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Le premier matin du monde

Pendant qu’ils marchent côte à côte, il lui répète les mots qu’il cherche à lui apprendre depuis la veille – des mots grecs qui disent dans cette langue lumière, soleil, ciel, mer : phos, hélios, ouranos, thalassa. Il les prononce lentement, comme s’il récitait un poème, en espérant lui faire partager un peu de ce qu’il ressent à les écouter, et que ni le français ni aucune autre langue ne lui offrent.

À nouveau réunis, ils marchent dans le parc Monceau, par un doux après-midi d’avril. Des feuilles nouvelles ont poussé ; après un rude hiver, les gens sont venus profiter des premiers rayons de soleil ; et le ciel a pris soudain une couleur de convalescence et d’espérance.

Pendant qu’ils marchent côte à côte, il lui répète les mots qu’il cherche à lui apprendre depuis la veille – des mots grecs qui disent dans cette langue lumière, soleil, ciel, mer : phos, hélios, ouranos, thalassa. Il les prononce lentement, comme s’il récitait un poème, en espérant lui faire partager un peu de ce qu’il ressent à les écouter : un peu de leur éclat, de leur flamme, de leur fraîcheur, ou de leur goût de mer ; quelque chose du souffle secret qu’il entend dans leurs sonorités, et que ni le français ni aucune autre langue ne lui offrent.

Sans doute, s’il ne parvient pas à dire en français ce qu’il éprouve, ce n’est pas seulement parce qu’il ne maîtrise pas encore assez cette langue pour exprimer toutes les nuances de ses sentiments ; ce n’est pas seulement parce que le français a, depuis des siècles, thésaurisé dans ses mots sa propre pensée, sa propre vision du monde, qu’il est difficile d’assimiler quand on vient d’un autre pays. C’est aussi parce que le grec, sa langue, a thésaurisé une autre pensée, une autre vision du monde, avec lesquelles il s’est familiarisé depuis qu’il a conscience de lui-même, même s’il ne connaît pas bien le grec non plus (comme il a cessé de l’écrire et de le parler, il n’est pas loin de le connaître moins bien que le français). Pourtant, en répétant ces mêmes mots, il a l’étrange sentiment qu’eux le connaissent mieux qu’il ne les connaît ! Comme s’ils conservaient depuis longtemps quelque chose de lui ; comme s’ils « sentaient » avant lui, plus que lui, tout ce qu’il sent sans parvenir à le dire dans aucune langue, mais qu’il ne pourra dire un jour que dans cette langue-là. Car comment pourrait-on exprimer dans une langue étrangère – comment la langue étrangère pourrait-elle éprouver – les sentiments que procurent une journée d’hiver baignée de soleil, l’ombre des feuillages sur des murs blanchis à la chaux, la mer écumante, les regards de nos proches, leur main dans la nôtre et leur « bonjour » quotidien ?

Or, sa langue « se souvient » de tout cela et de tant d’autres choses qu’il a oubliées – bien qu’il n’ait cessé de les porter en lui ; comme si elle « se souvenait » de lui… N’est-ce pas merveilleux ? Sa langue le suit à tout moment, à chacun de ses pas – sans qu’il en ait conscience ; sa langue le « connaît » – lui qui ne la connaît pas comme il le devrait.

Comment a-t-il pu l’oublier pendant tout ce temps ? L’étranger, ce n’est pas tant le monde que nous ne connaissons pas que celui qui ne nous connaît pas – qui justement ignore notre langue, notre mémoire, l’univers de notre enfance, nos pensées, nos sentiments, toutes ces choses impalpables qui nous ont façonnés… Et maintenant qu’il s’entend prononcer à nouveau ces mots-là, il se rappelle les siens : sa mère, ses tantes, ses oncles, ses cousins d’Athènes, la tante Maria de La Canée (qui lui a tant manqué, qu’il voudrait tant revoir ! Hélas, on n’a pas encore osé lui apprendre le suicide de Haris) ; il se souvient de Haris, de son père, de ses autres morts et de tous ces gens qu’il lui a été donné de connaître jadis en Grèce. Il n’avait qu’à leur parler et à les écouter pour que leurs cœurs se mettent à battre à l’unisson. Ces mots avaient dans leur bouche tant de chaleur et tant de vie !

Quelle mémoire profonde dans ces mots ! Il les redit avec elle, puis lui demande de les répéter toute seule, pour qu’il les entende de sa bouche, ces mots qui disent la lumière, le soleil, le ciel, la mer. Comme les astres d’une galaxie perdue… Et quand il entend à nouveau ces sons tant aimés, d’autres mots jaillissent en lui avec force, comme d’une source condamnée depuis des années – des appels, des prières, des interjections, des diminutifs. Des mots-patrie, pareils aux premiers regards de sa mère et de son père plongés dans son propre regard. Et tant d’autres regards de son pays, ici, au beau milieu du parc Monceau ! Il se rappelle ce dimanche après-midi où ils étaient sortis, Haris et lui, devant le portail de la maison voisine pour que l’oncle Anghélos les photographie ; les petits voisins qui restaient là à les regarder ; la vieille femme assise sur un tabouret pour profiter du soleil – qu’est-elle devenue ? Le rire sonore d’Ourania, leur bonne, qui ne cessait de se signer ; ou encore ce muletier de Spetsai qui avait toujours à la bouche l’expression : « À la grâce de Dieu ». Et les offices de la semaine sainte, à Ékali, dans le parfum des lilas ; les veilles de Noël, rue Kéfallinias, quand un paysan faisait avancer un troupeau de dindes dans la boue ; les enfants à la tête rasée qui disaient les kalanda sous la pluie devant l’église Saint-Pantéléïmon ; les gâteaux de Noël dans la vitrine mal éclairée de la petite pâtisserie de quartier de la rue Acharnon… Tant de visages, tant de choses de son pays jaillissent inopinément des mots et sont pour lui autant de patries. Voilà donc pourquoi il se sentait toujours dans son village tant qu’il vivait à Athènes, même s’il lui arrivait souvent, là-bas aussi, de se perdre dans la foule.

Le soir, dans sa chambre, il rouvre le livre qu’il a acheté l’avant-veille chez un bouquiniste sur les quais de la Seine : une anthologie de poésie de la Grèce ancienne avec le texte original sur la page de gauche et la traduction en regard (comment pourrait-il oser lire des textes de l’Antiquité sans l’aide d’un dictionnaire ? Et dire qu’il a étudié le grec ancien pendant six ans… Louée soit l’école grecque !). En la feuilletant, il tombe par hasard sur des vers d’Eschyle tirés du Prométhée enchaîné. Et, ô surprise ! il les comprend du premier coup, sans consulter la traduction, comme s’il les reconnaissait, comme s’il les connaissait depuis toujours :

Éther divin, souffles aux ailes rapides,
Sources des fleuves, sourire innombrable
Des vagues marines, terre mère de tout,
Soleil dont le regard embrasse l’univers,
Je vous invoque…

C’est certain, Prométhée n’était pas l’ancêtre de Faust ! Il l’avait pressenti à juste titre – ces vers le lui confirment mieux que ne le feraient mille exégèses. Ces vers, ces mots regorgent de lumière, de mer et de ciel, expriment une allégresse, une acceptation de la vie inouïes. Et ce sont les mots familiers de sa langue, inchangés ou si peu altérés depuis deux mille cinq cents ans…

Il éclate en sanglots. Oui, ce qui lui a manqué, pendant ces mois, ces années, c’était cette lumière vivante dans les mots, dans les hommes. Et maintenant il a l’impression d’avoir sous les yeux un autre monde – qui était sans doute tapi en lui, mais qui ne pouvait surgir devant lui avant cet après-midi-là.

Voilà deux ans qu’il lutte de toutes ses forces pour s’enraciner en France : il s’est lié avec bien des gens – ceux qui ne lui tournaient pas le dos ; il a acquis un savoir, amassé des connaissances ; il a écrit en français. Pourtant, quels qu’aient été les changements en lui, il n’a jamais cessé – il le comprend maintenant – de regarder ce pays avec les yeux de l’autre pays qu’il a laissé pour venir ici. Même si sa vie gravite autour d’un nouveau centre, il n’en continue pas moins de porter la Grèce en lui – que cela lui plaise ou non, c’est la Grèce qu’il a au fond de son cœur. La France est peut-être devenue sa seconde patrie (mais l’est-elle vraiment devenue ?) ; ses habitants lui sont plus familiers ; mais pour lui, ils restent les autres : des gens qu’il ne peut regarder – il le sait, à présent – qu’avec les yeux de l’exilé, les yeux d’un Grec.

Il s’est mis en quête d’un nouveau nous : le personnage collectif de son pays, dont il avait déjà pressenti l’existence avant de quitter la Grèce, qu’il avait déjà maladroitement esquissé, mais qu’il avait depuis lors oublié, avant de le retrouver inopinément, cet après-midi au parc Monceau.

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Ce qui ne lui vient même pas à l’esprit, c’est qu’il va voir désormais ce nouveau nous – il a déjà commencé à le voir, ce soir – avec le nouveau regard que ces « autres» lui ont apporté.

 

2

À compter de ce soir-là, la Grèce était devenue pour lui un conte, un conte sans fin qu’il composait surtout pour elle, à l’aide de tous ses souvenirs, mais plus encore de la nostalgie et de l’imagination, pour combler ses trous de mémoire. Comme s’il avait quitté la Grèce encore enfant et ne pouvait se la rappeler que vaguement. Mais n’était-ce point le cas, après tout ? N’avait-il pas vécu son adolescence si confiné dans son cocon que, tel un petit enfant, il ne s’était quasiment pas aperçu de ce qui se passait autour de lui, comme s’il en avait été absent par l’esprit ? Et voilà qu’à présent il en était absent physiquement. Après la disparition de Haris, il avait entamé une vie nouvelle et rompu tous les fils qui l’attachaient à l’ancienne – du reste, il n’avait plus « là-bas » aucun ami ; il ne correspondait avec personne. Et ici, à Paris, il ne voyait aucun Grec en dehors de Vassilis – qui avait, lui aussi, plus ou moins coupé les ponts avec la Grèce. Il y avait deux ans qu’il n’avait plus rien lu, plus rien écrit en grec ; il ne s’était occupé de rien qui eût un rapport avec la Grèce. Qu’est-ce qui le rattachait encore à cette lointaine patrie ? Rien d’autre, croyait-il, que sa mère et sa maison qui l’y attendaient toujours.

Mais à présent il ne cessait de penser à la Grèce – quand ses connaissances empiriques sur ce pays étaient incertaines, il n’hésitait pas à l’inventer, à le fabriquer à partir du matériau que ses nouvelles lectures lui fournissaient (il s’était mis soudain à dévorer tous les écrits relatifs à la Grèce qui lui tombaient sous la main). Aussi était-il libre d’en composer l’image qu’il souhaitait, dont il avait besoin.

Et la Grèce prenait en lui la forme d’une vision lointaine, inaccessible : un pays immaculé et lumineux ; un rivage désert sous un ciel limpide ; un matin clair, un matin grec comme les autres – qui pourtant devait être à tout jamais le premier matin du monde.

La Grèce ! Derrière les caractères d’imprimerie d’un énorme traité de droit administratif, il entrevoyait désormais tous les soirs, à la lumière de sa lampe, ce rivage, ce matin, cette Grèce pure et virginale, telle une page blanche sur laquelle il écrirait un jour sa propre trace. (Que de choses utiles à son pays il allait pouvoir accomplir dorénavant ! Dans la lumière grecque le savoir accumulé dans la nuit parisienne s’avérerait plus fécond !)

Faire une œuvre en Grèce ! Il ne pensait pas qu’à lui, mais à tous les hommes qui décideraient de revenir un jour dans cette lumière… Il rêvait d’une aurore sur ce rivage, dans l’immensité du ciel et de la mer ; une aurore où tout retrouverait sa pureté originelle, où la société, la civilisation, la vie prendraient un nouveau départ : comme dans les poèmes visionnaires de Hölderlin sur la Grèce, qu’il lisait pour la première fois ; ou dans les songes de certains héros de Dostoïevski qui ramenaient le rêveur trois mille ans en arrière, sur une plage de la mer Égée – le songe de l’« homme ridicule », de Versilov dans L’Adolescent… La Grèce n’était-elle pas l’aube de notre civilisation européenne ? D’une civilisation qui avait connu tant de matins de renouveau, de résurrection – des renaissances, des mouvements artistiques, des éclosions et des révolutions culturelles. Mais la nuit était tombée. Quand l’aube reviendrait-elle ?

Cette question avait surgi en lui un soir dans sa chambre, pendant qu’il écoutait un disque qu’il venait d’acheter – le concerto grosso opus 6, numéro 10 de Haendel, cet allegro qui s’était d’emblée imprimé dans son esprit. Oui, une fois de plus, la civilisation européenne avait peut-être sombré dans la nuit ; pourtant, cet allegro serein, majestueux, triomphal, si solidement enraciné dans la tradition de l’Europe, nourri par sa terre fertile, évoquait aussi une aurore – il évoquait la Grèce. Ne montrait-il pas que la Grèce continuait à vivre dans l’Europe ? – une Grèce idéale, bien sûr, bien différente de la province miséreuse qu’il avait laissée derrière lui, dans une Europe idéale, bien différente de la métropole crépusculaire qu’il avait trouvée en venant ici. Et si tel était le cas, l’autre Grèce ne pourrait-elle pas revenir un jour en Europe – et d’abord dans la Grèce elle-même ?

Oui, la Grèce était cette aube que tout le monde attendait, consciemment ou inconsciemment, dans ces brumeuses cités du Nord ; la Grèce était la lumière – le remède à la nuit de l’Europe et aux ténèbres de l’âme ; la Grèce était la révolte contre l’absurdité du monde ; la Grèce était l’amour et, peut-être, le monde de Dieu.

Et il revoyait en lui une lointaine image, dont il se demandait de quelles profondeurs de la mémoire elle pouvait remonter : il voyait Anastasia, la vieille femme de ménage qui travaillait chez eux dans son enfance et qui, lorsqu’elle laissait tomber un morceau de pain de la table de la cuisine où elle déjeunait, se signait, puis portait le pain à ses lèvres pour le baiser avec une infinie dévotion. Quel sens profond dans ce geste naïf ! Quelle foi dans le caractère sacré de la nourriture ! Quel respect pour le mystère de la vie ! Les femmes de ménage françaises, si une telle chose leur arrivait, devaient probablement jeter le morceau de pain à la poubelle. Comment auraient-elles pu ressentir ce que ressentait Anastasia – elles qui ne pensaient qu’à leur salaire, à la sécurité sociale et aux congés payés ?

« Tu exagères, Yannis », lui avait dit Jacques, à qui il avait confié sa pensée, le lendemain après-midi, quand ils s’étaient assis au Soufflot. « Tu exagères. Si je ne te connaissais pas, je me dirais que tu deviens raciste. Ne vois-tu pas qu’un tel comportement s’explique par la différence de niveau de vie, de développement social et culturel entre nos deux pays ? Tout simplement, vous vivez dans une société rurale, pieuse, autoritaire et sous-développée, et nous, dans une société industrielle, sécularisée, laïque, démocratique et développée… » Il n’avait malheureusement pas réussi à faire partager son enthousiasme à son ami, qui tenait un discours de manuel de sociologie. Mais était-ce bien le problème ? Jacques avait forcément tort, il ne pouvait pas avoir raison – même si, de son côté, il se sentait incapable de lui apporter la contradiction. Et pour tout argument, il murmurait à nouveau la « prière » de Prométhée, cette prière qui ne s’adressait pas au père des dieux, qui lui avait infligé un châtiment implacable pour le bien qu’il avait fait à l’humanité, mais à cet univers divin qui se trouvait au-delà et au-dessus des hommes et des dieux.

Oui, la Grèce, c’était d’abord ce souffle divin qui traversait tout : le ciel, les vagues, la terre, et le pain quotidien. Un souffle qui habitait ce pays depuis des millénaires – même si la religion de ses hommes avait radicalement changé depuis lors ; même si tant de conquérants, de peuples, de cultures étaient passés sur ses terres. Mais cela, les Occidentaux, ces Wisigoths, pouvaient-ils le sentir, dans leurs villes brumeuses, crépusculaires ? Comment auraient-ils pu le deviner, dans ce monde désenchanté, désacralisé, desséché, qu’ils avaient bâti depuis deux siècles, sans même s’en rendre compte – ce monde que tout souffle divin avait déserté ?

Mais elle, elle qui connaissait la solitude et la nuit des hommes dans cette ville, elle qui le regardait avec une confiance grandissante, elle devait pouvoir le sentir, elle commençait déjà à le sentir – il le voyait clairement dans son regard. Et le conte ne faisait que croître et embellir, alimenté par de nouvelles lectures, par de nouveaux souvenirs (que de mondes enfouis la nostalgie avait soudain ramenés à la surface !), et il le reprenait chaque soir – comme cet autre conte que son père lui racontait autrefois, quand il lui parlait de sa Grèce, de sa Crète, le soir, pendant son enfance à Athènes.

Il était à présent plein de projets et d’espérances. Ce qu’auparavant il appelait « poésie », « amour », « vie » avait pris un nouveau nom – pour lui, tout cela s’appelait désormais la Grèce. Et tous deux ne rêvaient plus que d’une chose : l’été prochain, au mois d’août, ils y étaient résolus, ils fêteraient ses vingt ans en Grèce ; elle se passerait, s’il le fallait, de l’accord de sa mère, qui pourrait bien la chasser de chez elle en septembre, comme elle en brandissait la menace ; ils aviseraient et trouveraient une solution ; au besoin, ils vivraient ensemble dans sa petite chambre… Mais, pour l’heure, ils comptaient les mois, les semaines, les jours qui les séparaient encore des vacances, avec une impatience qui ne cessait de grandir – une impatience qui, pour lui, était mêlée d’inquiétude : comment retrouverait-il son pays après ces deux années d’absence – deux années qui étaient devenues une vie ?

 

Ce texte est extrait du roman Double exil, à paraître le 9 janvier 2014 aux éditions Verdier. Il a été traduit du grec par René Bouchet.

LE LIVRE
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Double exil de Le premier matin du monde, Verdier

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