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Les meilleures ventes en Algérie – Le livre, denrée rare et chère

Faute d’éditeurs et de libraires dans leur pays, les écrivains algériens doivent chercher la reconnaissance en France. Ou au Liban.

En Algérie, les essayistes peuvent se montrer virulents. Célèbre pour ses chroniques dans Le ­Quotidien d’Oran, Kamel Daoud cible aussi bien un régime étouffant que les tenants de l’islam radical (voir Mes indépendances, paru chez Barzakh en Algérie et chez Actes Sud en France). Rêverie nocturne au musée Picasso, à Paris, son dernier livre, Le Peintre dévorant la femme, ne fait pas exception. Devant les toiles cubistes figurant la jeune Marie-­Thérèse Walter, Daoud songe à la représentation du corps nu et livre un développement peu orthodoxe sur la religion et la censure.

Parmi les polémistes, mentionnons aussi Rachid Boudjedra, connu pour sa plume vengeresse et son athéisme revendiqué dans un pays où l’islam est la religion d’État. Amin Zaoui interroge dans son œuvre la relation à la sexualité et à la religion.

Leur succès reste pourtant relatif, et la contestation qui secoue le pays depuis février ne passe guère par le livre. Ces dernières années, le prix du papier a presque doublé et celui des livres est devenu prohibitif – 1 500 dinars en moyenne (soit 8 euros, pour un salaire moyen mensuel de 190 euros). Auparavant, la plupart des maisons d’édition bénéficiaient d’une aide du minis­tère de la Culture, qui achetait systématiquement les premiers tirages, mais la réduc­tion drastique de son budget a privé les éditeurs de cette garantie, et beaucoup ont dû mettre la clé sous la porte.

Autre handicap, l’extrême ­rareté des librairies. Dans un pays vaste comme deux fois la France et peuplé de 40 millions d’habitants, on n’en dénombre que 45 ! Résultat, le tirage moyen d’un livre ne dépasse pas 1 000 exemplaires. La seule vitrine pour les éditeurs reste le Salon international du livre d’Alger, qui draine chaque année plus de 1 million de visiteurs, parmi lesquels de nombreux éditeurs et auteurs étrangers.

Un appel d’air crucial. Car si certains éditeurs, comme ­Casbah ou Chihab, ont réussi à s’imposer sur le marché local, les auteurs algériens d’expression française continuent à se faire publier par les maisons parisiennes. C’est le cas de Yasmina Khadra, ­édité par Julliard ou Flammarion. Cet auteur, l’un des plus lus en Algérie, aborde des thèmes chers à la société algérienne – l’intégrisme, l’amour – dans un style à la Paulo ­Coelho, abordable et efficace. Et il y a bien sûr ­Kamel Daoud, publié chez Actes Sud et Stock, Rachid Boudjedra chez Grasset, ou encore l’islamologue tunisienne Hela Ouardi, dont l’enquête Les Derniers Jours de ­Muhammad, d’abord parue en France chez Albin Michel, revient sur les circonstances troubles de la mort du ­Prophète. Quant à la romancière arabophone Ahlam Mosteghanemi, elle se fait éditer au ­Liban. La littérature n’habite pas pour l’instant l’Algérie – encore moins la littérature algérienne.

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