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Les marins de la Préhistoire


Bateaux au bord du lac Malawii_pinz

Une famille d’Homo sapiens navigue à bord d’un canoë le long d’une côte d’Asie du Sud-Est, il y a environ 60 000 ans. Ses ancêtres sont venus d’Afrique plusieurs milliers d’années auparavant. Aucun être humain ne s’est encore aventuré au large. Le groupe d’Homo sapiens essaie de ne pas s’éloigner du rivage, mais sa maîtrise des vents et des courants est nulle. Une bourrasque emporte l’esquif. Il dérive sur des kilomètres et des kilomètres, jusqu’à atteindre l’Australie. Telle est l’une des hypothèses permettant d’expliquer les premiers peuplements de l’île-continent – pour peu que la mésaventure se soit répétée avec plusieurs embarcations. Contrairement à l’Amérique, Sahul (la plateforme continentale qui réunissait alors l’Australie et la Nouvelle-Guinée) ne pouvait être atteinte que par la mer.
Mais l’anthropologue Brian Fagan ne croit pas que sa découverte ait été accidentelle. Avec d’autres, il postule que les premiers marins hauturiers savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Ils avaient appris la navigation côtière – un art bien plus ardu que de voguer en pleine mer. Ils devaient pressentir qu’une terre se trouvait au-delà de la ligne d’horizon. Les colonnes de fumée dégagées par les feux de forêt, les vols d’oiseaux, la formation des nuages au loin le leur indiquaient probablement. Fagan note que le niveau très bas des mers lors de la dernière ère glaciaire raccourcissait considérablement les distances. Au pic de la période, il y a 18 000 ans, le continent asiatique s’étendait jusqu’au détroit de Lombok. Ce qu’on appelle la Wallacea (un ensemble d’îles incluant Sulawesi) n’était qu’à une trentaine de kilomètres. Elle-même n’était séparée de Sahul que de 100 kilomètres. Toujours d’après Fagan, l’observation des vents saisonniers donnait aux navigateurs préhistoriques l’espoir de revenir un jour à leur point de départ.
Intentionnellement ou non, des hommes avaient dû effectuer des traversées bien avant les premiers habitants d’Australie et de Nouvelle-Guinée. Des pierres taillées ont été retrouvées en Crète, près de Plakias. Elles attestent la présence d’Homo sapiens ou d’Homo neanderthalensis il y a 130 000 ans. Or la voie maritime était la seule possible. Plus près de l’Australie, sur l’île de Florès, des fouilles ont mis au jour un outillage vieux de 700 000 à 800 000 ans. On pense que ses créateurs avaient dû, pour arriver là, traverser un bras de mer d’une dizaine de kilomètres maximum.

LE LIVRE
LE LIVRE

Au-delà de l’horizon bleu : comment les premiers marins ont révélé les secrets des océans de Brian Fagan, Bloomsbury, 2012

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