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Louis Armstrong enfin réhabilité

On a reproché à « Satchmo » son côté « bon Noir » et son goût de la facilité. La biographie de Terry Teachout, Pops, lui rend justice.

En 1964, l’Amérique danse au rythme d’Hello Dolly. Voix rauque et trompette virtuose, Louis Armstrong balaie les Beatles de la tête du hit-parade : « C’est le dernier single de jazz à avoir été numéro 1 aux États-Unis », rappelle Terry Teachout. Influent critique du Wall Street Journal, il est l’auteur d’un livre qu’une bonne partie de la presse anglo-saxonne salue comme la première biographie de référence sur ce géant du jazz qu’était Armstrong. Pourquoi aura-t-il fallu attendre près de quarante ans après la mort de celui qu’on surnommait « Satchmo » ou « Pops » pour voir publié un tel ouvrage ? Parce la « figure publique » d’Armstrong a longtemps dérangé par son attitude « trop amusante, trop populaire, trop servile », suggère David Margolick dans le New York Times.

La carrière d’Armstrong a basculé à la fin des années 1920. Durant la décennie précédente, le jeune trompettiste avait bouleversé avec ses solos éblouissants. Bientôt, il « donne à l’Amérique un nouveau rythme, emportant le jazz originel vers le monde enchanteur, plus léger, plus subtil, du swing », rappelle John McWhorter dans le New Yorker. Mais la suite de la carrière de « Satchmo », en quête d’un public plus large, ne sera pas toujours aussi exigeante. Son biographe le reconnaît, mais il insiste : « Même lorsqu’il a versé dans la désinvolture, sa musique n’a jamais perdu son sérieux. » Il n’empêche : bien des puristes ne lui pardonneront pas cette inclination à la facilité. Surtout, certains de ses pairs lui reprochent d’être une survivance du « bon Noir », conforme, avec ses blagues éculées et ses mimiques outrancières, aux désirs des Blancs. McWhorter rapporte notamment les propos acerbes de Miles Davis regrettant que la personnalité d’Armstrong ait été « façonnée par des personnes blanches qui attendent des Noirs qu’ils les distraient en souriant et en sautillant ».

Calomnies, assure son biographe. Exubérant, Armstrong l’était par nature. Et à ceux qui le taxent de révérence, Teachout rappelle les critiques que le musicien adressa publiquement au président Eisenhower lors de l’affaire de l’école de Little Rock, l’un des épisodes les plus retentissants de la lutte contre la ségrégation. Reste que, « pour Teachout, la plus grande contribution d’Armstrong à la bataille pour les droits civiques fut l’immense amour qu’il s’est attiré », rapporte Margolick. Acteur de cinéma, habitué des magazines, de la radio et de la télévision, « Satchmo » fut en définitive « le premier homme noir que des millions d’Américains blancs ont laissé entrer chez eux, et dans leurs cœurs ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Pops. Louis Amstrong, une vie de Louis Armstrong enfin réhabilité, Houghton Mifflin Harcourt

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