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Il n’y a pas de quoi avoir peur

Ils volaient aux frontières de la mort, et rien de ce qui avait au fil des ans tissé autour de lui un impénétrable cocon n’avait plus aucune importance. Sa solitude était comme une pierre moussue qui se serait soudain mise à rouler à toute allure, faisant valser tout ce qui la recouvrait. D’un geste protecteur, il posa sa main adoucie par des années de confort sur la joue de la femme.

L’homme était assis depuis un moment sur son siège quand il sentit qu’on lui tirait la manche. Il sursauta, étonné, les contacts physiques lui étaient devenus étrangers, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas senti quelqu’un le toucher, le solliciter. L’inconnue avait posé la main sur son bras. Il se tourna vers elle, la regardant réellement pour la première fois. Il vit un visage étroit aux traits fins sous un chapeau de voyage noir, encadré par la fourrure grise d’une étole. Des yeux grands ouverts le fixaient sans timidité. La femme fit un signe de tête vers le hublot, ses lèvres formèrent un mot : « Regardez. » Mais le grondement des moteurs couvrait sa voix. L’homme regarda. L’avion montait en oblique vers les nuages. La terre s’étendait sous eux à l’infini, inclinée, et la silhouette de la grande ville s’estompait peu à peu dans la brume. Sur les routes, qui, tels des rubans rectilignes gris acier, découpaient le paysage en parallélogrammes bruns et roux, progressaient dans le lointain, les unes derrière les autres, des colonnes de véhicules pareils à des jouets dérisoires. L’homme distingua de gros canons tirés par des tracteurs et des tourelles de chars d’assaut et hocha la tête en signe de compréhension. L’appareil plongea dans les nuages et il n’y eut plus autour d’eux que la grisaille mouvante de la brume, qui jeta une ombre sinistre jusque sur le visage de la femme. La porte du cockpit s’ouvrit et le jeune radio, presque encore un adolescent, s’avança dans la cabine. Son visage se tordit en une tentative de sourire poli. L’avion émergea dans la lumière et le soleil fit naître une ombre verdâtre autour de son nez. « Nous n’avons pas de steward à bord, cria-t-il en allemand en se penchant vers eux, articulant soigneusement comme un collégien. Avec votre permission, je peux vous servir quelque chose. » Il lança un regard interrogatif à la femme et commença à répéter ses explications en anglais. Elle l’interrompit d’un geste. L’homme déclara qu’un verre de cognac ne serait pas de refus. Ravi de la commande, le jeune homme se dirigea vers l’arrière de la cabine, marchant prudemment entre les rangées de sièges vides. Un instant plus tard, il revint avec une bouteille à la main, portant des verres sur un plateau. L’homme interrogea du regard sa compagne de voyage, qui hocha la tête. Le radio les servit tous les deux et remporta la bouteille. « À votre santé », dit la femme en desserrant son étole grise et en levant son verre. Au loin, à l’horizon, une chaîne de sommets enneigés émergea de la mer de nuages. « Les Carpates », s’exclama-t-elle. Sa bouche rose était entrouverte et ses yeux arrondis comme devant un miracle. « Les Carpates, annonça le radio en repassant à côté d’eux avec une courbette polie. Avec votre permission, nous volerons sans escale jusqu’à notre destination finale. Nous avons plus d’une heure de retard et un centre dépressionnaire approche depuis l’est. » Il retourna dans le cockpit et ferma la porte derrière lui. Ils étaient de nouveau seuls dans la cabine déserte. « Vous avez froid ? » demanda l’homme. La femme secoua la tête et serra son plaid autour de ses genoux. Ses yeux brillaient. Elle avait le buste étroit et la poitrine creuse. Il haussa les épaules, vida son verre et le posa dans le porte-gobelet. Puis il étala son pardessus sur ses genoux, se cala dans son siège et s’endormit. Le soleil continua de briller un instant d’une lumière rouge à travers ses paupières avant de s’assombrir et, en rêve, il parcourut à nouveau un interminable couloir derrière une infirmière vêtue de blanc, puis serra dans ses bras une enfant épuisée et brûlante de fièvre dans une chambre aux murs peints d’un vert froid. Il sentait contre sa poitrine les battements effrayés de son cœur tandis qu’elle gémissait et murmurait : « Papa. » Puis le noir, une secousse, et il s’arracha en sursaut à son rêve, ouvrit les yeux et se redressa. L’appareil avait brusquement tangué, l’atmosphère s’était obscurcie et une pluie de grêlons rebondissaient sur les vitres à la hauteur de ses yeux. Le grondement des moteurs couvrait leur crépitement, mais les immenses ailes de l’avion oscillaient et la radio émettait sans discontinuer ce qui semblait être des signaux de détresse. L’homme jeta un coup d’œil à sa compagne de voyage. Elle était assise, son plaid sur les genoux, le visage livide. L’avion fendait la masse roulante des nuages, moteurs rugissants comme en péril de mort. Le radio entrebâilla la porte du cockpit et leur jeta un coup d’œil. Il mit ses mains en porte-voix devant sa bouche et cria à pleine gorge : « Tout va bien. » L’homme se leva et le rejoignit, prenant appui sur les dossiers des sièges pour parer aux secousses. « Un centre dépressionnaire approche depuis l’est, expliqua le radio. Nous tentons de le contourner, mais nous ne pouvons pas trop nous écarter de notre route. Beaucoup de zones sont interdites par ici. — Même en cas de tempête ? s’étonna l’homme. — En situation normale, peut-être, mais aujourd’hui… » Le radio haussa les épaules et l’homme vit ses paupières tressaillir de peur. Au même moment, l’avion changea nettement de cap. Le radio regagna son poste en refermant la porte derrière lui. L’homme eut le temps d’apercevoir le pilote assis devant son tableau de bord, le dos droit. Le gros appareil tanguait violemment. Dans les trous d’air, l’homme prenait instinctivement appui des pieds sur le sol. Par une soudaine déchirure des nuages, il vit une paroi rocheuse se dresser tout près. L’avion prit brusquement de l’altitude, jusqu’à ce qu’un coup de vent plus fort que les précédents le jette sur le côté. L’homme siffla entre ses dents et se tourna pour regarder sa compagne de voyage. Celle-ci était assise, immobile, les yeux fermés, remuant en silence les lèvres. Ses doigts fins agrippaient son plaid, sur ses genoux. Son étole lui cachait
le cou. Elle portait à la main gauche une fine bague ornée d’un diamant gros comme un pois serti dans un chaton arachnéen. L’aiguille de l’altimètre, sur la cloison séparant la cabine du cockpit, se mit soudain à descendre rapidement. La radio émettait des signaux frénétiques. La masse fuyante des nuages resta au-dessus d’eux. La terre apparut, accidentée et inculte. Les rafales de vent y soulevaient d’énormes tourbillons de poussière. L’avion se stabilisa, l’aiguille de l’altimètre tressaillait sur place. Le radio sortit encore une fois du cockpit. Il se courba vers l’homme. La femme ouvrit soudain les yeux et se pencha pour écouter. « Les turbulences atmosphériques nous ont fait dévier de notre route, cria le radio. Tout va bien, nous contrôlons l’appareil. Mais toutes les stations diffusent des avis de tempête. Je viens de déterminer notre position. Nous approchons d’un aérodrome de secours indiqué sur la carte. Nous allons nous y poser, avec votre permission. C’est plus sûr. » Le pilote apparut à la porte du cockpit, la mine tendue. Son collègue retourna à sa place. La radio se mit de nouveau à émettre des signaux fébriles. Le sol s’inclina sous l’appareil, un terrain nivelé et dégagé apparut de biais. La femme tendit le cou et écouta avec attention. Sa bouche s’ouvrit et une lueur étrange passa dans ses yeux. Sa main étroite saisit l’épaule de l’homme et la serra avec une vigueur surprenante. « Ils nous interdisent d’atterrir, lui murmura-t-elle à l’oreille. Ils nous interdisent formellement d’atterrir. » Les signaux de la radio s’accélérèrent encore. « Vous comprenez le morse ? » demanda l’homme incrédule. L’aiguille de l’altimètre descendait toujours. L’appareil décrivit une large courbe au-dessus de la portion aplanie du sol moutonneux. On y voyait courir des soldats, qui se regroupèrent en bordure de la piste. Une secousse ébranla l’avion, si fort que l’homme eut l’impression d’avoir reçu un coup de pied dans le ventre. Une série de perforations apparurent dans l’aile argentée qui oscillait sous son regard. L’appareil se cabra. Le sol et la piste se dressèrent soudain en un mur vertical. « Ils… ils nous tirent dessus, dit l’homme sans en croire ses yeux. C’est impossible. » La terre reprit une position plus horizontale. Puis le paysage s’assombrit et l’avion replongea dans les nuages. Une bourrasque s’en saisit, étouffant le grondement des moteurs. La radio se tut. « Est-ce que je peux m’asseoir à côté de vous ? » demanda la femme. L’homme hocha la tête et elle s’approcha d’un pas vacillant, se tenant à l’accoudoir. Ils restèrent là côte à côte, et elle posa sa main étroite sur la sienne. Elle était brûlante. « Vous avez de la fièvre », dit l’homme. La femme avait les yeux brillants. Elle avait perdu de sa pâleur. Elle haussa les épaules et pointa sa poitrine du doigt. « Je suis en route pour l’Égypte, expliqua-t-elle. Le mois de mars est dangereux dans le Nord. Les poumons. » L’avion fendait en hurlant l’avalanche de nuages, secoué par les rafales de vent. Le radio sortit du cockpit, regarda par le hublot la ligne d’impacts sur l’aile de l’appareil et secoua la tête. « Nous poursuivons notre route », cria-t-il, perçant le rugissement des moteurs. Il gagna ensuite l’arrière, revint avec la bouteille de cognac à la main et la proposa d’un geste. La femme refusa d’un signe de tête, l’homme tendit son verre. Le radio le servit, puis s’assit sur l’accoudoir du siège voisin, de l’autre côté de l’allée, et s’en versa aussi un verre avant de caler la bouteille dans le porte-gobelet. « Vous avez peur ? » demanda-t-il en tentant de sourire. Aucun des deux ne répondit. Il vida son verre d’un trait et resta à le faire tourner entre ses doigts. L’homme perdit patience. « Pourquoi n’êtes-vous pas à votre poste ? » demanda-t-il sèchement. Sans répondre, le jeune homme jeta négligemment son verre par terre et lui fit signe de venir voir par lui-même. Après avoir hésité un instant, l’homme le suivit. Arrivé à la porte du cockpit, il comprit. Une rangée de trous et de lézardes courait à travers le large tableau de bord. Les verres de deux cadrans aux aiguilles tordues avaient volé en éclats. Le radio attrapa son écouteur et le secoua. Le visage empourpré, il criait et jurait dans une langue étrangère à l’homme. Le pilote pivota soudain sur son siège, tendit le bras et jeta son collègue à sa place si brutalement que celui-ci cria de douleur. Puis il se tourna avec un sourire forcé vers son passager. « Pardonnez-le, monsieur, dit-il en allemand. Il n’est pas encore titularisé. Il vient de terminer ses études. Mais comme vous pouvez le voir, ils visent bien. » Il montra les impacts de balle sur le tableau de bord. « Mais pourquoi nous ont-ils interdit d’atterrir ? » demanda l’homme. Le pilote secoua la tête. « Mobilisation, supposa-t-il. Déclaration de guerre. Nous survolons les frontières de quatre États et l’un d’entre eux n’existera peut-être plus demain. Qui sait. Nous ne pouvons malheureusement plus déterminer notre position. La radio est hors d’usage. — Est-ce que je peux fumer une cigarette ? » demanda calmement l’homme. Le pilote lança un coup d’œil à son collègue, puis le regarda d’un air sévère. « Mieux vaudrait l’éviter, dit-il. Ça me serait égal, sinon, mais le réservoir d’essence fuit peut-être. La jauge est cassée et je ne peux pas vérifier. » L’homme hocha lentement la tête. « Ah », dit-il seulement. Il réfléchit un instant et demanda : « Est-ce que je peux vous être utile à quelque chose ? » Mais l’inanité de sa question lui apparut aussitôt et il haussa les épaules. L’avion émergea des nuages et la clarté l’aveugla. Il se pencha pour regarder vers le bas. L’appareil tanguait violemment et son ombre filait sur la masse de nuages mouvante, sous eux. Le vent hurlait à travers les déchirures de l’aile. Le radio, le teint vert, enfouit son visage dans ses bras. « Pardonnez-le, dit le pilote. Ce n’est qu’un gamin. » Il scruta l’homme du regard et sourit de nouveau. « Vous êtes sans doute officier ? — Non », répondit l’homme, et il fut empli d’un désir enfantin, dont il eut lui-même honte un instant plus tard, de mettre en avant sa nationalité. « Je suis juste finlandais. — Je sais, assura le pilote avec un hochement de tête approbateur. C’est le sport. Chez nous aussi on joue beaucoup au football. » Les aiguilles des cadrans intacts oscillaient. Le soleil jouait sur le visage hâlé du pilote. L’homme tourna les talons et referma derrière lui la porte du cockpit. La femme entrouvrit les yeux quand il la rejoignit. « Pourriez-vous me tenir la main, s’il vous plaît, demanda-t-elle simplement. J’ai peur. » L’homme serra sa main brûlante avec un petit rire apaisant : « Il n’y a pas de quoi avoir peur. » Des années plus tôt, il avait tenu dans ses bras son enfant mourante. Il n’y avait pas de quoi avoir peur, il le savait. Car à l’approche de la mort, le visage de l’enfant avait prit un air heureux. Après bien des souffrances. L’avion replongea dans les nuages. L’obscurité était telle que l’homme ne distingua plus, dans le pâle visage de la femme, que ses yeux brillants. Il enserra fermement sa main dans sa poigne solide. D’immenses lambeaux de nuage défilaient autour d’eux et les hublots s’étaient couverts d’une couche de glace qui fondait en torrents de gouttelettes. La femme se pencha vers lui. « Je vous connais, non ? », dit-elle d’une voix étonnée, et elle posa sa joue contre sa manche. Elle se pressa si fort contre le tissu rêche qu’il sentit la chaleur de son visage sur les muscles de son bras. À cet instant, pour la première fois depuis de longues années, il fut empli de l’aveuglante conscience d’être vivant, vivant. Sa vie lui appartenait, il était libre, il n’avait de comptes à rendre à personne. Ils volaient aux frontières de la mort, il le savait parfaitement, et rien de ce qui avait au fil des ans tissé autour de lui un impénétrable cocon n’avait plus aucune importance. Sa solitude était comme une pierre moussue qui se serait soudain mise à rouler à toute allure, faisant valser tout ce qui la recouvrait. D’un geste protecteur, il posa sa main adoucie par des années de confort sur la joue de la femme. Une averse de neige engloutit le grand avion. Les flocons, lancés tels des traits fulgurants, explosaient contre les hublots. De sourdes détonations percèrent le rugissement des moteurs et l’aiguille de l’altimètre se mit à descendre rapidement. Sur la cloison du cockpit, un signal rouge s’alluma : Attachez vos ceintures. Il s’alluma et s’éteignit, s’alluma et s’éteignit. L’homme comprit que le pilote voulait attirer son attention. L’appareil fonçait en tanguant dans la tempête de neige, ses moteurs poussés à bout grondant par saccades. Un sombre paysage de rochers surgit soudain telle une muraille sur le côté de l’avion, puis un immense tourbillon l’emporta dans un hurlement de moteurs désespéré. L’homme regarda le décor de sa mort. Il était triste et noir, fait de cimes anguleuses, avec au loin, hors de portée, une plaine brune. Le signal rouge s’alluma et s’éteignit de nouveau dans la cabine plongée dans la pénombre. L’homme attacha rapidement la ceinture de la femme et se prépara à prendre appui des pieds et des mains sur le siège devant lui. Le sol se précipitait de biais à leur rencontre. Soudain, ils levèrent tous deux la tête et se regardèrent. Un terrifiant silence les entourait. On n’entendait plus que le sifflement sauvage du vent dans les déchirures de l’aile géante de l’appareil. Les moteurs s’étaient arrêtés, la terre se ruait vers eux avec ses noirs versants aux arêtes vives, l’aiguille de l’altimètre descendait inexorablement. Le gros avion de ligne ne pouvait se poser sans dommages dans cette vallée encaissée. C’était une pure impossibilité. Sa vitesse exigeait de l’espace, son poids une piste solide. Pendant une éternité, la terre se rua vers eux. Puis les deux moteurs latéraux se remirent en marche, cognant irrégulièrement, et l’appareil tenta de reprendre de l’altitude. Mais c’était comme si d’énormes masses d’air s’étaient jetées sur lui depuis le ciel pour le secouer, et l’homme s’agrippa au dossier du siège devant lui, songeant avec un calme glaçant à toutes les chances qu’il avait gâchées dans sa vie. « Bonne nuit », dit doucement la femme. Sa voix était parfaitement sereine, mais tout son corps tremblait, retenu par sa ceinture de sécurité. Ses lèvres, ses pommettes et le coin de ses yeux tressaillaient. L’aiguille de l’altimètre approchait de zéro. Une crête d’un brun sombre passa sous eux. L’avion frôla la cime de buissons et pénétra dans une vallée dont il ne pouvait ressortir. Le signal rouge s’alluma une dernière fois, comme en guise de joyeux adieu. Un déchirant bruit de casse sous leurs pieds. L’homme vit l’immense aile gris acier, à côté de lui, plier avec une facilité déconcertante. Il se cala dans son siège et banda les muscles de ses bras et de ses jambes. L’avion se cabra, les hélices se brisèrent et les moteurs s’écrasèrent en hurlant, la cloison du cockpit s’enfonça dans la cabine et les vitres des hublots volèrent en éclat. Ce n’est qu’une fois le fracas et le bruit du verre cassé parvenus aux oreilles de l’homme que vint le choc, si puissant que ses poumons se vidèrent et qu’il se sentit écrasé comme un insecte sous un marteau. Il eut le temps de voir la femme se plier en deux à ses côtés, retenue par sa ceinture. Puis l’avion bascula et s’immobilisa. Mais son ouïe ne percevait plus aucun son et ses yeux ne voyaient plus rien.   Ce texte est extrait de Ce genre de choses n’arrive jamais, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.
LE LIVRE
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Ce genre de choses n’arrive jamais de Mika Waltari, Actes Sud, 112

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