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L’instinct maternel, oui, mais…

Ce concept flou recouvre une donnée élémentaire de la vie des mammifères que nous sommes. Mais de nombreux facteurs, prédits par la théorie de l’évolution, peuvent contrarier cet instinct. Source de négligence, de rejet, voire d’abandon ou d’infanticides.

L’idée qu’une mère pourrait ne pas être profondément attachée à son enfant a de quoi surprendre. Surprendre, du moins, ceux pour qui la femelle (1) est faite pour élever des petits et vient au monde avec toutes les marques de l’« instinct maternel », ce concept flou. Toujours prête à se sacrifier, patiente, attentionnée et passive, une mère normale veut bien sûr autant d’enfants que possible et va distribuer son amour infini à chacun de ses rejetons en toute équanimité. N’est-ce pas ? Tout manquement à cet idéal n’est-il pas anormal, l’indice d’une cruauté irresponsable, un désordre pathologique ou, pis, le signe d’un désir de déroger aux rôles institués par la tradition ?   Stratégies reproductives complexes Hélas ! Mère Nature – une vieille dame avec quelques mauvaises habitudes, disait George Eliot – n’a que faire des stéréotypes fondés sur des vœux pieux. La mère « normale » pas davantage. Les stratégies de reproduction de la femelle sont complexes. Elles font l’objet de multiples ajustements et compromis avec les autres acteurs du scénario de la vie : les mâles, les enfants, les étrangers et la famille au sens large. Les intérêts de ces autres acteurs peuvent, ou non, coïncider avec ceux de la génitrice. Dans tous les cas, Mère Nature n’a cure de porter un jugement moral, ni de décider qu’un sexe est plus « égoïste » que l’autre (2). Certains gènes sont transmis à la génération suivante, d’autres pas. Le problème qui fascine les spécialistes de l’évolution est de savoir pourquoi. Chez les mammifères, qu’on le veuille ou non, il existe des différences entre les sexes dont on ne peut faire abstraction. La femelle est celle qui ovule, porte l’enfant puis s’en occupe et l’allaite. Tout cela lui demande beaucoup d’énergie. Aux yeux du philosophe Herbert Spencer (3), ces coûts de la reproduction limitaient le développement intellectuel de la femme et laissaient peu de place à l’affirmation de différences individuelles : il n’y avait pas suffisamment de distinctions parmi elles pour que la sélection naturelle opère, et les femmes étaient nécessairement moins « évoluées » que les hommes. Ce beau raisonnement ignorait le fait que le processus peut s’appliquer à d’autres traits que l’intellect, du moins tel que défini par Spencer. Il n’accordait aucune attention aux multiples pressions de sélection qui s’exercent sur les femmes. Quelles sont-elles ? La littérature scientifique sur les stratégies de choix du partenaire chez les humains suggère que la femme a évolué principalement en termes de pouvoir d’attraction sur les mâles, la jeunesse et la beauté étant les principaux gages de son succès reproductif. Un simple coup d’œil aux magazines de mode suffit à l’étayer. Pourtant, comme le montre Sarah Hrdy, la femelle du Pléistocène (4) qui se fiait à son seul physique pour se reproduire efficacement avait peu de chances de rester mère très longtemps ni d’avoir des descendants Chez les humains, la faculté de séduire un mâle ne suffit pas, même si c’est évidemment un bon début. Pour assurer sa descendance, il faut commencer par avoir des enfants. Aucun de nos ancêtres n’a manqué à la règle. Cependant, comme l’a montré l’ornithologue David Lack, la femelle qui pond au maximum de ses capacités n’est pas nécessairement celle qui laisse la progéniture la plus abondante. Car la médaille a son revers : si elle fait autant de petits qu’elle le peut physiquement, sera-t-elle à même de les nourrir tous et de les protéger tous ? Sinon, quel est le nombre optimal ? Il est extrêmement compliqué de répondre à ce genre de question. Une multitude de facteurs entrent en jeu : l’environnement, l’âge de la mère, la qualité de la progéniture et l’ampleur de l’aide de l’entourage. Ce qui compte, du point de vue de l’évolution, ce n’est pas le nombre d’enfants qui naissent, mais le nombre d’enfants qui survivent pour se reproduire à leur tour. Ce qui nous amène à l’atroce cœur du sujet. Dans les espèces où les jeunes exigent un soin intensif, la survie même d’un petit nombre d’entre eux exige aussi du discernement. Manière polie de dire qu’il va falloir décider de qui doit vivre et qui doit mourir.   Un comportement « contre nature » Dans les années 1970, Hrdy étudiait le comportement des singes langurs en Inde (5). Il s’avéra que l’une des principales sources de danger, pour les bébés, était inattendue : il s’agissait des mâles adultes. De nombreux petits étaient tués lors de raids d’une autre troupe. Pis, les mères semblaient complices du massacre. Non seulement elles ne les protégeaient pas, mais elles récompensaient les agresseurs en s’offrant à eux, leur donnant ainsi la possibilité de transmettre leurs propres gènes. Pourquoi se comportaient-elles ainsi ? Dans une situation où elle a tout à perdre, où le bébé sera très certainement tué quoi qu’elle fasse, il n’y a sans doute pas meilleure stratégie pour la femelle que de copuler avec plusieurs mâles, chacun ayant une chance d’engendrer un enfant qui soit le sien. Dans la mesure où les mâles considèrent ces unions passées comme un indice de paternité, cela pourrait jouer en faveur des enfants à naître. Ces observations ont provoqué des réactions passionnées. Des anthropologues ont vivement dénoncé ce comportement jugé « contre nature ». Ce groupe de singes devait avoir quelque chose de « pathologique ». Comment les langurs pouvaient-ils se conduire d’une manière aussi évidemment contraire aux intérêts de l’espèce ? (C’était l’époque où la sélection de groupe était considérée comme l’explication des processus évolutifs (6).) Il était impensable qu’un tel comportement puisse avoir, dans certaines circonstances, un caractère adaptatif. Il fallait résister à cette idée, alors qu’une multitude de recherches nouvelles révélaient des attitudes comparables chez d’autres espèces (scarabées, araignées, poissons, oiseaux, souris, écureuils terrestres, chiens de prairie, loups, ours, lions, tigres, hippopotames et chiens sauvages) : dans certaines situations, la mère abandonne ou cannibalise ses enfants ; dans d’autres, des mâles étrangers, voire des mères rivales, lancent des attaques meurtrières contre des petits vulnérables. On pouvait à la rigueur admettre l’existence de vilaines pratiques chez certaines espèces d’oiseaux, mais il paraissait impensable que des primates se comportent de la sorte. Or ils le font. Et les
humains ne font pas exception. Dans les raids tribaux et les génocides à caractère politique, ce sont les enfants sans défense qui courent les plus grands risques. Même dans le havre de sécurité qu’est leur propre foyer, les jeunes sont exposés à la violence de mâles sans lien génétique. En Amérique du Nord, Martin Daly et Margo Wilson (7) ont ainsi montré que, si un beau-père ou un homme sans relation de parenté vit dans une famille où se trouve, en l’absence de son géniteur, un enfant de moins de deux ans, le bébé risque soixante-dix fois plus d’être tué que dans un foyer où le père biologique est présent. L’infanticide n’est pas propre aux humains mais, chez les autres primates, le tueur est presque toujours un mâle sans relation de parenté avec l’enfant ; la maman humaine est en revanche exceptionnelle par le niveau d’ambivalence maternelle dont elle fait preuve. D’un point de vue biologique, il n’y a guère de différence entre l’avortement, l’infanticide et l’abandon. Tous ces comportements témoignent d’une stratégie de réduction de la progéniture ou d’une réticence à investir sur un enfant en particulier. Peu de mères se décident à commettre un infanticide quand il existe une alternative comme le planning familial ou la possibilité de confier à d’autres le soin du bébé. Même l’abandon peut être considéré comme l’une des extrémités d’un continuum de soin, l’autre étant l’investissement maternel permanent. Il est largement pratiqué depuis l’Antiquité, dans les temps difficiles, face à une perte d’emploi ou de logement, ou pour dissimuler une naissance. Bien que le taux de mortalité dans les hospices pour enfants trouvés ait presque toujours été très élevé, les parents pouvaient toujours espérer que leur enfant survivrait, voire que son destin s’en trouverait amélioré. Sur les 21 000 naissances enregistrées à Paris en 1780, 5 % des bébés seulement étaient allaités par leur propre mère. Mais quand la nourrice vivait à domicile, le taux de mortalité était faible. Les familles qui pouvaient s’offrir ce luxe avaient souvent une ribambelle d’enfants, la mère n’étant pas soumise aux contraintes de l’allaitement. Est-ce à dire que ce sont là des mères contre nature, pathologiques, monstrueusement dépourvues d’instinct maternel ? Pour Sarah Hrdy, rien ne justifie un tel simplisme. La même mère qui élimine à regret un bébé né au mauvais moment, malformé ou indésirable pour toute autre raison, sera une mère aimante pour les suivants, si la situation s’améliore. Consciemment ou non, elle met en balance ses perspectives de reproduction, sa perception des ressources disponibles, son estimation de la viabilité de l’enfant et le degré d’assistance dont elle dispose. Les humains ne sont pas la seule espèce à faire ces calculs évolutionnistes, mais ils tranchent avec le reste du monde animal par leur flexibilité, leur faculté de faire des choix conscients ou inconscients et de les amender après la naissance.   Bataille entre la mère et son fœtus Le meilleur exemple en est peut-être la façon dont on manipule le ratio filles/garçons. L’infanticide sélectif est attesté dans plusieurs civilisations, notamment en Inde, en Nouvelle-Guinée, dans l’Italie antique et en Amérique latine. Il était courant en Chine avant même la politique de l’enfant unique. Pour différentes que soient ces cultures, elles ont autre chose en commun : ce sont les filles qu’on élimine – ou qu’on néglige, ce qui revient souvent au même. Elles sont particulièrement menacées dans l’élite des sociétés hiérarchiques où les hommes détiennent les richesses et en héritent, comme au Rajasthan. Mais là où les femmes bénéficient d’une niche économique, telles les plongeuses coréennes de l’île de Jeju-do, et sont la source d’une plus grande sécurité financière que les fils, les bébés filles sont plus valorisées. Une fois encore, l’investissement parental n’est pas soit existant, soit inexistant ; il dépend à la fois de la situation et des caractéristiques des enfants. Ce genre de considération conduit inexorablement à un autre aspect important de la thèse de Hrdy. Comme les biologistes de l’évolution Robert Trivers et William Hamilton (8) l’ont montré, les intérêts génétiques de la mère et ceux de ses petits se recoupent en partie mais pas complètement. La dyade mère-enfant n’est pas l’entité infailliblement harmonieuse dont certains psychologues du développement souhaiteraient nous faire rêver. Avant même la naissance, on peut assister à un conflit entre les gènes d’origine maternelle et les gènes d’origine paternelle, ou encore à une bataille entre la mère et son fœtus pour l’accès aux ressources nutritives. Par exemple, le placenta a évolué comme un parasite : il pompe directement le sang de la mère, allant jusqu’à dilater ses vaisseaux, l’empêchant de réguler le flux des nutriments destinés au bébé sans affamer ses propres tissus. Bon nombre des soi-disant désordres de la grossesse, comme le diabète, sont liés aux exigences du fœtus (en l’occurrence, pour du sang riche en sucre). Le conflit se poursuit après la naissance. Le bébé peut ainsi vouloir téter plus longtemps que ne le commanderait l’intérêt reproductif de sa mère (elle pourrait accroître son succès reproductif en investissant dans un nouvel enfant). Mais, comme l’observe Trivers, « un bébé ne peut pas plaquer sa mère au sol et téter à volonté ». Il peut, en revanche, user de moyens psychologiques, par exemple en piquant une colère. Bizarrement, alors que la plupart des mères jureraient qu’un gamin irritable et hurlant crée plutôt une réaction de rejet, il semble que les bébés faciles et agréables soient particulièrement négligés dans les périodes de sécheresse et de famine. Une fois encore, il s’avère que la mère ne prend pas automatiquement et indistinctement soin de ses enfants. On ne saurait sous-estimer l’importance de cette réalité, car c’est l’une des plus fortes pressions de sélection s’exerçant sur les nouveau-nés. Si la mère était toujours et totalement maternelle, ils n’auraient nul besoin d’être aussi sensibles aux signaux témoignant de son degré d’implication. Ils n’auraient pas eu besoin, non plus, de développer toute la gamme des adorables attributs, physiques et comportementaux, qui leur sont propres, pour s’attirer des soins. Chez une espèce d’échassier, la foulque, les parents donnent la béquée en favorisant les poussins qui paraissent les plus jeunes. Comment savent-ils que ce sont les plus jeunes et, sans doute, ceux qui ont le plus besoin de nourriture ? Les bébés foulques ont des couleurs plus vives que les adultes et de drôles de touffes de poils qui disparaissent avec l’âge. Il est possible que les adultes réagissent à de petites différences liées à ces traits. De fait, on observe une légère tendance des foulques à mieux nourrir les poussins aux couleurs les plus vives. Comme Hrdy, les biologistes de l’évolution font le parallèle avec le processus de sélection sexuelle : par exemple, l’étrange préférence des paonnes pour les paons pourvus d’une queue multicolore avec beaucoup d’yeux. La sélection tend à favoriser à la fois les poussins qui ont les couleurs les plus vives et les géniteurs qui ont une préférence pour ces couleurs. C’est juste après la naissance que le bébé humain court le plus grand risque d’être tué ou abandonné. Il semble donc qu’il soit alors moins attractif pour les parents. Il lui faut lutter pour convaincre sa mère qu’il vaut la peine d’être élevé. Bien sûr, il ne décide pas de son ordre de naissance, de son sexe, de son environnement, de l’identité de son père. Mais certaines de ses caractéristiques peuvent avoir une importance vitale. Ce n’est sans doute pas un hasard si la mère humaine, qui développe très peu de comportements propres à l’espèce après la naissance (elle ne lèche pas le nouveau-né, elle ne mange pas le placenta…), procède de manière quasi universelle à une inspection détaillée du nouveau-né. Ce n’est pas forcément très bien vu de l’admettre, remarque Hrdy, mais certains types de cris émis par un enfant prématuré sont dérangeants, voire répulsifs, et la vue d’un enfant atteint d’une tare entraîne une détresse. À l’inverse, la tête ronde et le corps potelé sont irrésistibles. Un bébé respirant la santé attire les louanges et son poids est fièrement indiqué sur les faire-part. Quel sens donner à cela, sinon que les bébés d’un certain poids sont plus viables et proclament en quelque sorte leur viabilité à une maman dont le degré d’implication pourrait être mis en doute ? Le nouveau-né humain compte une surprenante quantité de tissus adipeux (environ 16 % de leur poids ; soit quatre à huit fois le volume du petit singe) ; on peut supposer qu’il existe une raison à cela. S’il y a doute sur la viabilité du bébé, celui-ci peut se trouver confronté à des épreuves supplémentaires. Les anthropologues le savent : il existe des tests de résistance, comme de plonger l’enfant dans l’eau froide (serait-ce l’origine du baptême ?), ou de considérer le bébé malade comme le produit d’une substitution, une créature non naturelle laissée par de mauvais esprits ayant volé le « vrai » enfant. En Europe du Nord, le pauvre petit pouvait être abandonné seul la nuit dans la forêt, à charge pour les fées ou les lutins de le ramener s’ils en avaient envie. S’il mourait, c’est qu’ils avaient refusé. S’il survivait par miracle, eh bien, c’est que le « vrai » enfant avait été restitué.   L’ennemi de l’intérieur Il ne faut donc pas s’étonner de voir le petit enfant, si sensible à la possibilité d’une disparition de sa mère, si bien équipé pour amener sa principale tutrice et nourricière (en général, mais pas toujours, la maman) à faire ses quatre volontés, si prédisposé à rechercher une personne connue dont l’odeur, la voix et l’aspect lui conviennent parfaitement. Selon Hrdy, le psychologue John Bowlby avait sans doute raison de souligner l’importance des conduites d’attachement (9) ; mais, là où il voyait avant tout une stratégie de défense contre les prédateurs, Hrdy émet une autre hypothèse. Le phénomène bien connu chez l’enfant de la « peur de l’étranger », plus universel et enraciné que, disons, la peur du tigre, pourrait bien refléter la menace très réelle émanant d’individus de sa propre espèce mais sans lien génétique proche. Les études le montrent : la peur de l’étranger est particulièrement vive si ce dernier est grand, mâle, barbu et rencontré dans un lieu peu familier. Peut-être les petits requièrent-ils surtout une protection rapprochée contre l’ennemi de l’intérieur. S’ensuit-il que le premier attachement du bébé ira à sa maman et que personne d’autre ne peut s’en occuper ? En réalité, il y a d’autres options. Pour garder son enfant, la femelle primate fait volontiers confiance à d’autres membres du groupe, souvent apparentés, si elle est sûre de le retrouver. Depuis les débuts de l’évolution, la mère au travail a toujours été une option, même si chercher de la nourriture avec son petit sur le dos est un handicap [lire notre entretien avec Sarah Hrdy]. Le père, les tantes, les enfants plus âgés et les grands-mères sont tous à même de fournir les soins nécessaires si les circonstances le permettent. Il faut, cependant, garder à l’esprit cette différence : la mère capte plus vite les signaux d’un enfant dans le besoin. Mais un « second choix s’est souvent révélé tout à fait adéquat », écrit Hrdy. Ce livre ne sera sans doute pas lu – et c’est fort dommage – par ceux qui ont une opinion bien arrêtée sur l’existence (ou non) de l’instinct maternel, les bienfaits (ou non) des systèmes de garde, le caractère indispensable (ou non) du père ; ou sur le fait de savoir si la liberté de procréation est un droit des femmes (ou l’affaire de tout le monde sauf elles). Car Hrdy ne considère pas les humains isolément, mais dans l’histoire longue de l’évolution des espèces. Elle ne considère pas la femme isolément, mais dans le cadre des coopé¬rations et des conflits, des ajustements et des compromis que tous les humains doivent faire, en tenant compte des pressions évolutives qui s’exercent sur les uns et les autres. Elle ne tombe jamais dans l’affirmation gratuite. Son savoir est impressionnant et exposé avec précision. Elle a mis en valeur un domaine négligé par les théoriciens de l’évolution ; mais, comme Mère Nature, elle ne porte pas de jugement moral. Ceux pour qui une approche féministe conduit nécessairement à des diatribes mal informées en seront pour leurs frais.   Cet article est paru dans le Times Literary Supplement le 17 mars 2000. Il a été traduit par Books.
LE LIVRE
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Les Instincts maternels de Sarah Blaffer Hrdy, Payot, 2004

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