Les affinités orientales de Goethe

L’an dernier, l’Allemagne se déchirait autour de l’ouvrage de Thilo Sarrazin, qui accusait l’immigration, essentiellement musulmane, d’abêtir son pays. De cette polémique, qui monopolisa l’attention des médias pendant de longues semaines, naquit un débat secondaire, assez surprenant : Goethe était-il un ami ou un ennemi de l’islam ? Le grand écrivain a toute sa vie porté un grand intérêt à l’Orient, qui culmina avec la rédaction, à partir de 1814, de l’un de ses ouvrages poétiques majeurs, Divan d’Orient et d’Occident

L’an dernier, l’Allemagne se déchirait autour de l’ouvrage de Thilo Sarrazin, qui accusait l’immigration, essentiellement musulmane, d’abêtir son pays. De cette polémique, qui monopolisa l’attention des médias pendant de longues semaines, naquit un débat secondaire, assez surprenant : Goethe était-il un ami ou un ennemi de l’islam ? Le grand écrivain a toute sa vie porté un grand intérêt à l’Orient, qui culmina avec la rédaction, à partir de 1814, de l’un de ses ouvrages poétiques majeurs, Divan d’Orient et d’Occident. Les Belles Lettres en proposent une nouvelle traduction (de Laurent Cassagnau) accompagnée de l’ensemble des « notes et dissertations » que Goethe avait rédigées « pour une meilleure compréhension du Divan ». Elles manquaient à la seule édition de son recueil encore disponible en France (chez Gallimard).

« Goethe reprochait avant tout à l’islam de discréditer l’amour et d’imposer la soumission des femmes. Il n’approuvait pas non plus l’interdiction de l’alcool », note Manfred Osten dans le Neue Zürcher Zeitung. Pour le reste, l’Allemand fit preuve d’un engouement atypique pour la culture islamique : « Il partage le rejet d’un Voltaire pour le fondamentalisme, mais prend ses distances vis-à-vis de l’image négative de Mahomet qui prévaut à son époque. » Pour lui, le Prophète est avant tout un immense génie créateur. Dans sa jeunesse, il envisage même de lui consacrer un drame en cinq actes. De ce projet ne reste qu’un long poème…

Assimilation créatrice

En fait, davantage que la découverte du Coran, c’est celle du poète persan Hafiz qui va se révéler décisive. « La lecture du Diwan d’Hafiz est pour Goethe un choc d’une telle intensité qu’il se sent menacé dans son inspiration même : il réagira sur le mode de l’appropriation active, de l’assimilation créatrice du modèle admiré », explique Laurent Cassagnau dans sa préface. À la même époque, l’écrivain vieillissant s’est épris de la jeune Marianne Willemer, fille adoptive puis épouse de l’un de ses amis. Dans cette relation, qui resta sans doute platonique, Hafiz joue un grand rôle. Goethe a offert un exemplaire du Diwan à Marianne, qui leur sert à « échanger une correspondance codée » : leurs lettres comportent des chiffres renvoyant au volume et à la page de l’édition allemande de Hammer. « Le destinataire était invité à reconstituer des citations qui s’organisaient alors, tel un collage, en missive sentimentale. » Ils s’adressent également des poèmes. Goethe intégrera d’ailleurs une partie de ceux de Marianne à son recueil,  qui naît finalement autant de sa « plongée dans la poésie persane et arabo-musulmane » que de « la sublimation de son inclination » pour sa belle correspondante.

Le résultat « n’est pas un livre de la division, mais de la communion, du respect et du dialogue entre les cultures », estime l’écrivain Thomas Lehr dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Ou, pour le dire dans les termes de Goethe lui-même : « L’Orient magnifique / A franchi la Méditerranée. / Seul celui qui aime et connaît Hafiz / Sait ce qu’a chanté Calderón. »

LE LIVRE
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Divan d’Orient et d’Occident, Les Belles Lettres

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