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La Marianne de la France profonde

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Ce fut « la bible domestique de la bourgeoisie française », écrit Clarissa Hyman dans le Times Literary Supplement. Les deux volumes de Maison rustique des dames, par Cora Millet-­Robinet, parurent en 1844 et 1845. Cela fait longtemps que le livre n’est plus disponible dans les librai­ries françaises (uniquement en impression à la demande), mais voilà que le premier tome vient d’être traduit en anglais. ­« Héroï­quement » traduit, souligne la chroniqueuse, car le texte fait près de 700 pages et la question de ­savoir si cela peut être un succès de librairie reste ouv
erte. En outre, le traducteur, Tom Jaine, a ajouté une panoplie de notes et une introduction inspirée par « une recherche méticuleuse », qui mériterait sûrement d’être traduite… en français. Polygraphe infatigable, Cora Millet-Robinet a amélioré son texte au fil des éditions successives (Tom Jaine a choisi l’édition de 1859). Son objectif était de faire un manuel de cuisine et d’économie domestique destiné, pour la première fois, aux femmes. Et en priorité à celles qui n’habitaient pas en ville. Car ce livre de citadine est aussi l’un des premiers témoignages du rêve rural ; il dépeint, comme le souligne Clarissa Hyman, « l’idylle rurale, la joie d’habiter à la campagne et le rôle des femmes dans l’agri­culture, l’horti­culture et l’économie domes­tique ». Donner aux femmes la possibilité de s’approprier un livre était aussi une forme d’émancipation, car c’était les libérer de la culture orale dont elles dépendaient jusqu’alors et qui, selon Tom Jaine, « scellait l’ignorance et les préjugés des générations précédentes ». Cora Millet-­Robinet était « la Marianne de la France profonde », conclut Hyman.
LE LIVRE
LE LIVRE

Maison rustique des dames, vol. 1 de Cora Millet-Robinet, 1844

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