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Les Rockefeller du fracking

Qui aurait parié, il y a dix ans, que les États-Unis deviendraient, fin 2013, le premier producteur mondial de pétrole, devant la Russie et l’Arabie saoudite ? À l’époque, les grandes compagnies américaines délaissaient le territoire national au profit de puits à l’étranger et de plateformes offshore. Depuis, le fracking, cette technique de fracturation de la roche permettant l’accès aux schistes bitumineux, s’est développé et, partout dans le monde, de grandes entreprises gourmandes en énergie se préparent à délocaliser leur production vers la première puissance économique mondiale. « La plupart des Américains ont entendu parler de ce brusque retournement de tendance ; moins savent comment il s’est produit, et quels en furent les acteurs », souligne Gary Sernovitz dans The New Republic à propos de The Frackers, le premier

livre qui entend répondre à ces deux questions.

Journaliste au Wall Street Journal, son auteur, Gregory Zuckerman, fait un portrait sidérant de la poignée de foreurs obscurs mais tenaces à l’origine de cette révolution. Le plus extraordinaire d’entre eux est peut-être Harold Hamm. Treizième enfant d’une famille de fermiers pauvres de l’Oklahoma, il eut sa première paire de chaussures neuves à 5 ans, et n’a pu aller à l’université. « Il parlait comme un plouc », raconte l’un de ses amis. Aujourd’hui à la tête d’un patrimoine estimé à 12,4 milliards de dollars, le « plouc » est la 33e fortune de la planète.

S’il raconte une histoire typiquement américaine, celle d’ingénieurs et d’entrepreneurs obstinés, qui ont cru à ce qu’ils faisaient contre l’avis de tous les experts, le récit de la vie de ces « nouveaux Rockefeller » ne dit en revanche pas grand-chose des conséquences environnementales de la fracturation. Ce que regrettent Dwight Garner, le critique du New York Times, et son confrère du Los Angeles Times, soulignant que cette technique vouée aux gémonies par les écologistes et la classe politique européenne fait aussi débat – dans une moindre mesure – aux États-Unis. Au contraire, Matt Ridley, apôtre du progrès technologique (lire Books, n° 16, octobre 2010, p. 20), regrette dans le Times de Londres que l’auteur ne profite pas de ce livre édifiant pour décortiquer les « mythes diffusés sur la contamination des nappes phréatiques, les fuites de gaz et autres problèmes » environnementaux.

LE LIVRE
LE LIVRE

Les frackeurs de Tout le savoir de la forêt, Penguin

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