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Les marchands, pionniers méconnus de l’histoire maritime

Au sud du Yémen, sur la petite île de Socotra, ont été retrouvées dans une grotte des inscriptions faites par des marins entre le Ier siècle avant notre ère et le VIe siècle. On peut lire côte à côte des mots en sanskrit, en grec, en persan, en éthiopien… Cette grotte est peut-être un détail dans l’histoire maritime mondiale mais, prévient David Abulafia, professeur émérite d’histoire de la Méditerranée à Cambridge : « un historien ignore des détails apparemment insignifiants à ses propres périls ».

Réviser les mythes de l’histoire maritime

Ces détails sont justement l’un des « délices » de son dernier livre The Boundless Sea, note l’écrivain voyageur Horatio Clare dans The Spectator. Après avoir publié une vaste histoire de la Méditerranée (Méditerranée, Berceau de l’histoire, L’Archipel, 2004), Abulafia s’attaque au reste des étendues d’eau du globe (soit 70% de sa surface). Et nous invite à « rejeter tout ce que nous pensions savoir sur l’histoire maritime », assure l’historien Gerard DeGroot dans The Times.

Non, l’histoire maritime n’est pas avant tout une histoire européenne. Non, l’exploration des océans n’a pas commencé à l’époque des Grandes découvertes.  Et surtout : les héros de l’histoire maritime ne sont pas les explorateurs, Colomb, Cook ou Magellan. « Leurs voyages n’étaient que des points de départ ; les histoires les plus fascinantes concernent ce qui a suivi. Dans les décennies qui ont suivi l’expédition de Colomb en 1492, de vastes flottilles commerciales voguaient régulièrement dans les eaux des Caraïbes », précise DeGroot.

Les marchands risque-tout

Ces marchands, qui prenaient d’énormes risques se devaient d’être malins et de comprendre les cultures qu’ils rencontraient. Abulafia raconte ainsi comment un artisan chinois faisant du commerce à Manille s’est vu commander une prothèse de nez par un Espagnol. Persuadé d’avoir trouvé là un marché, à sa visite suivante dans le port philippin il rapporte une grosse cargaison de nez en bois, pour découvrir que la plupart des Espagnols disposaient comme lui de leur propre appendice nasal.

Toutes ces histoires remarquables, tous ces détails ont conduit Abulafia à écrire un « pavé » (1050 pages), qui paradoxalement passe un peu vite sur certains sujets, la traite transatlantique, les combats maritimes de la Seconde Guerre mondiale…, regrette l’historien Peter Frankopan dans The Sunday Times.

À lire aussi dans Books : Dans les coulisses de la marine marchande, juillet-août 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Boundless Sea: A Human History of the Oceans de David Abulafia, Allen Lane, 2019

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