquelle les juifs, les sociaux-démocrates et les communistes étaient les principaux responsables de l’effondrement, apparaissait à beaucoup comme la seule explication possible du désastre. En acceptant les termes du traité de Versailles, les partis bourgeois et le SPD s’étaient discrédités aux yeux d’une grande partie de la population.
Sur ces entrefaites, la gauche révolutionnaire et les corps francs d’extrême droite amenèrent le pays au bord de la guerre civile ; la justice, hostile à la République, resta largement passive devant ces agissements meurtriers. L’antisémitisme politique, encore très marginal sous l’empire, se répandit dans tous les milieux conservateurs et nationalistes. Et, pour finir, l’hyperinflation de 1923 appauvrit encore le pays et ses habitants. « L’année 1923 a rendu l’Allemagne mûre non pas spécifiquement pour le nazisme mais pour n’importe quelle aventure illusoire », écrira plus tard le journaliste Sebastian Haffner. C’est alors qu’apparut, selon lui, ce qui a conféré au nazisme « son caractère fou » : « La démence froide, l’aspiration aveugle et sans scrupules à l’impossible. » Le caporal Hitler avait vécu la fin de la guerre dans un hôpital militaire de Pasewalk. Cet Autrichien enrôlé dans l’infanterie bavaroise avait provisoirement perdu la vue à la suite d’une attaque au gaz. Comme beaucoup d’autres soldats, il cherchait les responsables de la défaite. L’Allemagne était tombée aux mains d’un « ramassis de misérables criminels », écrit-il dans Mein Kampf. Il fallait les combattre par tous les moyens. Lui voulait apporter sa contribution. Suit la phrase si tristement célèbre : « Mais je décidai de devenir un homme politique. »   mk et extreme droite allemande   Que, dès novembre 1918, le vétéran blessé ait réellement envisagé une carrière dans la politique est invraisemblable. Il ne tarda toutefois pas à attirer l’attention de ses camarades par ses tirades incendiaires contre les juifs et les communistes. À l’été 1919, son supérieur, un officier d’extrême droite, affecta Hitler dans un camp militaire où il avait pour mission de faire de la propagande et de transformer les soldats spartakistes en nationalistes convaincus (2). La Bavière souffrait encore des séquelles de la République des Conseils, d’inspiration soviétique, qui avait plongé la région dans le chaos des mois durant. Et, comme certains meneurs du soulèvement étaient juifs, Hitler acquit la conviction que judaïsme et bolchévisme étaient indéfectiblement liés. En septembre 1919, son supérieur l’envoya à Munich, pour assister au rassemblement du Parti ouvrier allemand, l’un des innombrables groupuscules nationalistes de l’après-guerre. La première intervention d’Hitler impressionna tellement le public que le chef du parti, Anton Drexler, se serait écrié : « Quel bagout ! Il pourrait bien nous être utile. » L’ancien caporal se prit au jeu et fit de son talent oratoire un métier. Il se mit à parler de plus en plus souvent devant un public de plus en plus nombreux. Il fulminait contre le traité de Versailles et la social-démocratie, traitait les juifs de vampires et les communistes de traîtres. Bientôt, il prit la tête du parti, qui avait été rebaptisé entre-temps Parti national-socialiste des ouvriers allemands, et planifia un coup d’État. L’inflation avait alors presque atteint son paroxysme ; 1 kilo de pain coûtait 200 milliards de marks. À partir de Munich, il voulait conquérir l’Allemagne et porter l’estocade à la république de Weimar. Du point de vue logistique, le putsch d’Hitler, mené dans la nuit du 8 au 9 novembre 1923, fut toutefois plutôt une affaire d’amateurs. Le tribun n’avait ni troupes en nombre suffisant, ni stratégie pour prendre le pouvoir à Berlin. Lors de l’échange de tirs final entre la police et ses partisans, une balle le rata de quelques centimètres et tua son voisin. Lors du procès qui suivit, le putschiste fut condamné à cinq ans de détention, qu’il fut autorisé à purger en compagnie de ses sympathisants à Landsberg am Lech. Dans sa luxueuse prison, où il occupait une aile ressemblant à un appartement bourgeois, il consacra son temps à la rédaction d’un livre dans lequel il envisageait au départ de régler ses comptes avec tous ceux qu’il tenait pour responsables de la défaite allemande.   Sur la genèse de Mein Kampf, toutes sortes de mythes ont circulé. Ainsi le détenu Hitler est-il censé avoir dicté son œuvre à son compagnon de cellule Rudolf Hess. En réalité, il la tapa lui-même à la machine. Et, pour se mettre dans l’ambiance, il se transformait en acteur jouant sur scène : « J’entends sa voix qui vient de la salle à manger commune, note Rudolf Hess le 16 mai 1924 dans une lettre à sa mère. Il semble être au milieu d’une reconstitution de ce qu’il a vécu pendant la guerre, il imite les grenades et les mitrailleuses, saute partout dans la pièce, entraîné par son imagination. » Quelques semaines plus tard, quand Hitler lit à Hess les passages sur sa première expérience du front, en 1914, les larmes lui viennent aux yeux tant il est grisé par son propre récit. Il fait partager à ses codétenus la primeur de ce qu’il est en train d’écrire. Des éditeurs lui font part de leur intérêt et lui soumettent de premières offres. Finalement, les éditions Eher, qui publient aussi le Völkische Beobachter, le journal du parti nazi, acquièrent l’ouvrage. De riches admirateurs du gratin munichois, dont l’épouse du fabricant de piano Bechstein, lui font parvenir des corbeilles remplies de provisions. Hitler peut aussi compter sur le directeur de la prison : l’homme est un fervent partisan de son illustre prisonnier. Le règlement de comptes qu’il avait imaginé ne tarda pas à se transformer en une œuvre bizarre où se mêlent autobiographie stylisée et programme idéologique, histoire du parti et texte de propagande. Dans la préface du premier volume, il déclare avoir voulu « clarifier les objectifs de [son] mouvement » et réfuter les légendes circulant à son propos, entretenues par la presse juive. En fait, il s’agissait de distinguer le parti nazi des autres partis d’extrême droite et de prouver qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul Führer : lui-même. Sur bon nombre de pages, le démagogue fait l’éloge de la « puissance de la parole orale », qui seule peut « déclencher les grandes avalanches religieuses et politiques de l’histoire ». Il est rare toutefois, écrit-il, qu’un orateur exceptionnel soit aussi un bon théoricien et un bon organisateur. Seule la réunion de ces talents en une seule et même personne fait « le grand homme ». Entre les lignes, Hitler ne laisse aucun doute sur l’endroit où l’on pouvait trouver ce « grand homme » : dans la prison de Landsberg. Pour le moment. Le livre commence de façon anodine. L’auteur parle de la maison familiale à Braunau-sur-Inn, du rejet de sa candidature pour entrer à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Malgré tout, il déménage dans cette ville en 1908 et, à en croire Mein Kampf, débute alors « l’époque la plus triste » de sa vie, pleine « de misère et de chagrin ». Il décrit de façon radicale l’alcoolisme de nombreux ouvriers et le dénuement qui règne dans la grande ville, où les familles pauvres consument le salaire hebdomadaire du père en trois jours. Hitler prétend avoir lui-même souffert de cette indigence : « La faim était alors ma fidèle surveillante, qui ne me quittait presque jamais. »   C’était très exagéré. Hitler flânait volontiers dans la capitale autrichienne, fréquentant les cafés, les bars et les salles de concerts. Au départ, comme le prouve l’équipe de l’IfZ, il n’est pas aussi pauvre qu’il le prétend. Grâce à l’héritage maternel, à une pension d’orphelin ainsi qu’au prêt d’une tante, il n’eut, par exemple, pas besoin de travailler pendant un an. Ce n’est qu’ensuite qu’il gagna sa vie, certes plutôt mal, en peignant des cartes postales. Pure invention également, de toute évidence, l’histoire censée expliquer son aversion précoce pour la social-démocratie. D’après lui, il aurait été ouvrier occasionnel sur un chantier. Resté à l’écart de ses collègues au moment du repas (« Je bus mon verre de lait et mangeai mon morceau de pain »), des propos intolérables lui seraient néanmoins parvenus aux oreilles : la patrie, la religion et la morale, tout cela aurait été « traîné dans la boue ». Hitler affirme avoir répliqué et été menacé dès lors par les sociaux-démocrates qui s’étaient exprimés ainsi : soit il décampait, soit ils le feraient tomber de l’échafaudage. Il avait préféré partir. D’après l’IfZ, Adolf l’ouvrier n’a « vraisemblablement jamais » existé. En évoquant de tels épisodes, Hitler voulait donner l’impression que Vienne avait été son « école de vie ». Jusque-là, rien ne l’opposait aux sociaux-démocrates, il ne nourrissait aucune hostilité envers le parlementarisme, ni contre les juifs. Seule l’expérience lui avait ouvert les yeux.   Il consacre quelques pages seulement au cheminement qui a fait de lui un antisémite convaincu : au début, le maire antisémite de Vienne Karl Lueger l’impressionne, puis il est choqué par les juifs d’Europe de l’Est dans les rues de la ville : « L’odeur de ces porteurs de caftan me donnait parfois la nausée. » Peu après, il arrive à la conclusion soi-disant objective d’un effet destructeur du judaïsme : « Y avait-il une immondice, une impudence, sous quelque forme que ce soit, surtout dans la vie culturelle, à laquelle au moins un juif n’aurait pas pris part ? Aussitôt qu’on s’attaquait au scalpel à ce genre de tumeur, même avec la plus grande prudence, on y trouvait, souvent aveuglé par la lumière soudaine, tel l’asticot dans un corps en putréfaction, un youpin. » Les passages comme celui-ci agitent le best-seller d’Hitler comme des poussées de fièvre. À intervalles irréguliers, mais avec toujours plus de véhémence, l’auteur s’emporte contre le judaïsme, source de tous les maux. Ce qui n’empêche pas le futur meurtrier de masse de minauder en affirmant que sa conversion à l’antisémitisme aurait été sa « transformation la plus difficile » et qu’elle lui aurait « coûté bien des combats intérieurs ». Lors de ses recherches, l’équipe de l’IfZ est tombée sur la « Raciologie du peuple allemand » de l’eugéniste Hans F. K. Günther, publié en 1922 et qui a inspiré Hitler (3). Selon cette théorie, l’« homme nordique » est enclin à l’« individualisme », il est farouche, dur et impitoyable, très doué, mais néanmoins la plupart du temps mauvais élève. Cela correspond assez exactement à l’image qu’Hitler élaborait de lui-même. Ce n’est donc pas un hasard s’il ne mentionne ni protecteurs ni amis (il en avait peu, mais il en avait). Même sa sœur Paula et les autres membres de sa famille sont laissés dans l’ombre. Les éditeurs de l’IfZ parlent de « lacunes volontaires » : en se mettant en scène comme un « individu sorti de nulle part », le leader nazi offrait à ses partisans un « potentiel d’identification particulièrement important ». Hitler était pourtant inhibé et pétri d’angoisses. Dans des passages qui sentent leur adolescent attardé, il divague sur la prostitution, la procréation comme but du mariage, la « femme » en soi, dont la sensibilité serait dominée par la « recherche instinctive d’une force qui viendrait la combler ». On relève des fantasmes classiques de viol, comme dans l’histoire du « jeune juif aux cheveux noirs » qui guetterait les jeunes filles avec « une joie satanique ». Au bout d’un tiers du livre à peu près, on atteint l’année 1919. La lecture devient de plus en plus pénible. Les passages incitant à la haine raciale se multiplient, le détenu de Landsberg fait se succéder les sujets de manière arbitraire, comme dans le chapitre 10 sur les « causes de l’effondrement » : il critique la prétendue suprématie de l’industrie dans le Reich wilhelmien, injurie la presse, s’indigne de la décadence de la vie culturelle, déplore le manque de monuments commémoratifs dans les villes, reproche au Reichstag son impuissance, éreinte la politique navale de Guillaume II et discute des avantages et des inconvénients de la monarchie. Derrière ce panorama éclaté transparaît, par bribes, une vision concrète du monde qui se caractérise par le mépris du genre humain. Au début se trouve la thèse selon laquelle « tous les événements de l’histoire » sont l’« expression de l’instinct de conservation des races ». Le progrès repose sur la lutte entre les races, les plus fortes s’imposant aux autres – c’est une loi de la nature. Pour Hitler, la guerre n’est donc pas un mal, mais une forme légitime du « grand et éternel combat vital pour l’existence ».   Les « idées humanitaro-pacifistes » mènent au contraire à la « barbarie et [au] chaos ». La paix et l’État de droit ne sont pas des avancées mais des signes de décadence. L’équipe de chercheurs munichois estime que les causes de ce « programme contre la civilisation » sont à chercher dans les expériences mal digérées d’Hitler sur le front de l’Ouest : « Celui qui écrit ici est quelqu’un pour qui la guerre ne s’est au fond jamais terminée. » « Celui qui veut vivre, qu’il se batte, explique Hitler, et celui qui ne veut pas en découdre, dans ce monde de lutte éternelle, ne mérite pas de vivre. » Le résultat de ce combat n’est pas difficile à deviner : les Aryens sont les « véritables fondateurs de culture sur cette Terre ». Et leurs plus nobles représentants, à savoir les Allemands, ont pour mission historique d’arrêter les juifs qui, de leur côté, en tant que « parasites au sein des autres nations », aspirent à la domination mondiale. Hitler était – pour reprendre la terminologie de l’historien Saul Friedländer – un « antisémite de la rédemption » et faisait donc partie de ces racistes qui justifiaient la persécution en lui donnant un caractère d’acte idéaliste. Dans Mein Kampf, il affirme que l’humanité sombrerait si les juifs – ces « vampires des peuples » – l’emportaient dans la lutte titanesque qui se prépare entre la création et la destruction, le bien et le mal. Dans l’esprit d’Hitler, les juifs travaillent, au moyen du « mélange des races », à l’affaiblissement des autres peuples, y compris des Aryens. Dès que la capacité de résistance de ces derniers serait émoussée, ils imposeraient d’abord la démocratie, puis, avec l’aide du marxisme, la « dictature du prolétariat ». Le triomphe du « judéo-bolchévisme » en Union soviétique marque, aux yeux du leader nazi, le début de la « dernière grande révolution ». Il ne restait plus beaucoup de temps, selon lui. Dans Mein Kampf, il recommande donc à ses partisans un contre-programme aussi radical que brutal : la dictature, le meurtre et la guerre. Les historiens de l’IfZ ne se sont pas contentés d’analyser l’ouvrage, ils en ont aussi recherché les sources. Hitler n’a doté son livre ni de notes de bas de page, ni d’une bibliographie. Ce qu’on parvient à reconstituer de son matériau indique qu’il s’est servi de façon arbitraire de la littérature nationaliste et des best-sellers de son époque. On trouve leur noyau idéologique au chapitre 11 du premier tome, intitulé « Peuple et race ». À côté de la « Raciologie du peuple allemand » de Hans F. K. Günther, l’auteur s’est surtout appuyé sur les ouvrages d’antisémites notables comme Henry Ford ou Wilhelm Marr, ainsi que sur le classique de Houston Stewart Chamberlain, La Genèse du XIXe siècle, qui affirmait déjà que le métissage menait « au déclin et à la stérilité ». Il existe des analogies avec l’essai de Richard Wagner Le Judaïsme dans la musique, où l’inconditionnel de Wagner qu’était Hitler avait pu lire que « le juif ne [sait] qu’imiter dans ses paroles et dans son art, mais pas vraiment créer ». Quant à Alfred Rosenberg, son auteur préféré, il avait écrit dans son pamphlet Les Protocoles des Sages de Sion et la politique mondiale juive que tous les coups d’État révolutionnaires ont été fomentés par des juifs. L’idée de s’emparer de vastes espaces à l’est était à la mode avant même la Première Guerre mondiale. Hitler la trouvait par exemple chez Heinrich Class, le chef de la Ligue pangermaniste. Class plaidait pour une colonisation des territoires slaves à l’est, selon le modèle des chevaliers teutoniques du Moyen Âge. Roman Töppel, l’un des éditeurs de l’IfZ, a recueilli encore toute une série d’écrits et de livres, aujourd’hui inconnus, qui ont laissé des traces dans Mein Kampf, comme il le montre dans un essai intitulé « Peuple et race ». « Ce qui est frappant, estime Töppel, c’est qu’Hitler argumentait de façon beaucoup plus partiale et radicale que la plupart des auteurs qui l’ont influencé. » En d’autres termes, Hitler n’a rassemblé dans son ouvrage que les éléments qui correspondaient à sa vision et laissé de côté tout le reste. Il est affirmé à la fin du « Manuel de la question juive », écrit par l’antisémite Theodor Fritsch, que ladite « question juive » ne saurait être résolue que par « un esprit au génie exceptionnel et d’un courage sans bornes », « l’authentique tueur de dragon, le vrai Siegfried ». À l’évidence, notre détenu de Landsberg se rêvait dans le rôle de ce super-héros.   Mein Kampf était-il donc davantage qu’un texte haineux contre les juifs et les communistes ? Était-il une sorte de programme de gouvernement des nazis ? Les historiens de l’IfZ ont aussi creusé ces questions et identifié quantité de « liens directs avec ce qu’ont fait les nazis une fois au pouvoir ». Ainsi, Hitler écrit que :
  •  le « tout premier devoir d’un gouvernement vraiment national » sera de constituer des forces déterminées à « mener une guerre d’anéantissement contre le marxisme, puis de laisser le champ libre à ces forces ». À l’été 1934, les nazis ont enfermé à peu près 100 000 sociaux-démocrates et communistes dans des prisons, des maisons d’arrêt et des camps de concentration provisoires ;
  • l’« État nationaliste » est nécessairement composé de « citoyens, de membres de l’État et d’étrangers », mais seuls les citoyens doivent disposer de tous les droits politiques. En 1935, les lois de Nuremberg stipulent que seul peut être considéré comme citoyen celui qui est « de sang allemand ou apparenté » ;
  • les handicapés doivent être stérilisés de force et l’« État nationaliste » doit s’assurer que « seul celui qui est sain engendre des enfants ». Dès juillet 1933 est adoptée la « loi sur la stérilisation forcée » qui va s’appliquer à 400 000 personnes ;
  • les Aryens ont pour « obligation la plus sacrée » de « veiller à garder leur sang pur ». En 1935 est promulguée la loi dite « de protection du sang » qui interdit le mariage entre juifs et non-juifs et pénalise l’adultère ; la même année, l’interdiction de mariage est étendue aux « Tsiganes, [aux] nègres et [à] leurs bâtards » ;
  • les 80 millions d’Allemands qu’Hitler comptabilise en Europe doivent être réunis dans un Reich ; il pense à l’Autriche ainsi qu’aux minorités germanophones, notamment en Pologne et en Tchécoslovaquie. À la fin de 1939, Hitler a soumis tous ces États ;
  • la France doit être considérée comme l’« ennemi héréditaire de notre peuple » et il faut envisager une « confrontation définitive » avec elle. En 1940, la Wehrmacht écrase son voisin de la rive gauche du Rhin ;
  • les Allemands doivent conquérir un espace vital nouveau à l’est, « la germanisation ne pouvant être que celle du sol et en aucun cas des hommes ». Le « plan général pour l’Est » (Generalplan Ost) envisagera l’expulsion et le massacre de plus de 30 millions de Slaves.
  Celui qui, en 1925, voulait savoir à quoi s’en tenir sur Hitler était donc bien informé en lisant Mein Kampf. Mais dans les milieux bourgeois et ceux de la gauche, personne ne prit le livre d’emblée au sérieux ; on railla ces « conneries pathétiques », on traita leur auteur de « bouffon sadique ». Ses adversaires ne comprirent que bien trop tard l’effet explosif de ces idées politiques. « Hitler n’est pas du tout quelqu’un de sournois. Au contraire, il permet à tout un chacun de scruter son âme, note le social-démocrate Friedrich Kellner le 12 décembre 1944 dans son journal. Dans Mein Kampf, Hitler a exprimé ouvertement ses pensées les plus intimes. » Néanmoins, de l’avis des historiens de l’IfZ, ces élucubrations ne sauraient être considérées comme l’annonce des crimes du IIIe Reich. L’Holocauste, par exemple, le plus grand de ces crimes, n’apparaît pas dans Mein Kampf. Tout au plus un passage, dans lequel Hitler attribue aux juifs la responsabilité de la défaite de 1918, semble annoncer ses projets :

« Si au début de la guerre et pendant la guerre on avait exposé au gaz toxique douze ou quinze mille de ces corrupteurs hébraïques du peuple, comme des centaines de milliers de nos tout meilleurs travailleurs allemands de toutes les couches sociales et de tous les métiers ont eu à le subir sur le champ de bataille, le sacrifice de millions de personnes au front n’aurait pas été vain. Au contraire : douze mille crapules éliminées au bon moment aurait peut-être à terme sauvé la vie d’un million de bons Allemands. »

Ce qui est envisagé ici cependant, c’est la mort au front et non une annihilation industrielle ; cette citation n’est pas l’annonce d’Auschwitz. Jusqu’en 1941, Hitler et ses partisans souhaitaient expulser les juifs des territoires sous domination allemande, pas davantage. Pour ce faire, ils ne reculaient pas devant le meurtre et la terreur, mais l’extermination systématique de millions de personnes fut une conséquence de la guerre contre l’Union soviétique. Lorsqu’il travaillait à Mein Kampf, Hitler considérait encore qu’une telle entreprise était irréaliste. Dans une interview qu’il accorda peu avant sa tentative de putsch à Munich, paru dans un journal catalan, il s’extasiait devant les pogroms du Moyen Âge (« une chose grandiose ») mais estimait qu’ils n’étaient pas transposables à l’Allemagne : « Que voudriez-vous faire ? Tous les tuer dans la nuit ? Ce serait bien sûr la meilleure solution et, si on la mettait en œuvre, l’Allemagne serait sauvée. Mais ce n’est pas possible. Le monde nous tomberait dessus au lieu de nous remercier. » Hitler commence par faire preuve de prudence. Après sa libération anticipée de la maison d’arrêt de Landsberg, en décembre 1924, il doit reconstruire son parti, qui est en piteux état. Les provocations et a fortiori un nouveau putsch semblent exclus. Les ventes de son livre plafonnent ; ce n’est qu’à partir de la crise ultime de la république de Weimar que les tirages se multiplient.   En 1945, les Alliés firent interdire le livre, qui fut également mis à l’index aux Pays-Bas et en Russie, jusqu’en 2010. En France, en Italie, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, il a continué à être imprimé et vendu. Amazon consacre les revenus qu’il en tire à des œuvres caritatives. L’État de Bavière a lutté contre la diffusion du livre, mais les moyens que lui conféraient ses droits d’auteur étaient déjà limités. Dans le monde arabe, en Inde et au Bangladesh, l’ouvrage connaît un grand succès, tout comme en Turquie, malgré les interdictions. On s’y enthousiasme pour les personnages historiques qui se sont opposés aux juifs ou aux États-Unis – et peu importe les ravages qu’ils ont provoqués. Les librairies d’occasion avaient du reste presque partout le droit de le vendre, même en Allemagne. Dans les ventes aux enchères aux États-Unis, des exemplaires dédicacés par le Führer ont atteint des prix à cinq chiffres.   L’IfZ, qui avait déjà publié en 1961 le Zweites Buch (« Second livre ») d’Hitler – une présentation des objectifs de sa politique étrangère qui n’est jamais parue de son vivant –, avait souhaité se lancer dans une édition commentée de Mein Kampf dès les années 1990 (4). Mais l’État de Bavière ne le permit pas. Aujourd’hui, l’Association des professeurs allemands s’est prononcée en faveur d’une utilisation de l’ouvrage en classe – ce qui ne serait certainement pas une mauvaise idée. On peut se demander si d’autres éditions vont paraître. En juin 2014, la conférence des ministres de la Justice des Länder avait décidé qu’une diffusion sans commentaires du Mein Kampf devait être empêchée, même après l’expiration des droits d’auteur. Les ministres s’appuient surtout sur le paragraphe 2 de l’article 130 du Code pénal : les éléments constitutifs de l’incitation à la haine raciale. Aucun tribunal allemand ne peut contester le fait que Mein Kampf comporte ce genre d’incitations. Et comme leur diffusion fait partie de ces actes dont la simple tentative est passible de sanction, les procureurs n’auront qu’à attendre le moment où un éditeur commencera à imprimer une édition non commentée. Alors, dit-on au ministère bavarois de la Justice, cela pourrait aller très vite. En tout cas, les coupables auraient ensuite tout le temps qu’il faut pour étudier les 1 948 pages que compte l’édition de l’IfZ. L’incitation à la haine raciale est passible de cinq ans de prison.   Cet article est paru dans le Spiegel le 9 janvier 2016. Il a été traduit par Baptiste Touverey.   mk en france
LE LIVRE
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Mein Kampf. Une édition critique de Adolf Hitler, Institut für Zeitgeschichte, 2016

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