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Maria Reva, sur les traces de son enfance ukrainienne

La plupart des personnages de Good Citizens Need Not Fear, le premier recueil de nouvelles de l’auteure canadienne Maria Reva, vivent au n° 1933, rue d’Ivansk, à Kirovka, en Ukraine. Dans cet immeuble, qui étrangement n’apparaît pas dans les registres de l’administration, habitent entre autres : une veuve agoraphobe qui fabrique des vinyles de contrebande sur de vieilles radiographies, un poète devenu le gardien de reliques prétendument saintes, les quatorze membres d’une famille qui s’entassent dans l’appartement 56, un couple de couturières spécialisées dans la fourrure…

Souvenirs familiaux

Tous n’y sont pas présents à la même époque. Certaines histoires se déroulent avant l’éclatement du bloc soviétique, d’autres juste après. Mais Reva ne crée pas « une version occidentalisée de la vie dans l’ancienne Union soviétique : corruption, bureaucratie kafkaïenne et un trait de police secrète », prévient la critique Anne Thériault dans le magazine littéraire Quill & Quire. « Si ces éléments font des apparitions, le ton général est au nihilisme et au mysticisme ».

Reva est née et a vécu en Ukraine jusqu’à l’âge de 7 ans. Elle explique dans le Vancouver Sun s’être inspirée d’histoires qui sont arrivées à sa famille (un fonctionnaire de l’administration locale a vraiment expliqué un jour à son père que l’immeuble où ils vivaient n’existait pas), mais aussi de témoignages grappillés dans des livres de non-fiction et sur des réseaux sociaux comme Reddit.

L’Ukraine soviétique vue de l’intérieur

« Le monde que crée Reva passe sans à coup du surréel à l’absurde et au réalisme grinçant. », décrit la revue américaine Kirkus Review. Tout l’humour noir que déploie l’auteur tend vers la satire d’un système et d’une époque. Il lui permet ainsi de dénoncer la suppression de la culture ukrainienne « que l’on remarque au nombre de personnages qui parlent russe ou portent des noms russes », souligne le professeur de littérature Allan Hepburn dans la Literary Review of Canada. Mais il lui offre aussi l’occasion de « pointer les paradoxes dans les comportements humains ».

À lire aussi dans Books : Le Habsbourg qui se rêva roi d’Ukraine, décembre 2013.

LE LIVRE
LE LIVRE

Good Citizens Need Not Fear de Maria Reva, Doubleday, 2020

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