Le premier matin du monde

Pendant qu’ils marchent côte à côte, il lui répète les mots qu’il cherche à lui apprendre depuis la veille – des mots grecs qui disent dans cette langue lumière, soleil, ciel, mer : phos, hélios, ouranos, thalassa. Il les prononce lentement, comme s’il récitait un poème, en espérant lui faire partager un peu de ce qu’il ressent à les écouter, et que ni le français ni aucune autre langue ne lui offrent.

À nouveau réunis, ils marchent dans le parc Monceau, par un doux après-midi d’avril. Des feuilles nouvelles ont poussé ; après un rude hiver, les gens sont venus profiter des premiers rayons de soleil ; et le ciel a pris soudain une couleur de convalescence et d’espérance. Pendant qu’ils marchent côte à côte, il lui répète les mots qu’il cherche à lui apprendre depuis la veille – des mots grecs qui disent dans cette langue lumière, soleil, ciel, mer : phos, hélios, ouranos, thalassa. Il les prononce lentement, comme s’il récitait un poème, en espérant lui faire partager un peu de ce qu’il ressent à les écouter : un peu de leur éclat, de leur flamme, de leur fraîcheur, ou de leur goût de mer ; quelque chose du souffle secret qu’il entend dans leurs sonorités, et que ni le français ni aucune autre langue ne lui offrent. Sans doute, s’il ne parvient pas à dire en français ce qu’il éprouve, ce n’est pas seulement parce qu’il ne maîtrise pas encore assez cette ...
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Double exil de Le premier matin du monde, Verdier

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